‹ Histoire des LagidesChapitre 125 sur 258 · Tome · texte numérisé non relu

Tome

il8r CHAP. V. — PTOLÉMÉE U PHILADELPHE

TÂrabie, de la Syrie, de la Libye et des noirs Éthiopiens ; à un signe de lui obéissent tous les Pamphyliens, les vaillants Ciliciens, les Lyciens, les belliqueux Cariens et les îles Gyclades * ; car c'est pour lui que les meilleurs navires sillonnent Tonde marine ; la mer entière et la terre et les fleuves murmurants sont régis par Ptolémée. Nombreux sont les cavaliers, nombreux les porte-boucliers cuirassés d'airain brillant qui lui font le salut bruyant des armes. En opulence, il a surpassé tous les rois, et chaque jour elle s'amasse dans sa riche demeure, venant de tous côtés. Cependant ses peuples vaquent en paix à leurs travaux; car jamais piéton ennemi, franchissant le Nil poissonneux, n'a poussé le cri de guerre dans des villages à lui étrangers ; jamais agresseur cuirassé, bondissant de son rapide navire sur le rivage, n'a effarouché les bœufs de l'Egypte. Ainsi protège les larges plaines la main virile du blond Ptolémée, expert à brandir la lance. Il a constamment souci, comme il sied à un bon roi, de garder tout l'héritage paternel et ce qu'il y a ajouté lui-même ». Quelques réserves que Ton fasse sur la tendance du poète à amplifier, sur la prétention d'incorporer en entier au royaume des régions dont le littoral seul était sous la domination égyptienne, il n'en reste pas moins que Philadelphc a agrandi l'héritage paternel et tenu l'Egypte à l'abri des inva-

qui n'est pas plus clair. Une possession partielle de la Phénicie étonne quelque peu ; mais il faut se souvenir que Sidon et Tyr étaient ofiBciellement indépendantes. Arados^ au N. de TÉleuthéros, paraît avoir été adjugée au Séleucide. 1. L'omission de Cypre a donné lieu à toute espèce de conjectures : lacune (Niebuhr); SupCoç à remplacer par KtSicpou ti (Voss); Cypre comprise dans la Pamphylie (cf. Dion. Perieg., 508: Gercke); ou même, défection momentanée de Cypre (BuQcheler); rédaction plus ancienne du poème, etc. C'est vraiment trop exiger d'un poète, qui ne croyait pas rédiger un document historique et un titre de propriété. L'énumération des pays légués par Philadelphe à son successeur figure dans Tinscription d'Adulis (ci-après), et Cypre n'y a pas été oubliée. Mais, en revanche, TArabie, TÉtbiopie, la Pamphylie, ont disparu, et c'est un nouveau sujet de discussions. Il est fait mention, sans date, d'une expédition armée de Philadelphe en Ethiopie dans Diodore (1, 37 : ci-dessus, p. 143, 2). La meilleure rauson qui ait été donnée (Haeberlin) de l'omission de Cypre et de Cyrène dans Théocrite, c'est que Cypre et Cyrène n'ont pas été plus mentionnées que l'Egypte elle-même, et pour le même motif.

MORT D^RSINOÉ 179

sions. Il paraît avoir employé les loisirs que lui fit la paix à affermir en Cœlé-Syrie et en Phénicie son autorité de suzerain. Aké se transforme en Ptolémaïs et cesse en 267 de dater ses monnaies par Tère des Séleucides. La domination de l'Archipel et le protectorat des Cyclades étaient assurés par des postes maritimes qui comptaient ensemble plus de quatre cents navires de guerre *.

Nous arrivons ainsi à une année critique (271/0), dont rimportance, longtemps méconnue, donne lieu aujourd'hui encore aux controverses les plus irréductibles. On savait, par une foule de témoignages, que, vers le milieu de son règne, , à une date que Ton plaçait généralement en 266, Philadelphe avait décerné à sa sœur-épouse les honneurs divins ^, lui avait fait ériger des statues consacrées dans tous les temples égyptiens, en attendant qu'il lui bâtît des 'Ap«nv6eia particuliers. On savait même, que, par une habileté fort admirée, il avait pris ce prétexte pour détourner, au profit du nouveau culte ofl5<;iel, une bonne part des revenus des temples égyptiens. Mais rien n'avait pu ébranler la conviction que cette apothéose était décernée, par un caprice amoureux ou un calcul intéressé du maître, à Arsinoé vivante. C'est en vain que les stèles de Mendès et de Pithom, sorties de terre au cours des trente dernières années, parlaient des pieux pèlerinages de Philadelphe, de la consécration des statues d' Arsinoé, auxquelles les rites magiques insufflent une vie étemelle, ou représentaient le roi offrant ses hommages à Arsinoé figurée en compagnie d'autres divinités. Le vague de la phraséologie sacerdotale, l'usage connu de traiter les souverains en dieux vivants, permettaient toujours d'échapper à une explication qui aurait renversé toutes les idées reçues ^. Il a fallu, pour dégager de ce fatras l'idée simple

i, Athen.,V, p. 203 d.

