‹ Histoire des JuifsChapitre 31 sur 104 · JONATHAN GRAND PRÊTRE ET PRINCE · texte numérisé non relu

JONATHAN GRAND PRÊTRE ET PRINCE

n'avait rien à perdra, eût mis en avant les promesses les plus alléchantes. Ainsi, il avait écrit « au peuple des Judéens, » — sans mot dire du ^and prêtre nommé par Alexandre, — qu'il allait lui faire remise de la plupart des impôts et redevances, rendra à la Judée trois cantons qui avaient été annexés à la Samarie, reconnaîtra Jérusalem comme cité d'asile et même abandonner aux Judéens l'importante citadelle d'Acra. Il promettait, de plus, de pourvoir aux frais du culte avec les fonds du trésor royat, et d'affecter à cet eifet tes ravenus de la ville de Plolémaïs, qui était aux mains de son adversaire. On lèverait des troupes à ses frais,

- lesquelles auraient droit à l'avancement et à la solde comme celles de Syrie. Ces (roupes, soit trente mille hommes, deviendraient, bien entendu, une armée auxiliaire, qui l'aiderait à triompher de son rival. Aux Judéens du dehors, domiciliés en Syrie, Démétrius promettait pareillement toutes les franchises possibles; il ne permettrait pas qu'ils fussent molestés par leurs voisins, ni qu'à l'époque de leurs sabbats et fêtes, compris les trais jours d'avant et d'après, on les dérangeât par des procès et des citations en

• justice. Mais le peuple, Qdèle à Jonathan, ne donna pas dans le piège ; et Jonathan, lui, connaissait trop bien te caractèra de Démétrius pour se laisser leurrer par ses promesses, évidemment intéressées, il resta le partisan d'Alexandre, l'aida à triompher de son rival, et n'eut point sujr t, par la suite, de regretter sa détermination. Alexandra le combla d'honneurs et lui témoigna, d'une manière bien ramarqnable, combien il lui savait gré de lui être venu en aide dans un moment critique. Recevant a Ptolêmaîs son beau-père, Ptolémée VI Philométor, roi d'Égypic, (jui lui amenait sa fille, il invita Jonathan a celte entrevue, et le traita comme son égal. Aussi, pendant le règne d'Alexandra Balas (de 1S2 à 146), la Judée put-elle reprendra haleine et panser les hlessures que lui avaient faites la tyrannie d'une pari, la trahison de l'autra. Elle se trouva en état de mettra sur pied dix mille hommes de guerra.

De son côté, Jonathan répondit à la bienveillance d'Alexandre par une fidélité à toute (épreuve. Lorsque Démétritts II, surnommé Nicator, fils de Démétrius ^^ alla piu, comme héritier légitime du trùne de Syrie, l'usurpateur Alexandre, Jonathan continua à

soutenir ce deniior, bieo que TÉgypte et Home l'eussent abandonné. Alexandre l'en récompensa en lui cédant la ville d'Accaion {Bkrou) et ses dépendances, qui. depuis lors, restèrent partie intégrante de la Judée (147).

tes troubles qui suivirent dans le royaume de Syrie, où une partie du peuple et de Tannée tenait pour Démétrius II, tandis que Tautre restait fidèle à la maison d'Alexandre Balas, même après l'assassinat de ce dernier; ces troubles, disons-nous, parurent à Jonathan une occasion favorable de se débarrasser des Hellénistes. Il les assiéga dans FAcra, leur fortersse, où ils continuaient 4 manœuvrer sans relâche contre te parti national. Dans leur détresse, ils s'adressèrent au nouveau roi de Syrie et lui demandèrent assistance. Démétrius II (146-138) était d'abord disposé à les satisfaire; d^â même il se mettait en campagne contre Jonathan et lui signifiait d'avoir à comparaître devant lui, à Ptolémaîs, pour se justifier. Mats, voyant Jonathan venir à lui les mains pleines de présenis, et jugeant son aide utile contre les ennemis qui le menaçaient lui-même, il se radoucit subitement, et loin de blâmer son entreprise contre l'Acra, il le confirma dans sa dignité de grand prêtre. Jonathan sut mettre è profit la détresse financière que Démétrius avait héritée de ses prédécesseurs pour obtenir de lui, moyennant une somme de trois cents talents, que la Judée serait exempte d'impôts et augmentée de quelques cantons. Ces privilèges furent consacrés par une lettre royale, que l'on déposa dans les archives du temple.

