‹ Histoire des LagidesChapitre 179 sur 258 · LE DÉCRET DE CÂNOPE · texte numérisé non relu

LE DÉCRET DE CÂNOPE

les hommes le commencement de beaucoup de biens *, | on 21 inscrira dans cette tribu tous ceux qui sont devenus prêtres depuis la première année et tous ceux qui le deviendront jusqu^au mois de Mésori de la neuvième année^ ainsi que | 22 leurs enfants, à tout jamais; quant à ceux qui auparavant ont été prêtres jusqu'à la première année, ils resteront dans les mêmes tribus où ils étaient avant, et de même leurs enfants | seront dès maintenant rangés dans les mêmes tribus 23 que leurs pères. Relativement aux vingt prêtres délibérants choisis chaque année dans les | quatre tribus existant aupara- 24 vaut, à raison de cinq par tribu *, ces prêtres délibérants seront portés au nombre de vingt-cinq, les cinq autres devant être pris dans la cinquième tribu des dieux Ëvergètes; | ceux 23 provenant de la cinquième tribu des dieux Ëvergètes prendront part aux lustrations et à toutes les autres cérémonies qui ont lieu dans les temples ', et cette tribu aura un | phy- 26 larque comme il en existe dans les quatre autres ; et, attendu que chaque mois on fait dans les temples des fêtes pour les dieux Ëvergètes, suivant le décret écrit précédemment *, les 5, I 9, et 25 du mois, et que pour les autres très grands dieux 27 on célèbre chaque année des fêtes et des panégyries solennelles, il y aura chaque année une panégyrie solennelle | dans les 28 temples et dans tout le pays pour le roi Ptolémée et la reine Bérénice, dieux Ëvergètes, le jour où se lève Tastre dlsis, jour qui est reconnu par les | saintes lettres comme étant le 29 nouvel an, comme maintenant cela se fait^ cette neuvième année^ à la néoménie du mois de Payni, dans lequel ont lieu

1. i^ xal TCoXXûv dyaOûv dpx^ y^yovcv icofviv dvOp<âicoi<. 11 est curieux de voir cette formule passer (avec paraphrase) dans les inscriptions en Tbonneur ^ d'Auguste, considéré comme c Sauveur » de l'humanité (Inscr. de Priène, Apamée, Eumeneia, Halicamasse), et de là dans TÉvangUe, en Thonneur du Christ Sauveur (Cf. W. Soltau» Die Geburtsgeschichie Jesu ChrUti. Leipzig, 1902). Lldée se retrouve dans le décret de Memphis (pierre de Rosette, voy. ci-après, ch. ix) enThonneur de Ptolémée Épiphane, xoO t6v pCov xûv ivOpwicwv rRocvopOu>9avTOç.

2. BouXtuxal tepttç : ce sont les membres d'un Conseil d'administration.

3. Il y a doute sur le sens d'dYvtiÛ>v xal xûv dXXiov dicdcvtuv xûv jv xotç Upot^. Les versions égyptiennes semblent indiquer qu'il s'agit de suppléments de trçdtement alloués aux conseillers, ce qui offre un sens plus naturel.

4. Ce décret a peut-être été rendu lors du couronnement du roi (?).

30 les petites Bubasties et les grandes Bubasties, la récolte | des fruits et la crue du fleuve ; et, s'il arrive que le lever de Taslre tombe sur un autre jour au bout de quatre ans, on ne trans-

31 férera pas la panégyrie, | mais on la fêtera à la néoménio du mois de Payni^ dans laquelle, originairement, elle a été fêtée la neuvième année ; on la célébrera aussi cinq jours durant

32 avec stéphanophorie, sacrifices, libations | et les autres cérémonies convenables. Et afin que les saisons suivent une règle absolue, conformément à Tordre actuel du monde, et qu'il