2. Sur le culte d' Arsinoé Philadelphe, voy. les ouvrages cités plus haut, p. 190, 1.

3. On en concluait généralement, avec Hrugsch, Droysen et autres, que le

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d'une apothéose posthume d'Arsinoé, qu'un nouveau fragment de la stèle de Mendès vînt donner la date de l'entrée au ciel, autrement dit, de la mort d'Arsinoé, événement survenu au mois de Pachon de l'an XV de Philadelphe (juillet 270). Cette année-là, dit le texte, « cette déesse, elle sortit vers le ciel; elle rejoignit les membres de [Râ ou Harma-

chis] ' ». A la lumière de ce texte, on a compris enfin la

signification de tous les menus faits concordants que l'on s'était ingénié à détourner de leur sens réel. L'effigie d'Arsinoé sur les monnaies, avec la double corne d'abondance (Sbcepoç), fait partie de son apothéose, et c'est précisément en 270 que commence la série des pièces ainsi frappées. Cette série, qui se continue sous le règne suivant, porte des dates comptées à partir de la dite année, devenue Tan I de l'ère d'Arsinoé *. Enfin, la date de la mort d'Arsinoé est aussi celle que nous serons amenés à attribuer au changement de politique intérieure dont témoigne l'association au trône de Ptolémée, dit plus tard Évergète^ l'atné des enfants d'Arsinoé 1. A tout point de vue, cette année 270 est une

mariage avait eu lieu en 270, et que Tapothéose était un cadeau de noces (cf. Droysen, in SB. d, Berl. Akad.^ 1882, p. 227). En 1895, Strack évite encore de se prononcer : « L'année de la mort d'Arsinoé », dit-il (p. 193), « est incertaine ; tout ce qui parait être assuré, c'est qu'elle mourut avant Philadelphe, cf. Paus., T, 7, 3 i>. Môme en 1897, Rœhler (SB. d, Berl, Akad., p. 977) supposait Ârsinoé morte après la guerre de Chrémonide (ci-après, p. 185 sqq.).

1. Ce nouveau texte termine la ligne 11 et est suivi d'une lacune au commencement de la ligne 12. Il est cité par H. von Prott {ia Rh, Mus,, LUI [1898], p. 464, 1) d'après F. von Bissing, par Mahaffy (^w/ory, p. 74-79) d'après n the late Mr. Wilbour n. Je puis ajouter à ces autorités celle de M. Maspero, qui a bien voulu vérifier le texte sur la pierre et m'en adresser du Caire (à la date du 15 nov. 1902) la traduction littérale, en confirmant le sens réel de ce pathos sacerdotal. <* Il ne peut y avoir aucun doute », écrit mon éminent confrère, « en présence d'un texte aussi formel : c'est la formule employée depuis les époques les plus anciennes pour indiquer par euphémisme la mort d'un roi. Ârsinoé morte est traitée de la même manière que Amenemhatt l^i* ou Thoutmôsis III ou tous les autres Pharaons dont on dit qu'ils sont sortis ou qu'ils se sont envolés vers le ciel, et qu'ils se sont unis au dieu Soleil, père de leur race ».

2. Voy. J. N. Svoronos, Les monnaies de Ptolémée II qui portent dates (Rev. Belge de Num., 1901, pp. 263-298, 387-412). Cf. ci-dessus, p. 54, 3, référence où la pagination est celle du tirage à part.

APOTHÉOSE D'ÂRSmOÉ PHILADELPHE 181

année critique, qui partage en deux périodes distinctes, et à peu près égales en durée, le long règne de Philadelphe.

Nous considérerons désormais le fait comme démontré, et du coup tombent toutes les combinaisons qui supposent Arsinoé vivant jusqu'à une date inconnue, mais très proche de la fin du règne de Pbiladelphe. Nous nous abstiendrons d'entasser des conjectures oiseuses sur cette mort, dont les circonstances se dérobent à l'histoire. Il nous reste à discuter celles qui concernent l'adoption de Ptolémée Evergète par sa marâtre, et même l'existence possible d'un rejeton issu d' Arsinoé 11 et de Philadelphe.

