‹ Histoire des LagidesChapitre 151 sur 258 · Athen., loc. ciL · texte numérisé non relu

Athen., loc. ciL

2. Vitruv., VII, Praef.y 8. Cf. le mot que Théocrite prAte aux riches inhospitaliers pour les poètes : (SXi^ '^ivTsajiv *'0(ji7)po; (XVI, 20}.

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mais le propre de Tintolérance est précisément de se croire toujours au service de la bonne cause. Si Philadelphe avait eu le goût de Zoïle, il eût proscrit Homère. II est vrai qu'il était généreux à l'occasion. Il avait donné quatrevingts talents au philosophe Straton, qui avait dirigé son éducation et qui était resté en correspondance avec Arsinoé ^ Mais ses libéralités mêmes étaient intéressées; il fallait les mériter, et, l'exemple de Théocrite le prouve, il fermait sa bourse à qui ne savait pas, ou ne savait pas être toujours un parfait courtisan. On risquait même davantage à lui déplaire. Personne sans doute n'oubliait autour de lui qu'il avait frappé Démétrios de Phalère, sans égard pour ses longs services, et fait noyer Sotade *. Comme le dit Théocrite, a il savait qui l'aimait, et mieux encore qui ne l'aimait pas ' ». Il ne fallait donc pas d'oiseau trop criard, et surtout d'oiseau moqueur, dans la « volière des Muses * ».

En fait de sciences, Philadelphe semble n'avoir eu de goût que pour les curiosités zoologiques. Diodore raconte qu'il se plaisait à montrer aux étrangers un serpent monstrueux capturé à son intention. Ce goût profita à la science, car les libéralités du roi encourageaient les chasseurs qui, s'enfonçant dans le centre de l'Afrique, exploraient ainsi

i. Diog. Laert., V, §§ 58-60. Cf. ci-dessus, p. 130, 1.

2. Cf. ci-dessus, pp. 129, 3. 163, 1. 163, 2. 193, 1. En général, les princes (sauf Ptolémée Soter, ci-dessus, p. 139), vengeaient cruellement leurs propres injures. Magas faillit mettre à mort Philémon (ci-dessus, p. 134, 2). Dapbidas fut, dit-on, mis en croix pour avoir rappelé Torigine obscure des rois de Pergame (Strab.,XIV, p. 647). Philippe V de Macédoine fit empoisonner à sa table le comique Épicrate et le tragique Callias (Anthol. Palat., XI, 12), et il se promettait de pendre le poète Alcée de Messène qui s*était moqué de lui après Cynoscéphales (Plut., Fla'min., 9. Cf. Anthol. Pal., VU, 247).

3. Le jii(ï8o6dTa; nToXepLaioç est un homme charmant, sûyvwiiwv, ?i^6|iu>ffo;, IpuTtxô;, elç àlxpov à6û; • | cîScîx; xôv çtXéovca, tôv où çtXiovT* Iti iiôX^ov, j icoXXoïç icoUà SiSoûç (Theocr., XIV, 61 sqq.).

4. Timon le Sillographe, contemporain de Philadelphe, se moquait des savants (oiXovdcpou;) du Musée, qu'il comparait à des oiseaux de parade mis en cage. « On nourrit en la populeuse Egypte quantité de gratte-papiers (Pi6Xiatxol x^paxlToii) qui se chamaillent sans fin dans la volière des Muses w (Athen., I, p. 22d),

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des régions inconnues ^ « Le roi, qui aimait beaucoup la chasse aux éléphants, récompensait par de grands présents ceux qui allaient à la chasse des animaux les plus forts. Ainsi, ayant dépensé beaucoup d'argent à ce caprice, il rassembla un grand nombre d'éléphants propres à la guerre, et il fit connaître aux Grecs des animaux extraordinaires qu'on n'avait pas encore vus * ». La pompe décrite par Callixène et dont nous avons parlé plus haut fut une véritable exposition de ces sortes de curiosités. La protection royale n'allait sans doute pas indiCTéremmcnt à toutes les sciences, mais de préférence à celles qui profitaient des « caprices » du monarque.