Toutefois, en dépit de ces assurances solennelles, Démétrius regretta bientôt d'avoir ainsi renoncé à ses avantages. Les princes syriens, de père en fils, pratiquaient volontiers Toubli des* engagements et ne se faisaient pas scrupule de reprendre, â l'occasion, ce qu'ils avaient accordé dans un moment de gêne. Bientôt, du reste, l'armée judaïque eut la joie Inespérée de rendre à la capitale des Syriens les humiliations qu'à maintes reprises ils avaient infligées a Jérusalem. Les habitants d'Antioche, irrités contre Démétrius, l'assiégèrent dans son propre palais ; et comme ses soldats, qu'il ne payait pas, refusaient de le secourir, il se vit dans la désagréable nécessité de s'adresser à Jonathan pour qu'il envoyât à son aide des troupes judéennes. Les trois mille hommes

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envoyés par Jonalhao iDCdndièrank uae partie de la capitale syrienne, conlraignirenl les habitants et les soldais mutinés à lever le 8i6ge et a demander pardon au roi. Mais lorsque Démétrius se trouva hors de danger, il ne témoigna à son libérateur qu'une dédaigneuse ingratitude et le traita en ennemi. On ne saurait donc blâmer Jonathan d*avoir tourné le dos à ce roi déloyal, lorsqu'un général d*Âlexandre Balas, Diodoie Tryphtm, ayant organisé une conspiration contre Démétrius, le força de fuir, en faisant proclamer roi à sa place le jeune Antioehus Vit Qls de son maître. Reconnaissant envers Alexandre, autant qu'indigné de la mauvaise foi de Démétrius, Jonathan soutint le jeune roi, qui, en récompense, le confirma dans sa dignité de grand prêtre, lui conféra le droit de porter une agrafe d*or, marque distinctive des princes, et lui garantit ta propriété des cantons annexés à la Judée. Son frère Siméon eut le commandement de la cdte méditerranéenne, depuis rÉchelle de Tyr jusqu'à la frontière d'Égyple. Les deux frères combattirent vigoureusement pour Antioch us, dont le maintien était un gage d'indépendance pour la Judée. Tour à tour vainqueurs et vaincus, les llasmonéens finirent par triompher. Ils assiégèrent et prirent plusieurs villes du litloral, pénétrèrent dans Damas, chassèrent les Hellénistes de Bethsour et y mirent garnison.

Mais ce que les llasmonéens avaient le plus à cœur, c'était de rendre Jérusalem inexpugnable. Â cet eiïet, ils en exhaussèrent partout les murs, les prolongèrent à l'orient jusqu'à la vallée du Gédron, — ce qui protégeait en môme temps la montagne du Temple, — et construisirent au milieu de la ville, enfacedeTAcra, un sonde rempart, pour fermer aux Hellénistes le commerce de Jérusalem. Le ravin dit CMapàenatka, qui séparait de la ville la montagne du Temple, fut comblé, de sorte que toutes les parties de la ville se trouvèrent reliées entre elles. Entreprendre le siège de l'Acra leur parut sans doute peu opportun, soit parce que les Syriens auraient pu en prendre ombrage, soit parce que les généraux de Démctrius conservaient encore, malgré sa chute, une altitude menaçante et qu'il eût ét^, par suite, imprudent de concentrer toutes les forces sur un seul point. A cette époque (144-143), la Judée possédait quarante mille soldats d'élite.

m HISTOIRE DES JUIFS.