33 n'arrive pas que quelques-unes des fêtes solennelles | célébrées en hiver le soient jamais en été, la marche de Fastre avançant d'un jour tous les quatre ans, et que d'autres fêtes,

34 parmi celles qui sont maintenant célébrées en été, | le soient en hiver dans les temps qui suivront, comme cela est déjà arrivé auparavant et arriverait encore désormais, si l'année

35 demeurait composée de | 360 jours et des cinq jours qu'on a ensuite institués sous le nom d'épagomènes, désormais on ajoutera un jour, consacré à la fête des dieux Ëvergètes, tous

36 I les quatre ans aux cinq épagomènes avant le nouvel an, afin que tous sachent que ce qui était défectueux auparavant dans

37 l'ordre des saisons et de l'année | et dans les règles prescrites à propos de l'arrangement général du monde a été rectifié et complété par les dieux Ëvergètes.

38 Et attendu que du roi | Ptolémée et de la reine Bérénice, dieux Ëvergètes, étant née une fille nommée Bérénice, qui aussitôt avait été proclamée reine S il est arrivé que cette

39 fille I étant vierge est subitement partie pour le monde éternel; que les prêtres qui du pays viennent chaque année auprès

40 du roi, étant encore auprès de lui, | ont aussitôt célébré un grand deuil pour cet événement et ont jugé convenable de persuader au roi et à la reine de consacrer la déesse avec

41 Osiris dans le | temple de Canope, qui non seulement fait partie des temples de premier ordre, mais compte parmi les plus honorés par le roi et par tous les habitants du pays;

42 que le transport | de la barque sacrée d'Osiris à ce temple a

1. Mention de cette Bérénice sur un vase provenant de Bengazi, publié en 1862 par Beulé : 6«wv EôepYcxwv paaiXCaor,; iyaWi; tuy-ric (Strack, n» 48).

LE DÉGR£t DE CANOPE' 271

lieu chaque année le 29 de Choiak à partir du temple situé dans THérakléion ; que tous les prêtres des temples de premier ordre, | faisant des sacrifices sur les autels qu'ils ont élevés 43 en représentation de chacun des temples de premier ordre sur les deux côtés de la route, ont après cela accompli les cérémonies de la divinisation | et de la clôture du deuil, suivant les 44 usages prescrits, magnifiquement et avec grand soin, comme il est d'usage de le faire pour Apis et Mnévis; | il a paru 45 convenable de rendre à la reine Bérénice, née des dieux Ëvergètes, des honneurs éternels dans tous les temples du pays ; et puisqu'elle est allée chez les dieux | dans le mois de Tybi, 46 où jadis aussi passa de vie à trépas la fille du Soleil que, par affection, son père nomma tantôt sa couronne et tantôt son regard, et puisqu'on fait | h celle-ci une fête et un périple 47 dans la plupart des premiers temples en ce mois où a eu lieu originairement son apothéose, on consacrera aussi à la reine Bérénice, | née des dieux Ëvergètes, dans tous les temples du 48 pays, au mois de Tybi, une fête avec périple, qui durera quatre jours à partir du 17, jour dans lequel le périple | et la 49 clôture du deuil ont eu lieu pour elle la première fois ; et Ton exécutera aussi sa statue d'or, ornée de pierreries, dans chacun des temples de premier et de second ordre, et | Ton placera 50 dans le sanctuaire cette statue, que le prophète ou Tun des prêtres ayant entrée dans le sanctuaire portera dans ses bras quand les sorties et panégyries | des autres dieux auront si lieu, afin que, vue par tous, elle soit honorée et adorée sous le nom de Bérénice, princesse des vierges. Sur sa statue sera placée une couronne | différente de celle que l'on met sur les 52 images de sa mère, la reine Bérénice ; cette couronne sera composée de deux épis entre lesquels sera l'urœus royale, et I derrière, de la même mesure, un sceptre de papyrus, 53 comme celui qui est d'ordinaire dans les mains des déesses, autour duquel la queue de l'urœus sera enroulée, de telle sorte aussi que la disposition de la couronne ("laisse voir le 54 nom de Bérénice en caractères de l'écriture sacrée ; et lorsque l'on célébrera les Kikellies, dans le mois de Choiak, avant le périple d'Osiris, les | vierges des prêtres feront une autre »5 statue de Bérénice, princesse des vierges, pour laquelle elles