Mais l'érudition et la science de la Nature peuvent s'accommoder d'un certain degré de dépendance. Tous les caprices des Ptolémées ne sauraient entrer en balance avec l'avantage que procura aux savants l'immense collection de livres amassée par eux à grands frais. On assure , de source suspecte, il est vrai, qu'à la fin du règne de Ptolémée Soter, Démétrios de Phalère avait déjà réuni 200,000 volumes '. Ce premier fonds s'enrichit d'ujie façon continue, sous les règnes suivants, et par les achats et par l'apport des Alexan-

1. Explorateurs sous Philadelphe : Satyros, chasseur d'éléphants et fondateur de Philotéra sur la mer Rouge (Strab., XVI, p. 769) ; Eumède, autre chasseur, fondateur de Ptolémaîs Épithéras {ibid,^ p. 770) ; Tamiral Timosthéne de Rhodes^ auteur d'ouvrages sur les ports et les tles (Strab., II, p. 92) ; peut-être Dalion, primu» ultra Meroen subveclus (Plin., VI, § 183); Pythagore, Plolemaei régis praefectus (Plin., XXXVII, § 24) ; Dionysios, a Philadelphus missus^ qui rapporta d'une ambassade dans l'Inde des renseignements sur la population (Plin., VI, § 58 : cf. ci-dessus, pp. 99, 1. 175, 1); Ariston, envoyé pour explorer les côtes d'Arabie (Diod., III, 42).

2. Diod., III, 35-36. C'est peut-être à lui, et non à Ptolémée Soter, comme le dit Lucien {Prometh.y 4), qu'il faut rapporter l'exhibition du chameau et de l'homme au visage noir et blanc. Cf. l'éléphant apprivoisé et très vieux (Aelian., H, Anim,, IX, 58). On ne sait s'il slntéressait aux mathématiques ; mais c'est sur ses monnaies, vers 266, qu'apparaît pour la première fois la numération alphabétique décimale, desûnée & supplanter les autres modes (P. Tannery, in Rev, ArckéoL, XX L1892], p. 59. Cf. J. N. Svoronos, Rev. Belge de Num,^ 1901, p. 406-407. IIipiYpa^-^ tûv vo(jii9tiiTfa>v tûv IlTo>t(jia£fa>v [Athènes, 1903], p. 97).

3. Joseph. ,i4./., XII, 2,1. Aristeasap. Euseb., /V.^i>.,VIII, 2. Zonar.,IV,16.

drins eux-mêmes, auteurs féconds et polygraphes infatigables. Philadelphe acheta tout d'abord la bibliothèque d'Âristote, qui devait être considérable et qu'il « transporta à Alexandrie, avec des livres venus les uns d'Athènes, les autres de Rhodes * ». A la fin de son règne, il y avait, dit-on, dans la Bibliothèque du Brucheion (Musée) 400,000 volumes « mêlés », c'est-à-dire y compris les doubles, ou 90,000, défalcation faite de ceux-ci. De plus, 42,800 volumes moins indispensables — des doubles probablement — avaient été déposés dans le Sérapéum, oii s'organisait une seconde Bibliothèque '. On sait que Ptolémée Évergète continua avec une sorte de passion la chasse aux livres, surtout aux livres rares % et que, l'émulation s'en mêlant, Lagides et Attalides firent de l'accroissement de leurs bibliothèques leur principal souci. C'est ainsi que, en 48 avant J.-C, quand la Bibliothèque du Musée fut brûlée ou endommagée, on veut qu'il y ait eu, tant au Musée qu'au Sérapéum, 700,000 volumes *. Il y avait à coup sûr des apocryphes dans le nombre, car le zèle des collectionneurs suscite infailliblement l'industrie des faussaires. Ce zèle aurait dû se tourner aussi du côté des productions intellectuelles des peuples « barbares », à com-

1. Athen., I, p. 3 b. Une autre tradition (Strab., XIII, p. 609. Diog. Laert., V, § 32) yeut, au contraire, que la bibliothèque d'Âristote — accrue de celle de Théophraste — soit restée en la possession des descendants de Néleus, qui l'auraient cachée pour la soustraire aux recherches des rois de Pergame et finalement yendue à Apellikon de Téos, qui la laissa comme butin aux mains de Sylia, lequel l'apporta à Rome. Le moyen de tout concilier, si Ton y tient, c'est d'admettre que Philadelphe fit faire des copies.