L'évriicment innnlrii t)irii (lu'cii iorlidaiil ainsi le pays el en tenant sur \>\ed un iioiiihre iiiiixisant de troupes, les ilasinonéens n*nvaieul pas fait preuve d une prévoyance exagérée. Le général rebelle Diodole Tryphon ne se vit pas plus lot mailre de la Syrie, qu'il songea à se débarras^^er de ce fantôme de roi qui avait nom Antiochus VI, et à eeindLo lui iiièmP' la couronne de Syrie. Riais il trouvait dans Jonathan un puissant obstacle à ses visées; dans Jonathan, sincèrement dévoué au jeune roi par reconnaissance pour son père, cl maître alors d'une partie du littoral. ïryphon chercha donc, avant tout, à écarter de son chemin ce grand prêtre judéen devenu trop puissant, el à atTaiblir, par sa mort, la Judée et le parti du jeune roi. .Mais, jugeant doublement dangereux d'employer la force contre Jonathan, il eut recours à l'astuce el il réussit à vaincre, sur ce terrain, el à amener dans ses filets le plus rusé des llasmonécns. Informé que Tryphon, à la tête d'une armée, était entré dans Hethsan (*S'cyMo. o//,s), Jonathan y accourut avec quarante nulle guerriers; mais Tryphon l'amadoua si bien par ses présents et ses llatteries obsé<juieuses, que l'ilasmonéen fut pris au piège. Sur les instances de Tryphon, i! renvoya la plus grande partie de ses troupes et se rendit avec lui dans l'imporlanle cité maritime d'Acco \Ploli'inaïs), dont le fourbe lui avait promis la possession. I>(*s liois mille hommes qu'il avait gardés, Joimthan en envoya deux nulle en Galilée, de sorle que mille seulement le suivirent à Acco. Tryphon avait pris ses mesures pourqu'on s'emparât de la personne de Jonathan, aussitôt entré dans la forteresse, et qu'on massacrât son escorte. Quant aux troupes judéennes retenues dans la plaine de Jezréel el dans la Galilée, Tryphon leur lit donner la chasse; mais elles avaient eu vent du piège tendu à leur chef, elles se défendirent énergiquemeot el forcèreal les poursuivants à batlre en retraite.

La nouvelle des mélails de Tryphon, apportée par ces deux mille hommes à Jérusalem, y sema le deuil el l'ellVoi. On était persuadé que Jonathan, partageant le sort de son escorte, avait péri de la maia du perlide. Une Douvelle mainmise des Syriens sur la Judée, avec ses funestes conséquences, semblait prochaine et inévitable, et l'on croyait senlir derrière eux la main des Ilellénîsles. De fait, il se forma une alliance occulte entre ïr>'phon et

SIMÈON L'iUSMÛNÉËN.

tes derniers Helléaistes : il parait les avoir leurrés de respoirqu*il viendrait & leur secours, et eux, de leur côté, lui auraient facilité une entreprise sur la capitale judaïque. Ce double danger Ait heureusement conjuré par Siméon Tkarsi^ le dernier des frères Uasraonéens. Bien qu'approchant de la vieillesse, il montra une résolution si virile, une ardeur si communicative, qu*ji sut, dans nne grande réunion convoquée au parvis du temple, ranimer dans les cœurs abattus l*espérance de la victoire. LorsquMl conclut par ces mots : < Suis-je plus que mes frères, qui sont morts pour la religion et pour la liberté? » l'assemblée lui répondit tout d*une voix : « Sois notre général, comme l'ont été Juda et Jonathan, tes frères I » Élevé ainsi au commandement par la oonOance du peuple, Siméon s'occupa avant tout de mettre Jérusalem à Pabri d'un coup de main du dehors, comme des attaques éventuelles de Tlntérieur, et de fermer i Tryphon tout accès dans le pays. A Joppé, le port le plus voisin de Jérusalem, il mit une garnison sou^ les ordres de Jonathan ben Absalom, pour empêcher, de ce côté, une descente de troupes syriennes. Siméon lui^ même rassembla une armée près d*Adida, pour repousser les Syriens en cas d'irruption par les basses terres du littoral.

