‹ Histoire des LagidesChapitre 137 sur 258 · GYRÈNE APRÈS LA MORT DE MAGAS · texte numérisé non relu

GYRÈNE APRÈS LA MORT DE MAGAS

sœur d'Ântiochos II, rompit le pacte qui avait réglé sa succession \ L'ambition d'Apama, doublée de quelque haine dynastique et secondée par le patriotisme cyrénéen, lui suggéra ridée d'appeler un prétendant qui, épousant Bérénice, continuerait la dynastie locale et lui laisserait à elle-même le gouvernement effectif du royaume. Elle fit choix d'un frère d'Antigone Gonatas, Démétrios dit le Beau (6 KaXo;), fils du Poliorcète et petit-fils, par sa mère Ptolémaïs, de Ptolémée Soter. La combinaison avait dû être agréée, et elle avait chance d'être appuyée, au besoin, par le roi de Macédoine, qui était toujours en état d'hostilité latente avec Philadelphe. Antigone ne pouvait qu'être charmé de créer des embarras au Lagide, tout en se débarrassant lui-même d'un prince remuant, qui, une fois pourvu, cesserait d'être dangereux pour devenir un allié utile. Le bel aventurier accourut en toute hâte, et, sûr de plaire, s'installa entre la mère et la fille, sans plus distinguer entre elles qu'il ne convenait à sa morale particulière, héritée du Poliorcète '. Comme le dit Justin, ail avait transporté son désir de plaire de la jeune fille à la mère ». Amant de sa future belle-mère, il se voyait déjà roi et prenait avec tout le monde le ton du commandement. D'après Justin, qui est seul à nous renseigner sur ce

sont réfuUbles et ont été réfutés. Si Açoka a régné à partir de 266 environ (Vahlen), il a pu parler de Magas avant 258, ou n'être pas informé de sa mort. La date de la mort d^Ophellas (308) n'est pas contestée, et elle s'accorde parfaitement avec la chronologie d'Eusèbe. C'est le cadre du règne de Magas.

1. Nous avons déjà signalé (ci-dessus, p. 172, 1) la méprise de Justin, qui appelle Arsinoé la mère de Bérénice (XXVI, 3, 3), et l'hypothèse de Niebuhr, qui identifie cette Arsinoé avec la première femme de Philadelphe. Le texte de Justin, corroboré par le titre de « sœur » (iÔiX^f.) de son époux {fralris cari, CatuU., Lxvi, 22) porté par Bérénice, a fait naître toute espèce de conjectures, et notamment la confusion entre deux Bérénice, Tune et l'autre filles d'une Arsinoé (cf. Eckhel, IV, p. 13). Ces méprises ne sont pas rares dans l'histoire hellénistique. Eusèbe confond les deux Démétrios (ci-dessus, p. 191, 5). Quant à Justin, il est coutumier du fait. Non seulement il confond les Démétrios, mais il lui arrive d'écrire rex Bithyniae Eumenes au lieu de rex Pei*gami Atlalus (XXVII, 3, 1). Toutefois, il se peut qu'Apama ait changé de nom à Cyrène.

2. Il passait pour avoir été « aimé » d'Arcésilas (Diog. Laert., IV, 41), § qui a pu le renseigner sur Cyrène.

roman tragique, il y eut scandale. « La chose parut louche à la jeune fille d'abord, puis odieuse au peuple et aux soldats. Aussi, toutes les sympathies se tournant vers le fils de Ptolémée, on tend des embûches à Démétrios, et, au moment où il s'était retiré dans le lit de sa belle-mère, on fait entrer les meurtriers. Mais Arsinoé entendit la voix de sa fille qui, restée à la porte, demandait qu'on épargnât sa mère, et elle fit quelque temps à son amant un rempart de son corps. Par cette exécution, Bérénice vengea la honte de sa mère sans se départir de la piété filiale et suivit dans le choix d'un époux la volonté de son père '. »

Cette phraséologie sonore nous laisse entendre que la vengeance de la jeune princesse outragée servit la politique de Ptolémée et coupa court à toute tentative ultérieure de la reine mère, humiliée et déchue, pour empêcher la réunion des deux couronnes. En attendant que son fiancé fût roi d'Egypte, Bérénice continua à porter le titre de reine de Cyrène : elle garda même toujours, sur les monnaies cyrénaïques, ce titre de ^ao-Ovia-o-a joint à l'eflBgie, qui distingue les reines par droit de naissance des épouses des rois. Pour ménager la transition et ne pas devancer l'heure de la réunion effective des deux royaumes, Philadelphe jugea à propos d'ôter à son héritier le titre de roi en Egypte. C'est là, ce semble, une explication plausible de la disparition, au cours de l'année 258/7, de la formule protocolaire : « Sous le règne du roi Ptolémée et de Ptolémée son fils * ». Ce fut une con-

1. Justin., XXVI, 3. C'est là Texploit célébré par Callimaque (trad. de Catulle, Lxvi, 25 sqq.) : At le ego certe | Cognoram a pai^a virgine magnanimam.

I Anne bonum oblita es facinus^ quo regium adepta's \ Conjugium, quo non for tins ausit alis ? Ehrlich (p. 48 sqq.) voit encore des allusions dans V Hymne à Artémis, laquelle tue ses prétendants indiscrets, Otos et Orion. L'expression parva virgo indique bien que Bérénice était encore fort jeune (quinze ans, au maximum) et que son mariage avec Évergéte n'eut lieu que plus tard, et non pas tout de suite, comme le veulent les partisans de Niebuhr (y compris Droysen et Koepp), lesquels reportent l'affaire en 231/0. Sur la date du mariage, il y a incertitude dans tous les systèmes, sauf dans celui qui n'admet de mariage que pour les rois en possession du trône (cf. ci-dessus, p. 96, IJ.

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