MORT DE PTOLÉMÉE PHILADELPUE
ture et la curiosité qu'on lui attribue pour les sciences naturelles, son égoïsme le rendait crédule quand il s'agissait de sa santé. Il demandait aux charlatans ce que ses médecins n'osaient lui promettre. « Il était tellement gâté par la mollesse », dit Phylarque, « et il se faisait de telles illusions qu'il comptait vivre toujours et disait que seul il avait trouvé le secret de l'immortalité * ». Hâtons-nous d'ajouter que la naïveté est peut-être du côté de Phylarque, qui prend à la lettre un mot susceptible d'une autre interprétation. Son tempérament, qui n'avait jamais été robuste, commençait à plier sous le faix des années durant lesquelles il n'avait pratiqué ni la continence, ni la sobriété. Un jour qu'il était tourmenté par la goutte et que, relevant d'un long accès, il regardait par une fenêtre, il vit des Égyptiens en train de déjeuner sur le bord du fleuve avec ce qui leur était tombé sous la main et s'étaler à leur aise sur le sable. « Malheureux que je suis, s'écria-t-il, de ne pas être un de ces genslà * ». Nous n'avons pas besoin de banalités de ce genre pour nous persuader que Ptolémée vieillissant sentait parfois la vanité des richesses et leur eût préféré la santé.
La mort, qu'il redoutait tout en faisant des rêves de longue vie, vint le prendre dans la trente-neuvième année de son règne, soixante-troisième de son âge (246) ', à temps
1. Phylarch. ap. Athen., XII, p. 536 e. Mahaflfy (Empire, p. 163) se demande si Philadelphe ne songeait pas à Tautre vie, et si ce yague désir d'immortalité ne lui avait pas été inspiré par quelque dévotion aux Rabires, ou par les missionnaires bouddhistes d'Açoka. Il pouvait aussi faire allusion à son apothéose; et, au surplus, rien ne garantit Tauthenticité du mot.
2. Phylarch., loc. cil. Ce doit être une variante de cette anecdote que Ton rencontre dans Cicéron (Tuscul., V, 34) : Nec esuHena Ptolomaeus ederat ; cui cum peragranti Aegyplum^ comilibus non conseculis, cibarius in casa panis datus essett nihil visum est illo pane jucundius. Les légendes se groupent toujours autour des types qui les font le mieux valoir, et Philadelphe était le type du roi opulent. On ferait un gros livre avec ce que les moralistes ont brodé sur ce thème idyllique : le souci dans les palais, le bonheur dans les chaumières. Mais les prédicateurs ont rarement prêché d'exemple.
3. Il est probable qne le décret de Canope (ci-après, p. 267) place au 25 Dios (correspondant, par exception, à la fin de février ?) le jour non pas de Tavènement d'Évergète, mais de son association au trône.
Qoo^ç:
pour lui épargner une déception qui l'aurait atteint à la fois dans son orgueil et dans son affection paternelle. Il est Sinon certain, du moins probable, que Philadelphe avait rejoint ses divins parents dans le Sema d'Alexandrie quand on apprit en Egypte quelle horrible vengeance avait tirée et de son infidèle époux et de sa rivale Tex-reine de Syrie Laodice, répudiée pour faire place à la fille du Lagide.
C'est par cette catastrophe tragique que va s'ouvrir, par elle aussi que va être poussé dans la voie des expéditions lointaines, le règne glorieux de Ptolémée III Évergète.