‹ Histoire des LagidesChapitre 168 sur 258 · PTOLÉMÉE EN ORIENT · texte numérisé non relu

PTOLÉMÉE EN ORIENT

dition se dirige sur Antioche. Une lacune supprime pour nous cette étape, qui put être franchie soit par terre, soit par le fleuve. Il semble que les autorités d' Antioche (toùç aÙToOev ^arpàiraç) aient essayé des apprêts de défense, mais l'énergie du commandant égyptien fut telle « que tous furent terrifiés. On vint, en eflfet, à notre rencontre hors de la ville, les satrapes et les autres officiers, et les prêtresses et les prêtres et les magistrats en corps, et tous les jeunes gens du gymnase et le reste de la cour avec couronnes, et on apporta tous les objets sacrés sur l'avenue devant la porte, et les uns nous tendaient la main, les autres nous embrassaient, avec de bruyantes acclamations » .

Pendant ce temps, Plolémée envahissait la Syrie par le sud. La reddition spontanée d' Antioche le dispensant de marcher sur la capitale, il est probable qu'il se hâta de franchir TEuphrate pour se saisir des provinces orientales de Tempire séleucide avant qu'une résistance quelconque y fût organisée. Les peuples de ces régions devaient être fort peu disposés à défendre l'intégrité de l'empire auquel ils avaient été incorporés par la conquête, et il leur était assez indifférent de changer de maître. Si, comme le veut Polyen, le roi d'Egypte s'était fait précéder de proclamations au nom de Bérénice et de son fils, supposés vivants et régnant à Antioche \ il dut s'apercevoir bientôt que la précaution était superflue. Nous rencontrerons plus loin l'énumération de ses conquêtes, mais pas un seul nom de bataille. Tout se soumit, au dire de Polyen, « depuis le Taurus jusqu'à l'Inde, sans guerre ni combat ». Ptolémée eut le bon esprit de se contenter d'une soumission nominale et de ne pas réclamer au roi de Bactriane et aux Parthes les provinces qu'ils avaient déjà détachées de l'empire des Séleucides. On peut même penser qu'il s'arrêta à Séleucie ou à Babylone, et que, s'il

1. Polyaen., loc. cit. (ci-dessus, p. 248, l). Il ne faut pas oublier que l'auteur fait collection de stratagèmes et voit des ruses de guerre partout. Celle-ci, à l'entendre, est suggérée à Pbiladelphe par la femme de chambre Panariste.

envoya plus loin des corps de troupes, ce fut pour exploiter une conquête qu'il n'espérait pas garder *.

Pendant qu'il s'emparait ainsi de la Haute- Asie, ses généraux s'attaquaient au littoral de l'Asie-Mineure, comptant sur les défections plus encore que sur les attaques de vive force. Éphèse, le quartier général de Laodice, tomba entre leurs mains *, et peut-être Magnésie du Méandre '; Priène, Smyrne, demeurèrent fidèles aux Séleucides *. Séleucos ne restait pas non plus inactif. Il avait équipé, sans doute dans les ports de l'Ionie, une flotte avec laquelle il espérait reprendre l'avantage sur les côtes de Cilicie et de Syrie. Mais une tempête coula ses vaisseaux, et il échappa à grand'peine au naufrage avec quelques compagnons d'infortune. C'est alors, suivant Justin, que les villes grecques, touchées de compassion, se rallièrent à sa cause. En fait, les Grecs d'Asie durent faire réflexion que la ruine totale des Séleucides les laisserait à la merci de l'Egypte, et que la domination égyptienne menaçait surtout la liberté de leur commerce maritime, c'est-à-dire la source même de leur prospérité. Les Rhodiens, jusque-là amis de l'Egypte et en tout temps intéressés à rester neutres, firent des préparatifs de guerre. D'autre part, des attaques dirigées contre les possessions des Séleucides sur les côtes de Thrace * alarmèrent Antigone Gonatas, qui, vingt ans après sa victoire de Cos, insuffisam-

i. Vastatum fines iverat Assyrios (Catull., lxvi, 12). Cf. Appian., Syr,, 65.

2. Éphèse fut probablement livrée par Sophron, qui, devenu suspect à Laodice, fut sauvé de ses embûches par sa maîtresse Danaé, fille de Tépicurien Léontios, celle-ci mise à mort pour ce fait par Laodice (Phylacch. ap. Athen., Xni,p. 593 c).

3. Si elle a été prise alors, et non du temps de Philadelphe (ci-dessus, p. 206, !), par Callicratidas de Cyrène — un exploit qu'on ne sait où placer. Voy. ci-après, p. 276, 1. D'après Haussoullier (Afi7e/, p. 117-123), ce n'est pas par les Égyptiens que Smyrne fut attaquée, mais par les Magnésiens du Sipyle, qui avaient pris parti d'abord contre Séleucos.

4. Inscr. de Priène (ci-dessus, p. 248, 2) et de Smyrne {CIG.y 3137 = Dittenb., 171 = Michel, 19).

5. On a admis plus haut (p. 198) que la Thrace, U littoral tout au moins, avait été conquise par Antiochos IL

LA GUERRE SN ÂSIE-MINËURË 2S3

ment utilisée, voyait reparaître les prétentions de TÉgypte à rtiégémonie dans FArchipel. Une coalition allait se former entre des intérêts qui se trouvaient pour le moment d'accord avec ceux du Séleucide.

