PRÉPARATIFS DE GUERRE
une Arsinoé Patara. Il n'y avait pas loin d'Antioche à la frontière de Cilicie ; mais tout le littoral était surveillé par les escadres postées à Gypre, et une armée de terre engagée dans cette étroite bordure pouvait être à tout moment surprise et coupée de ses communications par une flotte se mouvant en liberté. Du reste, il importait davantage à la sécurité comme à l'honneur des Séleucides de reprendre la Cœlé-Syrie et la Phénicie. Mais c'était une grosse partie à jouer, et Antiochos prit le temps de s'y préparer. Un des moyens qu'il employa fut probablement de promettre aux villes phéniciennes plus de libertés qu'elles n'en avaient sous la suzeraineté de l'Egypte. C'est ainsi, du moins, qu'on peut interpréter l'inauguration en 259/8 d'une ère locale pour la ville d'Arados, la seule cité phénicienne qui fût demeurée sous le protectorat des Séleucides *. Il est probable que le roi de Syrie rendit à Arados son autonomie, comme exemple de ce qu'il comptait faire pour les autres cités, quand elles se seraient données à lui.
Il put profiter, soit pour commencer, soit pour continuer les hostilités ', des embarras que suscitèrent à Philadelphe, vers cette époque, les affaires de Cyrène. Magas, alourdi par l'obésité et devenu très pacifique ', n'était plus dangereux pour son frère utérin. C'était le moment de mettre fin à la situation équivoque qui, depuis quinze ans, perpétuait l'inimitié entre les membres d'une même famille et faisait de la Cyrénaïque un royaume non seulement séparé de l'Egypte, mais hostile à la politique égyptienne. Heureusement, Magas n'avait point de fils, et une entente était possible par le pro-
i. Cf. Head, p. 666. Point d'explications dans les auteurs. Strabon (XVI, p. 754) ne parle que des privilèges accordés aux Aradiens par Séleucos II CalUnicos. Peut-ôtre Âscalon était-elle ralliée aussi aux Séleucides au début du règne d'Antiochos II (E. Babelon, Les rois de Syrie, p. 28), ce qui est au moins douteux.
2. On ne peut fixer aucune date, ni pour le commencement, ni pour la fin de cette « seconde guerre de Syrie « (voy. ci-après).
3. 'AiroXÉjiT.Tov y£v(5îxsvov xal Tpuoûvra xatajapxov xtX., empiffré et asthmatique (Agatharch. ap. Athcn. XII, p. 550 c). Cf, ci-dessus, p. 164, 1.
cédé familier aux diplomates de Tépoque. Que la diplomatie ait agi seule, ou que les sollicitations venues d'Alexandrie aient pris la forme de menaces \ Magas consentit à régler sa succession, non pas au goût des Cyrénéens, ni même de sa femme, mais au mieux des intérêts de la famille des Lagides, en acceptant pour futur gendre Théritier présomptif du trône d'Alexandrie, Ptolémée Évergète. Sa fille Bérénice était à peine nubile; mais il s'agissait simplement de fiançailles destinées à garantir une combinaison politique, la réunion ultérieure de la Cyrénaïque à FÉgypte en la personne des deux conjoints. Magas ne survécut pas longtemps à la conclusion de ce pacte de famille, et sa mort (259/8) déchaîna les complications les plus imprévues '. Sa veuve Âpama,
1 . Per idem tempus rex Cyrenarum Magas decedit, gui ante infirmilatem [avant sa dernière maladie] Beronicam^ unicam filiam^ ad finienda cum Ptolemaeo fratre ceriamina, filio ejus desponderat (Justin., XXVI, 3, 2). Il est excessif de prétendre que Justin parle ici de nouvelles hostilités entre Philadelphe et Magas, lequel aurait été contraint par les armes de signer le pacte matrimonial (cf. Niese, II, p. 243,6). Ces certamina duraient depuis longtemps, et n'avaient jamais été réglés à Tamiable.
2. Encore un nid de controverses. Le seul fait considéré comme intangible est que Magas « régna cinquante ans à Cyrène » (Agatharch. ap. Athen., XIÏ, p. 550 b). Mais à partir de quelle date ? Nous avons admis plus haut, avec la grande majorité desérudits(Thrige, Droysen, Merkel, Wilamowitz, Studniczka, Roepp, Vahlen, Roehler, Mahaffy, Ehrlich, Raerst, H. von Prott), la date de 308, ce qui met la mort de Magas en 259/8. Ce calcul est corroboré par l'Eusébe Arménien (I, p. 237 Schœne), qui place la mort de Démétrios le Beau en 01. CXXX, 2 (259/8). Mais on a trouvé singulier que Bérénice soit restée fiancée à Ptolémée Évergète de 260 à 247 environ. Niebuhr {KL Schi\, I, p. 236 sqq.) a corrigé le chiffre d'Eusèbe en 01. CXXXII, 2 (251/0) et fait dater le règne de Magas de 301, attendu que Diodore, dont le livre XX finit avec Tannée 302, ne cite même pas le nom de Magas. Droysen, hésitant entre les deux systèmes, accepte 258 pour la mort de Magas et 251/0 pour celle de Démétrios. Celui-ci aurait eu tout le temps d'accomplir les exploits qu'Eusèbe attribue par erreur à Démétrios II, fils d'Antigone Gonatas : tc5<jx/ t^,v AiôijTjV I^a6t, Kupif,vT,ç te IxpiTTjas, xal xatsa/r; eTwvSixa {FBG., IIÏ, p. 701 = p. 238 Schœne). Gercke (ci-dessus, p. 67, 2) invoque à Tappui du système de Niebuhr toute espèce d'arguments. Ophellas ne s^est pas insurgé contre son suzerain en 312 ; Tinsurrection s'est produite plus tard, vers 303, et n'a été domptée au bout de cinq ans par Magas qu'après la bataille d'Ipsos (Paus , I, 6, 8). Magas était, du reste, trop jeune en 308, et le roi hindou Açoka le dit encore régnant en 251. Donc, Magas n'a commencé à régner qu'en 300 au plus tôt, peut-être même en 296, et sa mort a précédé de peu celle de Philadelphe. Tous ces arguments
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