Au cours des premières années de veuvage, Philadelphe est tout à sa douleur, ou à l'étalage de son zèle pour la déification de sa compagne. On le rencontre, dès la quinzième année de son règne, au mois de Pachon, c'est-à-dire immédiatement après la mort d'Arsinoé, procédant à Tapothéose d'Arsinoé, revivifiée suivant les rites sacerdotaux, dans le temple du Bélier de Mendès *. On le retrouve l'année suivante à Pithom (Iléroopolis), occupé à introduire le culte de sa sœurépouse, « la Philadelphe », dan^ le temple du dieu Toum et à édifier un temple aux « dieux Adelphes » dans la ville neuve d'Arsinoé, fondée sur les bords du lac Kemouer (Timsah) ^ Les cérémonies inaugurales du culte d'Arsinoé se succèdent d'année en année dans les divers temples nationaux. A Alexandrie, Philadelphe installe un culte héroïque, de rite grec, avec un sacerdoce spécial, et bientôt les dédicaces à la« déesse Philadelphe » se multiplient dans les villes grecques qui tiennent à faire leur cour au roi d'Egypte '.

). stèle de Mendès, lig. 11-13. Le roi est représenté faisant hommage au Bélier, derrière lequel sont rangées plusieurs divinités, et Arsinoé au bout de la série. A Pithom, disposition analogue ; en double série, Arsinoé en Isis derrière la rangée des dieux.

2. Stèle de Pithom, lig. 21 . On remarque que, sur cette stèle, Arsii\pé a deux cartouches, comme les rois et les reines régentes. A la suite, il est fait mention d'une expédition, conduite par un stratège sur la mer Arabique et aboutissant à la fondation de Ptolémaïs Épilhéras.

3. Nous traiterons ailleurs les questions relatives au culte égyptien et au

La co-régence de Ptolémée III Évergète (270-258).

Ârsinoé disparue, Philadelphe dut se sentir les mains plus libres pour résoudre de graves questions que Timpérieuse reine s'était probablement réservé de trancher à son gré et suivant Toccurrence. Les solutions auxquelles il s'arrêta sont l'objet de conjectures très diverses, dont chacune forme un système incompatible avec les hypothèses fondées sur un autre point de départ. A la date de 267/6 apparaissent des documents qui indiquent que Ptolémée (Philadelphe) s'est associé un fils du nom de Ptolémée ; et, comme pour compliquer encore le problème, le nom de ce co-régent disparaît à partir de l'année 260/59, an 27 de Philadelphe *. L'explication la plus simple de la première donnée du problème est que le roi s'est associé son fils et successeur Ptolémée III Évergète; l'explication la plus simple de la seconde est la mort du co-régent h la date où son nom disparaît : mais ces deux explications ne peuvent s'adapter à la même personne. De là les hypothèses les plus aventureuses *. Le nombre en est heureusement allégé pour nous,

culte grec des Bouverains Lagides. Voy., pour les dédicaces de statues à la déesse Arsinoé Pliiladelphe dans les villes grecques, les inscriptions réunies par M. L. Strack, p. 223-224.

1. Le Papyrus des Revenus, de Tan 27, portait comme suscription : paoï- XtOovTo; IlToXt(iaîou ToO nToXt(iaCou xal toO uloO DToXtiJiaCou (col. I, 1 et col. 24) : mais, à la col. I, la formule a été corrigée, pour en faire disparaître le corégent, dont c'est la dernière mention (Grenfell et Mahaff;^, Revenue Laws of Plolemy Philadelphus, Oxford, 1896).

2. La question a été posée en 1880 par la publication de papyrus démotiques (Pap. du Louvre, 2424, 2433, 2443, etc.; le plus ancien, de Tan 19) portant la suscription : en telle année, tel mois « du roi Ptolémée et de Ptolémée son flls » (Revillout, in, ilet;. Égyptol.^ I, p. 2 sqq.). La formule a été retrouvée depuis dans les papyrus grecs {Peti\ Pap., II, 26, et le Revenue Papyrus) et les ostraka. Revillout avait imaginé d'abord qu'il s'agissait de Ptolémée Soter, dont le père aurait eu pour nom Ptolémée et pour sobriquet Lagos. Mais on ne peut admettre qu'un sobriquet soit devenu le nom patro-

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