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accomplirooi pareillement, dans cette fête, un sacrifice et les

56 autres cérémonies d'usage ; | et la permission de faire ces choses sera donnée aussi aux autres vierges qui voudront rendre à la déesse les honneurs prescrits. Et celle-ci sera

57 louée par les vierges sacrées, choisies et | attachées au culte des dieux, ceintes des couronnes spéciales aux dieux dont elles sont reconnues comme prétresses ; et, quand viendra le temps des premières semailles, les vierges sacrées apporteront

58 I des épis qui seront placés sur la statue de la déesse; il sera aussi chanté pour elle chaque jour, même dans les fêtes

59 et panégyries des autres dieux, par les hommes les odes | et par les femmes les hymnes que les hiérogrammates auront écrites et données au maître de chant, et dont les exemplaires seront rangés parmi les livres sacrés *. Et attendu

60 que I Ton fournit la nourriture aux prêtres avec les revenus des temples, dès leur entrée dans la corporation, on donnera aux filles des prêtres, dès leur naissance, sur les revenus

61 sacrés, | la provende, qui devra être répartie, en proportion dés revenus sacrés, par les prêtres délibérants qui demeurent en chaque temple; quant au pain que Ton donne aux femmes

6î des prêtres, | il aura une marque distincte et sera appelé le pain de Bérénice.

Le curateur établi dans chacun des temples ainsi que Farchi-

63 prêtre et les hiérogrammates graveront | ce décret sur une stèle de pierre ou d'airain en lettres sacrées égyptiennes et helléniques et le placeront dans l'endroit le plus apparent

64 des temples | de premier, de second et de troisième ordre, afin que dans le pays les prêtres montrent la vénération qu'ils ont pour les dieux Évergètes et leurs enfants, ainsi qu'il convient.

Ce verbeux document nous montre, entre autre? choses, la place que tenait, même dans le train ordinaire de la vie

i . Remarquer, à Tappui de ce qui a été dit plus haut (p. 236, 2) sur Tincompétence du clergé égypUen en maUére de culte dynastique du rite grec, que cette Bérénice n'a point de place dans la série des cultes desservis par les sacerdoces de ce rite, même sous forme de culte individuel, comme il en fut institué pour Arsinoé Philadelphe, Bérénice Ëvergétis et Arsinoé Philopator.

RÉFOBME DU CALENDRIER 21i

sacerdotale, le culte monarchique, et quelle médiocre différence il y avait, chez cette race servile, entre les souverains et les dieux. La mort de la jeune Bérénice, survenue pendant la session du synode, a fait ajouter au programme de ses délibérations un paragraphe imprévu, et les prêtres se sont ' étendus avec tant de complaisance sur les honneurs rendus à la famille royale que Ton distingue mal, à première vue, rinnovation à laquelle Ptolémée tenait sans doute le plus, la < réforme du calendrier. Le synode est visiblement embarrassé de concilier Tinfaillibilité des « saintes lettres » avec Taveu que lui arrache la volonté du roi, à savoir que l'ancien système était défectueux et que le nouveau sera irréprochable . Les prêtres se résignent ; mais ils ont soin de dégager leur responsabilité en déclarant que la correction du calendrier a été ordonnée par les dieux Évergètes. Ptolémée tombait dans une illusion qu'on a vu reparaître depuis; il ne savait pas qu'on ne déracine point à coups de décrets des habitudes séculaires et que, quand elles font corps avec des pratiques religieuses, même Tévidence mathématique ne prévaut pas contre elles. Sa réforme resta lettre morte, et il se trouva qu'en fin de compte, les astronomes eux-mêmes jugèrent le comput des années vagues, numérotées dans le cycle sothiaque, plus commode pour rattacher leurs observations à celles de leurs devanciers. Cet essai avorté eut pourtant un résultat durable : ce fut de discréditer le calendrier lunisolaire des Macédoniens et de reléguer au second plan ou même de supprimer dans les actes — sauf les rescrits royaux — la concordance de ses dates avec le calendrier égyptien «.