2. Schol. Plaut. ap. Ritschl etParthey (opp. ci^). T.-Live (ap. Senec, Tranq, an.^ 9) parlait de 400,000 yolumcs, non au temps de Philadelphe ou d'Éyergôte, mais en 48 {quadringenta milita librorum Alexandnae arserunt).

3. Cf. l'exemplaire des tragiques acheté 15 talents (Galen., t. V, p. 111 Basil.). 4.Gell., VII [VI], 17. Amm. Marc, XXII, 16, 13. Voir ci-après, au chapitre xv

(tome II), les doutes sérieux qu'inspire la tradition, en ce qui concerne l'incendie de la Bibliothèque durant la *< guerre alexandrine ». On a contesté, à ce propos (Bonamy, Letronne), que la grande Bibliothèque, dite du Brucheion, fût dans le Musée ou attenant au Musée. Les chiffres sont encore plus sujets à caution, et je les trouve, pour ma part, invraisemblables. Hyperbole ou lapsus calami, il est si facile de transformer quadraginta en quadringenta, et septuaginta en seplingenta; en langage moderne, d'ajouter un zéro!

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mencer par TÉgypte et à conlinucr par la Phénicic, la Ghaldée, Flran et Tlnde ^ Mais la seule traduction d'une langue étrangère en grec dont on entende parler est la célèbre version de la Bible hébraïque par les Septante. On peut tenir pour démontré aujourd'hui que tout ce que la tradition juive ' racontait du respectueux empressement de Philadelphe et du miraculeux accord des soixante-douze traducteurs travaillant isolément est pure légende'. Philadelphe n'y figure que parce que, pour le vulgaire, il était le type du roi bibliophile et savant ^. Il est probable que la traduction de la Bible ne fut faite ni par ses ordres, ni même de son temps, ni pour la Bibliothèque, mais qu'elle fut l'œuvre spontanée de Juifs alexandrins travaillant pour le grand nombre de leurs coreligionnaires qui ne savaient pas l'hébreu. En ce qui concerne l'Egypte, si les archives de l'époque pharaonique ne furent pas colligées et transcrites, elles durent être interrogées par Manéthon de Sébennytos qui en tira toute une encyclopédie d'antiquités égyptiennes, à peu près au moment où Bérose dévoilait, de son côté, à l'instigation d'Antiochos P', les arcanes de la civilisation et de l'histoire chaldéennes.

C'est dans l'ombre discrète de la Bibliothèque attenant au Musée que naquit l'érudition proprement dite, la science du passé, sans laquelle les œuvres même du génie périraient inutiles, délaissées et oubliées, comme une flamme qui ne trouve

1. Le Ps.-Aristeas (ap. Euseb., loc. ciL) prête à Philadelphe le désir « de rassembler tous les lirres qui sont dans Tunivers ».

2. Voy. la correspondance fabriquée par le Ps.-Aristeas (Euseb., Vlil, 2-3. Joseph., A, Jud,, XII, 2).

3. Voltaire [Dict. PhiL, s. v. Aristée) n'avait pas attendu les travaux de la critique moderne pour traiter comme il convient ces fables ineptes, que Renan (Uist, du peuple d'Israël, IV, p. 227-237) appelle une « niaise histoire ».

4. On finit par slmaginer que Philadelphe lui-même avait beaucoup écrit : Philadelphus litteratissimus, qui plurimos graecos libros scripsit (Ampel., Lib, mem.y 25). Ampelius la probablement confondu avec Philopator et Évergète II (cf. ci-aprôs). Je ne crois pas qu'on puisse attribuer à Philadelphe une épigramme ïlToXcjjiarou où il est question des mérites comparés d'Aralos, Hégésianax et Hermippos (Anthol. Palat., Append., 70).

plus d'aliment. Inventaire et critique des textes ; élimination des interpolations et surcharges ; commentaire des passages difficiles ou de sens contesté; classement des auteurs par genres littéraires; voilà à quoi ont employé leurs loisirs des générations de bibliothécaires, dont quelques-uns ont légué leur nom à la postérité *.

