L HÉRITIER PRÉSOMPTIF
car nous pouvons écarter par la question préalable toutes celles qui supposent Arsinoé vivante et pesant sur les décisions du roi.
11 est certain que Ptolémée III Évergète, devenu roi à la mort de son père, prit dans les documents officiels la qualité de « fils du roi Ptolémée et de la reine Arsinoé, dieux Adelphes » * ; et on ne peut guère douter qu'il ait été officiellement adopté par Arsinoé IL II importerait beaucoup pour la connaissance du caractère de Philadelphe et de sa sœur épouse, mais il importe moins à l'histoire générale du règne, de savoir si cette adoption a eu lieu lors du mariage ou plus tard ; soit du vivant d' Arsinoé, par acte réel, soit même, par fiction légale en forme d'adoption testamentaire, après sa mort. Il n'y a pas de raison sérieuse pour admettre que Phi-
nymique de la dynastie. Wiedemann {inRhein, ilfuf., XXXVIII [1883], p. 384 sqq.) émit Topinion (approuvée par Strack et Mahaffy) que le co-régent était Ptolémée Évergète, adopté par Arsinoé lors de son mariage et associé par Philadelphe pour prévenir des compétitions au cas où Arsinoé II aurait eu des enfants. La précaution étant devenue inutile lorsque Arsinoé fut morte d(T«xvo<;, la co-régence aurait disparu alors. Krall (SB. d. Wien, Akad,, 1884, p. 347 sqq.) fut d'avis (approuvé par Wilcken et Ehrlich) que cette co-régence avait dû être établie, à Tétat de fiction légale, au profit d'un fils mineur d'Arsinoé II, laquelle se serait résignée à adopter les enfants d'Eurydice après le décès du sien, mort en bas âge. Gercke (in Rhein, Mus.^ XLII [1887], p. 272-3}, persuadé que Théocrite avait signalé comme adultérins les enfants d'Arsinoé I (cf. ci-dessus, p. 97, 3), jugea que le co-régent devait être un fils bâtard de Philadelphe, celui qui se révolta plus tard à Éphèse (ul6; wv toû «frtXaSA^ou paatXéw;. Athen., XllI, p. 593 a), de connivence avec Timarque (ci-après, p. 208). Opinion acceptée par Haeberlin et Bevan. Enfin, H. von Prott (in Rhein, Mus.yLUl [1898], p. 470-4 : de môme Wilhelm et Beloch), modifiant cette hypothèse, suppose que le révolté en question n'était pas un fils, soit légitime, soit bâtard, de Philadelphe, mais le fils atné de Lysimaque, que sa mère Arsinoé II avait amené à Alexandrie et fait adopter par Philadelphe comme fils atné, ayant le pas sur Ptolémée Évergète (!). Ce Ptolémée aurait succédé, en vertu des droits acquis, à sa mère, aussitôt après la mort d' Arsinoé II, dès 270/69. Un roi qui préfère à son héritier légitime tantôt un bâtard, tantôt un fils de sa femme, est bien étonnant. Plus étonnant encore est ce co-régent qui, héritier du trône d'Egypte, court sottement à sa perte. Entre tant de systèmes, nous admettrons, avec Wiedemann, que le co-régent était bien Ptolémée Évergète, et, avec Mahaffy (Revenue Laws, p. xxii-xxvi), que Ptolémée cessa d'être co-régent lorsqu'il fut fiancé avec Bérénice et virtuellement roi de Cyrène.
l. Voy. ci-après (ch. vu) les inscriptions d'Aduliset de Canope.
ladelphe, n'ayant pas d'enfants d'Arsinoé II *, ait volontairement compromis l'avenir de sa dynastie en s'obstinant à disqualifier son héritier légitime. Il est probable, au contraire, qu'il voulut couper court à toute cabale et assurer son repos en manifestant publiquement sa décision par un acte qui la rendait irrévocable. Cet acte, ftiit pour la publicité, sans partage ou communication réelle du pouvoir souverain, Philadelphe dut l'accomplir peu de temps après la mort d'Arsinoé, en tout cas avant 268. Nous n'en connaissons pas la date, précisément parce que l'association au trône ne fut qu'une fiction légale et ne compta pas dans les années du règne de Ptolémée Évergète *. Tranquille de ce côté, Philadelphe ne paraît pas avoir jamais songé à contracter une nouvelle union légitime, qui aurait pu lui créer de nouveaux ennuis. Sa dévotion à la « déesse Philadelphe », toujours vivante par la grâce de la consécration, maintenait pour ainsi dire la défunte en rôle actif et le couple royal en état d'intégrité idéale. A l'abri de cette ombre protectrice et complaisante, Philadelphe se laissait bercer par ses favorites \
1. 11 serait bien étonnant qu'un ûls d'Arsinoé II et de Philadelphe ait passé inaperçu, et que le scoliaste de Théocrite ïiit pu dire qu'Arsinoé II adopta les enfants de la première Arsinoé parce qu'elle-même n'eut pas d'enfants de son mariage avec Philadelphe ii\ yàp à6eX?i\ xaî vyvti aùtoO itexvoç (SiriOxvev. Schol. Theocr., XVIl, 128).
2. Suidas (s. v. KaXXtjiaxoç) dit que Ptolémée Évergète inaugura son règne (f,pÇaTo Tfiç paaiXEfaç) l'an 2 de la 127o Olympiade, c'est-à-dire en 270, l'année de la mort d'Arsinoé II. Il est possible que ce soit une erreur (pxî;'au lieu de pXy') : mais on peut aussi en conclure, avec Wiedemann,que Suidas a recueilli une tradition historiquement — sinon officiellement — vraie. En tout cas, l'association au trône, une fois effectuée, put être antidatée.
3. Athénée (XIll, p. 576 e-f) en énumère un certain nombre, Didyme, Bilistiché, Agathocléia, Stratonice, Myrtion, et ajoute xâl dD.Xaç 6è -rc^eîatac, iTZippiTzétsxtpoi wv irpôç içpoBîaïa. Plus loin, il cite encore Kleino, Mnésis et Potheine, l'une et l'autre joueuses de flûte. H. von Prott (op. cit. p. 463, en note), lisant dans la stèle de Pithom une de ces expressions équivoques qui représentent comme vivante la « sœur du roi, sa royale épouse »> (lig. 23), est tenté de supposer que Philadelphe a pris une troisième épouse après la mort d'Arsinoé. C'est vraiment trop de conjectures à la fois. MahafiTy [Hisloi^y p. 87) s'étonne que le roi n'ait pas épousé sa sœur Philotéra. Mais, était-elle encore vivante? L'association de Philotéra à Arsinoé dans l'apothéose (Schol. Theocr., XVH, 121 : stèle de Pithom, lig. 21) peut être aussi un honneur posthume.