1. M. L. Stracky Der Kalender im Ptolemàerreich (Rhein. Mus., LUI | p. 399-431). Le calendrier gréco-macédonien fut même dénaturé ou solarisé, c'est-à-dire que ses mois furent mis en concordance une fois pour toutes avec les mois égyptiens (1 Dios = 1 Thoth) et réduits à Tétat de doublure Inutile. Aussi ne figurent-ils jamais sur les ostraka, qui sont pourtant des quittances délivrées par des fonctionnaires royaux (Cf. U. Wilcken, Oatrakay 1, p. 182). Une question soulevée par Strack, d'après les lignes 28-29 du décret de Canope, est la coexistence, antérieurement à la réforme, de deux calendriers égyptiens, Tun d'année vague, Tautre d'année fixe.

TOOM I. Il

Qoo^ç:

La complaisance des prêtres méritait bien quelque reconnaissance. L'année suivante, le 7 Épiphi de Tan X (23 août 237), Ptolémée inaugurait en personne les travaux de construction du grand temple d'Edfou {Apollinopolis Magna) ^ dédié à Horos (Horhoudit, Râ-Harmakhis), T Apollon égyptien ; œuvre colossale qui, continuée par. ses successeurs, ne fut achevée qu'au bout de près de deux siècles par Ptolémée Néos Dionysos, surnommé Aulétès *. Il avait dû commencer déjà ou même achever, avant d'être le « dieu Évergète », le temple d'Osiris à Ganope, où eut lieu la canonisation de sa fille Bérénice '. On retrouve encore la trace de ses libéralités en divers lieux. Son image figure, en costume grécoégyptien, sur le grand pylône de fhèbes ; un petit temple, aujourd'hui disparu, dans le voisinage d'Esneh, paraît avoir été un monument commémoratif de ses victoires, et on voit encore le couple royal sur la façade d'un sanctuaire élevé à Isis-Sothis sur la rive du Nil, à Assouan (Syène). A Philae, il se contenta sans doute d'être le continuateur anonyme de l'œuvre paternelle ; mais il a laissé son nom, associé à ceux d'anciens Pharaons, sur les débris d'un temple bâti dans l'île voisine de Bigèh.

Si jaloux qu'il fût de son repos, la querelle des deux Séleucides dut lui causer de temps à autre quelques préoccupations. Il avait assez de possessions disséminées sur le littoral asiatique pour que le souci même de maintenir sa neutralité l'obligeât à suivre de près les péripéties de cette interminable guerre. Vers 234, pendant que Séleucos, battu à Ancyre, profitait d'un répit obtenu par un accommodement provisoire avec Antiochos Hiérax pour aller repousser en Orient une invasion des Parthes, sa tante Stratonice, en

1. Cf. Joh. Dûmichen, Bauurkunde der Tempelanlagen von Edfu (Z. f. Aeg. Spr., 1870, pp. 1-13) : compte-rendu chronologique des travaux.

2. La plaque d'or trouvée dans les fondations porte, gravée au pointillé, la mention suivante : BaviXtù; OtoXeiiaîo; TixoXiixaiou xal *Ap9iv6T\<, 6tûv 'ASeXçûv, xat paviXivva BtpevCxv;, i^ àBikt^^ xzl yuv^ aOtou, xô Ti{icvo< 'OvCpci (Letronne, Recueil, I, p. 2. CIG., 4694. Strack, n» 40).

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