LA GUERRE DE CHRÉMÛNIDE
OÙ dominait l'oligarchie, l'autre, les villes démocratiques. Un jeune Athénien, Ghrémonide, disciple du stoïcien Zenon, parait avoir été l'homme qui conçut la noble espérance de fonder sur l'abdication de toutes les antipathies le patriotisme hellénique.
Nous possédons encore le texte * du décret rendu sur la proposition de Ghrémonide, fils d'Étéocle, du dème d'Aethalide, à une date qui ne peut guère varier qu'entre 268/7 et 267/6. Après avoir constaté, avec un certain optimisme de circonstance, que les Athéniens, les Lacédémoniens et leurs alliés de part et d'autre se sont toujours unis contre les ennemis de la liberté, et que le moment est venu pour l'Hellade entière de combattre ses oppresseurs, le document promet aux alliés l'assistance de l'Egypte. Il affirme que « le roi Ptolémée, suivant l'exemple de ses ancêtres et l'intention de sa sœur ', montre ouvertement son zèle pour la liberté commune des Hellènes; c'est pourquoi le peuple des Athéniens, ayant fait alliance avec lui et les autres Hellènes, a décrété de les convier au même effort. De même aussi, les Lacédémoniens, étant amis et alliés du roi Ptolémée et avec le peuple athénien, ont décrété alliance avec les Éléens, Achéens, Tégéates, Mantinéens, Orchoméniens, Phialéens, Caphyens, Cretois, qui sont en l'alliance des Lacédémoniens et d'Areus et des autres alliés, et ont envoyé, de la part des synèdres, des députés à Athènes ». On est tombé d'accord sur tous les points, et le peuple athénien décide qu'il y aura amitié et alliance perpétuelle entre tous les peuples et rois susmentionnés, « pour lutter avec ardeur, d'accord avec le roi Ptolémée et entre eux, contre ceux qui actuellement violent la justice et les conventions à l'égard des cités, et
1. CIA., II, 332 = Dittenberger, 163 = Michel, 130. Date, 9 Métagitnion de Tarchontat de Peitbidémos (août 266, d'après J. Beloch).
2. Cette expression paraissait attester qu'Arsinoé II était encore en vie. Elle montre, au contraire, que Ptolémée se conforme à la volonté, rendue irrévocable par la mort, de la reine défunte, mise à côté des ancêtres.
afin qu'à Tavemp ils assurent par la concorde le salut des cités ».
Le nom de Ptolémée figure trois fois dans ce document, et il est évident qu'on ne l'engageait pas sans son aveu, sur de simples présomptions de sympathie. La diplomatie alexandrine avait dû, déjà du vivant d'Arsinoé, préparer la mine dont l'explosion allait — on l'espérait, du moins — renverser le trône d'Antigone. Arsinoé connaissait mieux que son frère-époux les affaires de Grèce et de Macédoine, et surtout elle s'y intéressait davantage. Elle avait été un instant reine de Macédoine, et elle ne considérait pas comme périmés les droits de son fils atné sur cet héritage. Son ambition était ici d'accord avec l'intérêt évident de la monarchie égyptienne. Aux mains d'Antigone, la Macédoine dominant la Grèce était en mesure de disputer à l'Egypte le protectorat des Insulaires, c'est-à-dire, l'hégémonie dans TArchipel : avec un roi de sang lagide, inféodé à l'Egypte, elle eût fermé, pour ainsi dire, le cercle des possessions égyptiennes autour de la mer Egée. Antigone était pour Arsinoé l'ennemi. C'est très probablement pour préparer sa ruine qu'elle avait si aisément consenti à traiter avec Antiochos et ajourné le moment de demander des comptes à Magas de Gyrène. Mais Arsinoé n'était plus là, et il n'était pas sûr que sa volonté posthume^ cette Tcpoaipeo-tç que les Athéniens ont bien soin de rappeler, servirait longtemps d'aiguillon à l'indolence naturelle de Philadelphe.
Les pourparlers préalables avaient dû être secrets; le décret cité plus haut n'a pu être rédigé et publié que comme déclaration de guerre, ou même après le commencement des hostilités. On n'imagine pas les Athéniens faisant retentir ces fières paroles aux oreilles de la garnison du Pirée. Celleci paraît avoir été, à l'époque, sous les ordres de Glaucon *.
1. Il fut un temps où Munychic et le Pirée étaient aux mains d'Hiéroclùs, ô ird ToO Iletpaiwç (Diog. Laert., !!,§ 127), 6 t^v Mouvo^i*'' {ywv xal xôv Ileipatôl (id., IV, § 39), monté en grade depuis l'affaire de 287/6 (ci-dessus, p. 91). D'autre