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PERSECUTIONS CONTRE LE TALMUD

Sur son ordre, des Juifs convertis, notamment Sixte de Sienne et Philippe ou Joseph Moro, parcoururent les communautés juives des États pontiflcaux pour prêcher contre le judaïsme. Une fois même, Moro pénétra, pendant la fête de TExpiation, dans la synagogue de Recanati (1558} et, à la grande colère des Juifs, plaça un cruciflx dans Tarche sainte. Chassé de la synagogue, il excita la populace contre les Juifs, dont deux furent arrêtés, sur Tordre du chef de la ville, et cruellement torturés.

Le pape renouvela aussi la persécution contre le Talmud. Dans les États pontiflcaux et dans la plus grande partie de Tltalic, on ne trouvait presque plus, à cette époque, d'exemplaires du Talmud ni d'écoles talmudiques. Une telle situation présentait de graves dangers pour le judaïsme. Car, si l'ignorance de leur religion était devenue générale parmi les Juifs, ils auraient offert une proie facile aux convertisseurs catholiques. Heureusement, un savant talmudiste, Joseph Otlolenghi, émigré d'Allemagne, ouvrit une école à Crémone, qui dépendait alors de Milan, et flt imprimer dans cette ville le Talmud et d'autres ouvrages rabbiniques. En outre. Crémone devint comme un entrepôt considérable de livres religieux juifs, parce que tous ceux qui, dans les autres villes italiennes, craignaient de voir confisquer ces ouvrages, les envoyaient secrètement à Crémone, d'où ils étaient exportés en Orient, en Pologne et en Allemagne. Cette liberté, toute relative, fut maintenue aux Juifs de Crémone tant que les Espagnols restèrent en guerre avec Paul IV. Mais, dès que ce pape eut conclu la paix avec ses ennemis, il songea à faire saisir et brûler tous les livres juifs entassés à Crémone.

Pour atteindre le but poursuivi par Paul IV, les dominicains, policiers habituels de la papauté, commencèrent à surexciter le peuple, afin de pouvoir agir par lui sur le gouverneur de Crémone. Des écrits venimeux furent répandus qui poussèrent la foule à se ruer sur les Juifs (8 avril 1559). Quelques jours plus tard, deux dominicains, dont l'un était le renégat juif Sixte de Sienne, invitèrent le gouverneur à ordonner la destruction de tous les exemplaires du Talmud, parce que cet ouvrage contenait des blasphèmes contre le christianisme. Comme le gouverneur n*ajoutait pas foi à ces accusations, deux délateurs s'offrirent pour lui en

prouver la réalité : Tapostat Vittorio Eliano, petit-flls du gram* mairien du nom de Elia Lévita, et un Juif allemand Josua dei Cantori.

La condamnation prononcée contre le Talmud faillit causer un grave préjudice à Vittorio Eliano. On sait qu*à la suite de Pic de la Miraudole, de Reucblin, et surtout du cardinal Egidio de Viterbe et du franciscain Galatino, les dignitaires les plus orthodoxes de rÉglise étaient convaincus que la Cabbale confirmait la vérité des dogmes catholiques. Aussi, pendant que Paul IV poursuivait le Talmud de sa haine, il autorisa Emmanuel de Bénévenl, d^accord avec rinquisition, à imprimer le ZoKar à Mantoue. Par jalousie contre l'éditeur de Mantoue, un imprimeur chrétien de Crémone, Vlcenti Conti, publia également le Zohar avec le concours de Vittorio Eliano, qui écrivit pour cet ouvrage une préface hébraïque, où il vantait la supériorité de cette édition sur celle de Mantoue, et faisait appel aux acheteurs. Lorsque les soldats espagnols recherchèrent à Crémone les exemplaires du Talmud destinés au feu, ils mirent la main sur tous les ouvrages hébreux, sans distinction, et s*emparèrent aussi de 2,000 exemplaires du Zohar appartenant à Eliano et à son imprimeur. Un ami d'Eliano, le renégat Sixte de Sienne, qui présidait aux recherches, s'aperçut à temps de Terreur des soldats et sauva ces exemplaires du feu. Par un raffinement inconscient de méchanceté, les ennemis du judaïsme brûlaient le Talmud, mais laissaient aux Juifs le Zohar, celte source empoisonnée de tant de superstitions et de pratiques absurdes. Il est vrai que cette faiblesse de TÉglise pour la Cabbale ne dura pas longtemps; quelques années plus tard, le Zohar était inscrit sur la liste des livres condamnés au feu.

D'Italie les persécutions contre les ouvrages juifs se propagèrent dans d'autres contrées ; partout on y trouve mêlés des apostats. Ainsi, à Prague, un renégat juif, Ascher d'Udine, provoqua la confiscation non seulement des ouvrages talmudiques, mais aussi des livres de prières; le tout fut envoyé à Vienne(1559). Les chantres étaient obligés de célébrer les offices de mémoire. Un in-^ cendie qui réduisit en cendres, à cette époque, une grande partie du quartier juif de Prague, mit encore en plus grande évidence la haine féroce des chrétiens. Au lieu d*aider à combattre l'incendie, "

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