Ptolémée dut comprendre qu'il était dangereux pour lui de s'attarder en Orient. A vrai dire, les textes sommaires qui mentionnent son retour ne font aucune allusion à ces motifs, et il entre une trop grande part de conjectures dans l'ordonnance chronologique des faits pour qu'on y insiste. Justin et S. Jérôme s'accordent à dire que Ptolémée ne put achever la conquête du royaume de Séleucos, parce qu'il fut rappelé en Egypte par une sédition « domestique ^ ». Que pouvait bien être cette sédition, assez grave pour que le roi crût devoir rentrer précipitamment dans ses États ? Était-ce la véritable raison ou le prétexte de son retour ? Il faut nous résoudre à l'ignorer. A défaut d'une révolte de Cyrène, que les auteurs auraient aisément indiquée par une expression plus précise que le terme vague de « sédition domestique », — et qu'ils n'auraient sans doute pas placée « en Egypte v — on en est réduit à supposer des révoltes provoquées peut-être par la fiscalité oppressive, et même sacrilège aux yeux des prêtres, organisée à la fin du dernier règne '. Une récolte

4. [Plolemaeus] nisi in Aegyptum dômes lica seditione revocatus essei, lotum regnum Seleuci occupasset (Justin., XXVII, 1, 9), — cumque audisset in Aegypto aeditionem tnoveri etc. (Hieron., In Dan., xi).

2. C'est ici que Droysen (III, p. 388), après Niebuhr, place une révolte de

Cyrène et la proclamation d'une république dont Ecdémos et Déraophane

(ci-dessus, p. 203) auraient été les législateurs. Mahaffy (Empire, p. 204)

suppose que les prêtres étaient mécontents de la spoliation effectuée par

rdrico(xo7pa (ci-dessus, p. 233), et les paysans exaspérés par des assignations

de terres aux prisonniers expédiés d'Asie dès la seconde année du règne

^ . [Pelr, Papyr., Il, xxixe, p. 101). De lui aussi la conjecture suggérée par la

'. I; famine mentionnée dans le décret de Canope. En guise de confirmation, on

' pourrait y ajouter un texte d'Athénée (V, p. 209 b), où il est dit que Hiéron

l de Syracuse envoya à Alexandrie un vaisseau monstre chargé de blé, parce que

V ffitiviç aÎTou xat' ATyuxcov. En 245, Hiéron ne payait plus tribut aux

Romains et était à même de faire des libéralités, sous cette forme un peu juvé-

. nile de « surprise ». Niese (II, p. 148) s'abstient de qualifier ces « troubles,

^. I qui paraissent avoir été promptement réprimés ».

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manquée put ajouter à tous ces mécontentements l'aiguillon de la faim et faire éclater Finsurreclion.

Ptolémée revint donc de TOrient, abandonnant sa conquête, mais chargé de butin. Il rapportait en Egypte, dit S. Jérôme, « 40,000 talents d'argent, des vases précieux et des images de dieux au nombre de 2,500: dans le nombre étaient aussi celles que Cambyze avait emportées en Perse lorsqu'il s'empara de l'Egypte. En suite de quoi, le peuple égyptien, adonné à l'idolâtrie, l'appela Évergète, parce qu'il leur avait rendu leurs dieux après de longues années K II garda pour lui la Syrie, mais il donna la Gilicie à gouverner à son ami Antiochos, et à un autre général, Xanthippe, les provinces au delà de l'Euphrate * ». Il est probable qu'il comptait peu sur le maintien de l'autorité confiée à Xanthippe ; mais il faisait bonne contenance. L'inscription d'Adulis ^ n'oublie pas non plus de relater que Ptolémée « a recherché tous les objets sacrés que les Perses avaient emportés d'Egypte et les a rapportés de ces lieux en Egypte avec les autres trésors ». Le compliment, pour avoir servi déjà aux deux premiers Ptolémées ^, était toujours d'un effet

1. Par compensation, les Juifs ne manquèrent pas de dire que Ptolémée avait offert un sacrifice d'actions de grâces à Jahveh dans le Temple de Jérusalem (Joseph., C. Apion.j II, 48), ce qui n'est pas, après tout, impossible.

2. Hieronym., loc. dt. En ce qui concerne la personnalité de cet Antiochos (Antiochos Hiérax pour Técole de Niebuhr, Droysen, C. MûUer, Rœhler, Rœpp, Mahaffy, etc.) et de Xanthippe (revenu de Carthage?), et, en général, pour toutes les combinaisons arbitraires des textes relatifs aux événements compris entre 246 et 227, je crois inutile de revenir sur les fastidieux débats que j'ai exposés tout au long dans Le règne de Séleucus II Callinicus et la critique historique (Rev. d. Univ. du Midi, III [1897], p. 1-63). Je tiens pour certain (avec Gess, Beloch, et tout récemment Niese) que le dogme niebuhrien, avec toute la série de ses conséquences, est faux, et que cet Antiochos n'est pas Antiochos Iliérax, annos XIIII natus (Justin., XXVI 1, 2 6). C'est un 91X0^ de Ptolémée. Son autorité s'étendait sans doute aux autres possessions égyptiennes du littoral, car le procès-verbal d'arbitrage entre Samos et Priène (C/G., 2905) rappelle que le débat avait été porté antérieurement devant 'Avt](oxov t6v oic6 paaiXiwç IltoXc- [Laioii TtTttYijivov (lig. 155).

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