‹ Histoire des Juifs (volume 3)Chapitre 39 sur 203 · RECONSTRUCTION DE TIBÉRIADE · texte numérisé non relu

RECONSTRUCTION DE TIBÉRIADE

époque ait vu éclore des œuvres remarquables. C*étaient de pâles fleurs d'automne, se ressentant du manque de chaleur et de lumière, mais qui n*en formaient pas moins un heureux contraste avec la stérilité qui régnait partout ailleurs. Ce réveil poétique était dû à un membre de la branche turque de la famille si étendue des Ibn Yahya, orateur habile et agréable, qui avait réuni autour de lui un certain nombre de poètes. Plusieurs Juifs composèrent même des vers latins. C'étaient naturellement des transfuges marranes, qui avaient appris le latin en Espagne ou en Portugah A la mort du célèbre médecin Amatus Lusltanus, qui avait dû émigrer d'Italie à Salonique et tomba victime de son dévouement pendaiït une épidémie, un de ses amis, le Marrdne Flavio Jacobo d'Evora, écrivit son éloge en beaux vers latins.

La situation brillante que les Juifs occupaient alors en Turquie encouragea Joseph de Naxos à essayer de réaliser son idée de créer un petit Etat juif. Cette pensée le hantait depuis longtemps. Il n'était encore qu'un malheureux fugitif quand il demanda a la république de Venise de lui céder une de ses îles pour y établir une population juive. Sa demande ne fut pas accueillie. Une fois devenu le favori de Soliman, il se fit donner par le sultan les ruines de Tibériade et sept petits villages voisins pour y organiser une colonie juive. Il envoya alors un de ses agents en Asie, pour procéder à la reconstruction de Tibériade. Sur l'ordre de Sélim, qui était encore prince, le pacha de Syrie prêta à l'entreprise un concours actif; il obligea les Arabes des environs à aider aux travaux. Au bout d'un au, Tibériade était rebâtie. Joseph de Naxos voulait en faire une cité industrielle, capable de lutter avec les Vénitiens; il y fit planter des mûriers pour l'élevage des vers à soie et établir des métiers pour tisser la soie. Il fit venir également de la laine fine d'Espagne pour fabriquer du drap.

Mais Joseph ne semble pas avoir persisté dans l'exécution de son plan, et la nouvelle Tibériade ne joua aucun rôle dans l'histoire juive. Lorsqu'il eut été nommé duc de Naxos, il ne songea même pas à peupler son ile de Juifs. Il est vrai qu'il ambitionnait le titre de roi de Chypre et que, dans le cas où il l'eût obtenu, il aurait peut-être fondé son État juif dans celte belle ile. Mais le grand-vizir Sokolli, qui n'aimait pas Joseph de Naxos, l'entrava

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dans son ambition, et la pensée de la création d'un État juif ne fut jamais réalisée. En général, Joseph n'a rien fondé de durable dans le judaïsme. Il formait d'admirables projets, mais n'avait pas assez de persévérance pour les exécuter, ou se trompait sur les moyens à employer. Il ne se trouva pas non plus, parmi les rabbins et les chefs de communauté, un homme vraiment supérieur qui mit à profit cette situation exceptionnelle des Juifs en Turquie pour imprimer au judaïsme une impulsion nouvelle et travailler en vue de lavenir. Les rabbins et les prédicateurs étaient très instruits dans leur spécialité, mais suivaient les chemins battus; ils ne produisirent aucune œuvre remarquable. Un seul ouvrage de cette époque a encore quelque autorité de nos jours, c'est le Schoulhan Aroukh ou « Table dressée », de Joseph Karo, publié en 1567 et destiné à servir de code religieux aux Juifs. En composant ce recueil, Karo avait pour but de mettre de l'unité dans le chaos des interprétations tamuidîques, qui variaient à l'infini, a tel point que, sur chaque cas, les rabbins pouvaient légitimement soutenir le pour ou le contre. Comme il était Espagnol, il se prononce inconsciemment, dans son ouvrage, pour les opinions des autorités espagnoles et contre les rabbins français et allemands; il manque donc d'impartialité. On trouve aussi dans ce recueil des éléments cabbalisliques empruntés aux mystiques espagnols. Mais pas plus que Maïmonide, qui avait composé dans un but analogue le Mischné Tora, il ne réussit à concilier toutes les divergences et à imposer ses conclusions. A peine son ouvrage eut-il paru qu'un jeune rabbin deCracovie, Moïse Isserlès, y ajouta des remarques contredisant en partie les décisions du Schoulhan Aroukh, Aux autorités espagnoles invoquées par Karo, Isserlès opposa l'école germano-polonaise. Par un trait d'esprit d'un goût peut-être douteux, il ïniïiwXdiMappaow «Nappe» ses observations sur la « Table » de Karo. Dans son ouvrage, Isserlès resta pourtant fidèle aux traditions de ses prédécesseurs. Déjà, par un excès do rigorisme, les Ascheridcs avaient présenté comme lois permanentes des aggravations qui, à l'origine, eurent un caractère provisoire. Ces lois, Karo les recueillit dans son code, et Isserlès y .ajouta de nouvelles aggravations, imaginées dans les écoles polonaises. Aussi le judaïsme de la a Table » et de la « Nappe »

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