LÀ GUERRE DE GHRÉMONIDE
Comme son prédécesseur Hiéroclès, ce Glaucon était en rapports familiers avec les philosophes. Antigone aussi les comblait de prévenances, persuadé, non sans raison, que leurs écoles n'étaient pas des foyers de propagande démocratique et patriotique. Mais la philosophie se prête à tout; spéculative et cosmopolite chez les professeurs, pour la plupart étrangers, elle put donner à Fâme de jeunes patriotes la trempe qui les raidit contre l'injuste oppression du faible par le fort. Antigone avait trop compté sur la garantie de l'éducation philosophique en confiant sa lieutenance à un Athénien, surtout à un frère de Chrémonide, et sur l'influence du vieux Zenon, qui était comme son chargé d'affaires auprès de la République *. Il est à peu près certain que, pour décider les Athéniens à le suivre, Chrémonide put leur révéler un plan concerté entre Glaucon et lui, et que la défection soudaine de Glaucon les mit, comme entrée de jeu, en possession de leurs ports.
Il eût été prudent d'attendre qu'une flotte égyptienne fût en vue, toute prête à barrer le chemin au retour offensif du Macédonien, ou que les Péloponnésiens fussent en mesure d'opérer une diversion. Mais c'eût été miracle si tant d'alliés avaient pu opérer ensemble. Du reste, bon nombre des cités dont les Athéniens avaient escompté l'alliance n'étaient pas libres de leurs mouvements. Elles se promettaient d'entrer dans la Ligue, quand la Ligue les aurait délivrées elles-mêmes
part, Pythermos (ap. Âthen., II, p. 44 c) iv toU ntipxi£î; Tupowt Jouai xatoi- Ypiçtt %%i rXaûxu)va OSpo-rcdxtiv. Buveur d'eau était à peu près, pour le peuple, synonyme de stoïcien. Comme on rencontre un Glaucon Athénien, flls d'Étéocle, vainqueur à Olympie (Paus., VI, 16, 7. Cf. C/G., II, 231), et que Chrémonide est aussi fils d*Étéocle et associé à Glaucon (deux 'AOT^vatoi, TcipiSpoi xsl 9j{ji6ouXot) dans la liste des bannis énumérés par Télés (ap. Stob., FloHl.^ II, p. 66 Meineke], la conclusion tirée par Droysen (III, p. 220, 1), a savoir que Chrémonide et Glaucon étaient deux frères, est tout à fait légitime.
1. Zenon icoXXà ôicèp *A87jva;wv iicoXtttJwTO itpôç 'AvTtyovov (Aelian., V. Hist.^ VU, 14). Suivant Droysen (III, p. 222, i), Zenon était mort avant la guerre, due à la disparition de ce conseiller pacifique. Mais Beloch fixe entre juillet et novembre 362 la mort du philosophe, qui put encore rendre des services aux assiégés.
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du protectorat macédonien. Les ligueurs dépensaient leur belle ardeur en paroles : ils sonnaient de la trompette avant de s^étre fait une armée. Pendant qu'ils faisaient des collectes et des enrôlements, Antigone bloqua Athènes par terre et par mer, rompant ainsi toute communication entre la tète et les membres de la Ligue nationale *. La flotte égyptienne vint bien se poster près de la côte, à Tîlot qui porta depuis le nom de Tamiral Patroclos * ; mais elle ne devait opérer que de concert avec les troupes de terre, et celles-ci ne vinrent pas. Quand le roi Areus, stimulé par les courriers de Patroclos, eut enfm amené jusqu'à Tisthme le contingent Spartiate, il se trouva arrêté par les postes de Corinthe et de Mégare. Il attendit quelque temps; puis, ses provisions étant épuisées, il s'en retourna avec ses troupes. Ni le roi, ni l'amiral n'avaient su rien imaginer pour tourner l'obstacle. Il parait même qu'ils manquèrent, par incapacité ou excès de prudence, une occasion inespérée de forcer le passage. Les mercenaires gaulois chargés de le défendre s'étant révoltés, Antigone laissa un rideau de troupes devant Athènes et eut le temps d'exterminer les Gaulois à Mégare avant que les coalisés eussent fait mine de s'en apercevoir '. C'est à se demander si Tun et l'autre prenaient leur rôle bien au sérieux, et si Areus surtout était vraiment désolé de laisser les Athéniens seuls aux prises avec Antigone. Patroclos avait sans doute pour instructions de ne pas s'engager à fond tant
1. Pausan., HT, 6, 4 (ireîia) xs xal vaualv èicl 'A8^vaç aToaxttiet).
2. N-nao; IpT.jxo; ou ju^i^Ti IIatp<5xXou 7taXou|ji^7i (Pausan., I, 1, 1).
3. IL est iaipossible d'accommoder, d'une façon satisfaisante, les textes de Trogue-Pompée et de Justin. Pour Tun, il s'agit de Gaulois qui font défection : Ut defectores Gallos [Antigonus] Megaris delevit (Trog., Prol. xxvi). Justin (XXVI, 2) en fait une « nouvelle armée ennemie », venue de la Gallogrèce avec femmes et enfants, et anéantie par un effroyable massacre. Aucune indication de lieu. On apprend seulement qu'Antigone attaque les Gaulois, in speciem castrorum parva manu adversus cetero$ relicta^ et qu'ensuite, avec son armée victorieuse, hélium Atheniensibus in fer L Jusque-là, , Justin ne lui connaît d'autres adversaires que Ptolémée et les Spartiates.
Cf. Polyaen., IV, 6, 3 f AvTiyovoi; Miyapa icoXtopxwv).
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que la Ligue n'aurait pas frappé les premiers coups *. Areus parti et la flotte égyptienne tenue à bonne distance du Pirée, Antigone continua le blocus d'Athènes. Il ne répondit que par un sourire aux bravades de Patroclos, qui lui envoya un jour, raconte Phylarque, en guise de devinette, des poissons et des figues, pour lui faire entendre qu'il lui faudrait se passer de poisson et se contenter de figues tant qu'il ne serait pas maître de la mer ^ Les Athéniens étaient encore plus mal nourris que les assiégeants, et l'événement prouva qu'Antigone ne désespérait pas d'arracher un jour à l'ennemi l'empire de la mer.
Cependant Ptolémée avait aussi ses pensées de derrière la tête. « Pendant qu'Antigone était occupé à cette guerre (contre les Athéniens), Alexandre, roi d^Épire, voulant venger la mort de son père Pyrrhos, ravage les frontières de la Macédoine ^. » Quand on songe aux relations d'amitié entretenues depuis le temps de Ptolémée Soter entre les rois d'Egypte et d'Épire, on ne peut guère douter qu'Alexandre n'ait obéi à un signal parti d'Alexandrie *. Cette diversion produisit dans la situation un revirement soudain. Antigone dut courir en Macédoine pour arrêter l'invasion : sa couronne même était en jeu. Une de ces défections de mercenaires comme son père et lui-même en avaient tant de fois éprouvé lui fit perdre la partie. Au dire de Justin, il se trouva sans royaume et sans armée. Mais, en son absence, son fils Démétrios, un tout jeune homme, remit sur pied une armée, avec laquelle il recouvra la Macédoine, et, par surcroit, enleva rÉpire à Alexandre \ Cette brusque succession de péripéties