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L'ÉMANCIPATION DES JUIFS EN ITALIE

La situation des Juifs roumains n*est pas meilleure. Autrefois^ avant réfection des Principautés danubiennes en royaume, leur condition légale laissait à désirer, mais était tolérable. Peu à peu, sous Tinfluence de la jalousie de la classe bourgeoise, le gouvernement roumain les a enserrés dans un cercle de restrictions de plus en plus étroit. Il leur est interdit d'acheter ou de louer des terres, d'habiter les campagnes ; on leur a fermé la plupart des carrières libérales, et même certains métiers. A la suite d'excès populaires, les puissancesétrangères durent intervenir énergiquement à plusieurs reprises pour protéger les biens et la vie des Juifs roumains. Au congrès de Berlin, en 1878, l'Europe imposa même à la Roumanie, en échange de la reconnaissance de son indépendance, la proclamation de l'émancipation civile et politique des Juifs. Mais le gouvernement roumain a éludé cette obligation en déclarant « étrangers b tous les Juifs établis sur son territoire, même depuis plusieurs générations. Pourtant ces « étrangers» sont assujettis au service militaire. Après la guerre de 1877, les Chambres ont naturalisé en bloc les Juifs, au nombre d'environ 800, qui ont servi comme soldats pendant cette guerre. Hais peu d'autres Juifs ont bénéficié jusqu'à présent de la naturalisation, qui est individuelle et exige un vote des deux Chambres.

Les Juifs d'Italie, comme ceux d'autres contrées, avaient été émancipés par les armées révolutionnaires et Napoléon K. Mais, dès que la domination française avait cessé, les autorités avaient remis en vigueur l'ancienne législation. En 1848, la Constitution du royaume de Sardaigne proclama l'égalité de tous les citoyens, sans distinction de croyances, et ce principe fut introduit dans les diverses parties de l'Italie au fur et à mesure de leur union avec le royaume sarde. C'est ainsi que les Juifs furent émancipés dans la Toscane, la Romagne, la Lombardie et à Modène en 1859 ; dans l'Ombrie et les Marches en 1860 ; en Sicile et à Naples en 1861, et dans la Vénélie en 1866.

Pendant que presque toute l'Italie avait déjà proclamé l'égalité de tous les citoyens, sans distinction de culte, dans les États pontificaux les Juifs restèrent soumis aux plus humiliantes vexations. Il régnait surtout dans ces États une véritable fureur de pro-

sélytisme. Cette ardeur fanatique à convertir les Juifs amena à Bologne un épisode qui souleva Tindignation de tous les esprits libéraux de TEurope. Dans cette ville, une servante chrétienne avait fait baptiser un enfant juif, à Tinsu de ses parents, nommés Mortara, et quelques années plus tard, en 1858, elle en informa un ecclésiastique. Un jour, un moine, accompagné de représentants de la police, pénétra dans la maison de la famille Mortara, enleva Tenfant baptisé, qui avait alors six ans, malgré les protestations et le désespoir des parents, et le conduisit à Rome, où on réleva dans la religion catholique. Le chagrin que la mère en ressentit lui flt perdre la raison. Le père multiplia ses démarches pour qu'on lui rendit son enfant, mais en vain. Ce rapt, accomph au nom de la religion, produisit une émotion considérable parmi les Juifs aussi bien que parmi les Chrétiens. Sauf les journaux ultra-catholiques, toute la presse européenne flétrit cet abominable forfait. Plusieurs gouvernements et Napoléon III lui-même, dont les soldats occupaient alors Rome, intervinrent auprès du pape. Mais à toutes les réclamations, à toutes les sollicitations, Pie IX répondit par un inflexible non possumtis. Â cette occasion, comme vingt ans auparavant, lors de TaiTaire de Damas, les Juifs d'Europe manifestèrent de nouveau cet esprit d'étroite solidarité qui, dans certaines circonstances, leur donne tant d'autorité et de force morale.

Ce fut à ce moment (1860) que six Israélites de Paris, animés des plus nobles sentiments, résolurent de fonder une association qui personniflàt, en quelque sorte, cet esprit de solidarité qui commande aux Juifs de tous les pays de s'unir pour venir en aide à leurs coreligionnaires malheureux. Cette association, qui devait recruter ses adhérents dans le monde entier, fut appelée Alliance israélite universelle. Les fondateurs, dont les noms méritent de passer à la postérité, furent : Charles Netter, commerçant; Narcisse Leven, avocat; Jules Carvallo, ingénieur; Eugène Manuel, professeur; Aristide Astruc, rabbin, et Isidore Cahen, journaliste. Un peu plus tard, le célèbre avocat Adolphe Créraieux, toujours prêt à défendre ses coreligionnaires, apporta à cette Société le concours de son éloquence et l'appui de sa fermeté et de son courage.

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