Hais déjà Tryphon était sorti d'Acco avec le dessein de tomber sur la Judée, terrifiée par son méfait, avant qu'elle pAt s'organiser pour la résistance. Il emmenait avec lui Jonatban, qu'il avait retenu prisonnier, parce qu*il complaît tirer parti du danger qui menaçait la tète du héros populaire, bien plus que de sa mort môme. Mais quand il sut que la Judée était résolue à lui tenir tôle et qu'elle s'était donné un chef prôt a tous les sacrifices, il se ravisa et eut recours à la voie des négociations. Il prétendit n'avoir retenu Jonathan prisonnier que pour se faire payer les cent talents que les Judéens devaient annuellement au trésor royal el qu'ils avaient cessé de payer. Qu'on acquittât cette delte , qu'on lui remit les deux fils de Jonathan comme otages, el il s'engageait a lui rendre la liberté. Siméon de^na bien l'hypocrisie de ces propositions; il accepta néanmoins, ne voulant pas s'exposer au reproche d'avoir causé la mort de son frère. Tryphon reçut la somme et les otages demandes, mais n'en continua pas moins la guerre; seulement il dut faire un circuit, u. 9

car la présence de l'armée Judaïque l'empêchait d'aller droU devant lui.

Cepeudant ia fortune, que semblait défier cet ambitieux sans pudeur, traversa encore ses desseins. Une effroyable chute de neige, phénomène rare dans ces ctiaudes régions, rendit impraticable le trajet des monts de Juda et força Tryphon de prendre par la rive opposée du Jourdain. Pour se venger de sa déconvenue, il fit mettre à mort Jonathan (143), dont les restes fui ent plus tard, par les soins de Siméon et au milieu de la doulour universelle, déposés dans le sépulcre des Hasmonéens à Modin. Telle Tut la fin du quatrième de ces frères, qui fit plus que ses devanciers et que son successeur; car il fit monter, du fond de l'abîme, la république judaïque à un point d'où elle pouvait aisément s'élever encore, même dans des cii constanees médiocrement favorables.

Juda Maccabée, sans doute, avait accompli plus d'exploits et laissé un plus brillant renom de capitaine; mais Jonathan créa une nation forte et influente e|, par hi rli^'uité de grand prêtre qui devint son partage, fit de sa propre famille la première en Israël. Juda, en mourant, laissait l'unité nationale presque aussi complètement brisée que sous le règne '^nn^'uinaire d'Anliochus; à la mort de Jonathan, au contraire, la Judée possédait déjà les éléments essentiels d'un État régulier, les bases d'une œuvre qu'on pouvait désormais poursuivre. Si Juda Marcahéc, par le rôle qu'il a joué, rappelle les « Juges » de la première période de l'histoire d'Israël, Jonathan ressemble, on itn sens, à son premier roi, Saiil, qui sut mettre un terme à l'anarchie et fonder une autorité centrale. La couronne royale de Saiil fut le trait d'union des tribus et en fit un peuple fort; le diadème pontifical de Jonathan fut le trait d'union des partis et les fondit en une nation énergique, homogène et ayant conscience d'elle-même. L'un comme l'autre, quelque douloureuse que fût leur perte, n'emportèrent pas en mourant Tunité et la puissance nationales, parce que la destinée de ces choses reposait non sur la téte d'un homme, mais sur la conscience de tous. Gomme Saiil dans son gendre David, Jonathan trouva dans son frère Siméon un successeur capable de développer et de consolider son œuvre.

Mois, à l'époque même où VÉiai judaïque s'affermissait ainsi à

LES JUIFS D'ALEXANDIilE.

travers les difilcullés des luttas politiques, la doctrine judaïque s*épaiioaissait sur un autre théâtre et de val (, par son caractère origîDal, exercer une influence sur la civilisation du inonde. Le dévelopikement politique du judaïsme s*estaceonipli dans la Judée, son développement théorique dans TÉgypIe.

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