La Bibliothèque du Musée était placée sous la direction d'un bibliothécaire en chef, nommé par le roi, qui gardait ses fonctions jusqu'à sa mort. Le premier qui fut investi de cet o£Bce paraît avoir été Zénodote d'Éphèse, disciple de Philétas et précepteur soit de Philadelphe, soit plutôt des enfants de Philadelphe. Zénodote consacra sa vie à une édition critique des œuvres d'Homère, travail difficile qu'il ne put mener du premier coup à sa perfection et qui fut repris après lui par les plus illustres des philologues alexandrins, Aristophane de Byzance et Aristarque de Samothrace. Du chaos des manuscrits, remplis de variantes, de répétitions, de formules soudées à des morceaux détachés, la « diorthose » de Zénodote fit sortir un Homère classique. A côté. de lui, d'autres lettrés entreprenaient des tâches non moins laborieuses. Dès les premières années de son règne^ Philadelphe avait fait venir à Alexandrie le poète Alexandre d'Étolie, qui s^était fait une réputation avec ses tragédies, et l'avait chargé de classer dans la Bibliothèque tous les ouvrages appartenant au genre tragique et au genre satyrique. Pour des raisons qui nous échappent, l'Étolien quitta plus tard Alexandrie et alla retrouver Aratos de Soles à la cour d'An tigone Gonatas. Lycophron de Ghalcis mit en ordre le département des auteurs comiques et écrivit à ce propos une sorte d'histoire de la comédie. Le successeur de Zéno-

1. VoD Wilamowitz {Die Textgesckichte der griechischen Lyriker^ inAbh. d. Gœtting. Akad., IV, 3, Phil.-Histor. Classe [1900], pp. 1-121) ne loue pas sans réserves les éditions alexandrines des lyriques. Il leur reproche notamment (p. 41} d'en avoir supprimé la notation musicale. Pour tout ce qui concerne la littérature alexandrine, je renvoie le lecteur aux ouvrages indiqués ci-après (p. 226, 1).

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dote dans la fonction de bibliothécaire en chef, Callimaque de Cyrène, dressa un catalogue général en CXX livres de tous les auteurs, classés par genre et sans doute par ordre de mérite. La bibliographie ainsi entendue confine à la critique littéraire proprement dite. Les hommes qui tenaient entre leurs mains la destinée des livres voulurent faire un choix, réserver la meilleure part de leur temps et de leurs soins à une élite d'auteurs mis hors de pair. Ils en vinrent de cette manière à dresser des « Canons » ou listes fermées dans lesquels prenaient place, à Texclusion de tous autres, les noms des écrivains les plus distingués en chaque genre.

Les travaux de ces savants excitaient partout une émulation féconde. C'est ainsi qu'Aratos de Soles fit pour Ântigone Gonatas une recension de VOdyssée, et que plus tard Euphorion de Chalcis fut préposé par Antiochos III le Grand à la bibliothèque d'Antioche. Nous verrons, dans la série des Ptolémées, des rois cultiver eux-mêmes la philologie, et dénfontrer par leur exemple que la culture de Fesprit peut très bien s'allier avec une absence complète de sens moral. Entre savants l'émulation ne restait pas toujours pacifique : il y avait parfois rivalité pour la renommée et aussi pour les places. La querelle de Callimaque et d'Apollonios de Rhodes est, dans l'histoire de la littérature alexandrine, l'équivalent d'un chapitre de batailles.

Mais le Musée et la Bibliothèque n'étaient, en fin de compte, que des dépendances des palais royaux. Il fallait que les hommes de lettres trouvassent le temps d'être hommes de cour, d'une cour galante, où les femmes donnaient le ton et, des œuvres des Muses, ne voulaient connaître que les histoires d'amour. Comme Philétas au temps de Ptolémée Soter, tous ces grammairiens et philologues s'ingénièrent à tirer des livres, des vieilles légendes compilées par les logographes, de quoi suppléer aux passions qu'ils n'éprouvaient guère. C*est ce jeu laborieux qui a produit la littérature alexan-

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