Appian., Prooem
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l'épargne de philâdelphe 239
vait près de quatre siècles après Philâdelphe; mais il était d'Alexandrie, et il prétend avoir consulté les « registres royaux »• Seulement, il a oublié de dire de quelle façon il a obtenu ce total, et surtout de quels talents il entend parler. C'est là dessus que roule le débat engagé entre ceux qui tiennent pour le talent d'argent et les partisans du talent de cuivre. La différence entre les deux estimations est énorme, soit que Ton considère le talent de cuivre comme un talent de compte, valant 1/60 du talent d'argent, soit que l'on considère la valeur respective des deux métaux, rapport difficile à fixer et qui, suivant les systèmes, double ou diminue de moitié la valeur précitée du talent d'argent ^ Sans déprécier les louables efforts de l'érudition, on peut souhaiter qu'elle professe une foi moins aveugle en l'authenticité de cet inventaire. Il importe peu de savoir si l'exagération vient de l'orgueil patriotique de l'Alexandrin Appien, ou si les scribes royaux avaient aligné sur le papier des chiffres de fantaisie. On sent l'hyperbole partout, depuis les 200,000 fantassins et 40,000 cavaliers jusqu'aux 800 thalamèges à la proue et la poupe dorée « sur lesquelles s'embar-
1. Bôckh supposait qu' Appien avait additionné les recettes des trente-huit années de Philâdelphe sans tenir compte des dépenses, les recettes étant évaluées, d'après saint Jérôme (In Dan.^ zi, 5), à 14,800 talents d'argents et 1,500,000 artabes de blé. Bôckh estimait le blé à 500 talents et ajoutait 4,170 talents pour le produit des dépendances de TÉgypte. Appien a voulu dire que ces sommes avaient passé par les caisses du Trésor. Droysen pense qu' Appien a simplement compté les revenus en argent de 301 à 247, en multipliant par 50 le chiffre qui se retrouve dans saint Jérôme. Mais il est évident qu' Appien parle de l'argent accumulé dans le Trésor i^r^^ixm 6'iv toi; Or.doupoi<), et il est impossible d'admettre qu'une masse métallique d'environ trois milliards de francs ait été ainsi retirée de la circulation. U ne reste plus, si Ton ne veut récuser Appien, qu'à évaluer en talents de cuivre, qui donnent la somme modeste de 12,333 talents d'argent, au rapport de 1 : 60 entre la valeur de l'argent et celle du cuivre. C'est l'opinion de Letronne, adoptée par Lumbroso, Hultsch, Rûhl, et celle qui me paraît la plus raisonnable. Avoir en caisse une avance de près d'une année de revenu est une situation que nos budgets modernes ne connaissent plus. Le rapport de 1 : 120, préconisé par E. Revillout, donnerait une somme d'argent moitié moindre; et le rapport 1 : 20 1/2 ou 35, constaté au siècle suivant par P. Grenfell, une somme de deux à trois fois plus forte.
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quaient les rois en personne ». On s'habitue peu à peu à faire la part de la rhétorique et du progrès réel en suivant les statistiques qui font monter le nombre des villes habitées (iroXetç) à 20,000 sous Amasis *, plus de 30,000 sous Ptolémée Soter ^ et au chiffre cabalistique de 33,333 sous Philadelphe '. Ce qui demeure avéré, à quelque solution que Ton s'arrête, c'est que le règne de Philadelphe marque pour la tradition historique le point culminant de la prospérité et de la puissance de TÉgypte ptolémaïque.
Les temps n*étaient pas encore venus où l'argent soutiré au fellah par la machine fiscale irait se perdre au dehors, pour suppléer, dans les négociations diplomatiques, à l'absence de dignité et de courage. Philadelphe refusa, au cours de la première guerre punique, de se faire le banquier des Carthaginois, et n'offrit que ses bons offices pour réconcilier les belligérants, qui, dit-il, étaient également ses « amis * ». C'était faire acte de politique à la fois prudent et économe. Il dut cependant accorder de larges subventions aux villes qui, hors d'Egypte, entraient dans sa clientèle à un titre quelconque, surtout en prenant le nom de sa très chère Arsinoé ^, et il avait soin d'envoyer tous les ans à Délos des
i. Herod., U, 177. Hérodote ne garantit pas cet on-dit (Xffttai).