LES AFFAIRES DE STRIE
rupture de mariage avec Démétrios II de Macédoine ', nouait à Antioche d'obscures intrigues, qui aboutirent à soulever la population contre l'autorité du roi absent. Au dire d'Agatharchide *, cette ambitieuse et chimérique princesse avait voulu se faire épouser par Séleucos, et elle se vengeait ainsi de son refus. Suivant Justin % elle avait d'abord, en quittant la Macédoine, cherché asile auprès de son autre neveu Antiochos, espérant le déterminer à déclarer la guerre à son ex-mari, le roi de Macédoine. On peut se hasarder à conjecturer que cette femme, dont Agatharchide fait une vieille coquette, voulait, en effet, se servir pour sa vengeance de l'un ou l'autre des deux frères, et qu'elle cherchait à détrôner celui qui n'avait aucun intérêt à se brouiller avec la Macédoine au profit de l'autre. Séleucos, qui n'était encore qu'à Babylone, revint précipitamment et rentra de vive force dans sa capitale. Stratonice s'enfuit à Séleucie sur rOronte, où elle pouvait se croire en sûreté sous la protection du Lagide. Mais Ptolémée n'aimait pas les fauteurs de désordre, et il est à supposer que Stratonice fut mise en demeure de partir et capturée en route, ou peutêtre arrêtée dans le port même. En tout cas, elle paya de sa vie sa folle tentative *. Il est possible que, vers la même
1. Elle n'avait pas voulu tolérer une seconde femme, Phthia, princesse épirote que Démétrios venait d'épouser (Justin., XXVIII, 1, 1-4).
2. Agatharcb. ap. Joseph., C. Apion,, 1,22 = FHG., III, p. 196.
3. Justin., XXVIII, 1,4. Malheureusement Justin écrit : sponte sua ad fratrem Antiochum [c'est-à-dire Antiochos II] discedit, et c'est un prétexte à controverses sans fin. Une étourderie de plus ou de moins, dans Justin, importe peu.
4. Agatharchide {loc, cil.) entend autrement les choses : il suppose que Stratonice n'avait fait que passer par Séleucie, et qu'elle fut prise seulement pour avoir retardé son départ : si; lleXsûxeiav ^uyouva icap6v xayifaq iiKncXetv, ivuir^{()> xuXûovTi Txiv^slva i'kt\9^ xal diiéOavev. Il pense évidemment que Séleucie appartient à Séleucos ; mais cette distraction ne peut prévaloir contre le témoignage exprès de Polybe (ci-dessus, p. 262, 2). Cependant, Niese (II, p. 468) préfère encore admettre que Séleucie c était syrienne au moment de l'insurrection de Stratonice et retomba plus tard aux mains de Ptolémée III », au cours d'une guerre dans laquelle aurait été fait prisonnier Andromacbos, beau-frère de Séleucos, qui était encore captif à Alexandrie en 220(Polyb., IV, 51, 1). Mais on n'a aucun autre indice de cette guerre hypothétique.
276 CHÂP. vu. — PTOLÉMÉE lU ÉVERGÈTE
époque, pour tenir la balance égale entre les deux frères, ou plutôt pour empêcher les mercenaires gaulois révoltés contre Antiochos de saccager Magnésie du Méandre, des troupes égyptiennes, parties d'Éphèse, se soient portées au secours d'Antiochos. On lit dans la version arménienne d'Eusèbe que Antiochos, traqué par les Barbares et réfugié à Magnésie du Méandre, les vainquit avec le secours d'auxiliaires, parmi lesquels se trouvaient des soldats de Ptolémée *. Nous pouvons accepter ce renseignement sans y rattacher une série de conjectures inutiles, toutes fondées sur l'idée préconçue que Ptolémée a joué un rôle actif dans les guerres entre Séleucos Gallinicos, Antiochos Hiérax et Attale de Pergame. Tout indique chez lui une disposition d'esprit tout opposée. Son intervention ne fut jamais provoquée que par des incidents qu'il réglait sur place sans en prolonger les conséquences. Nous ne saurons jamais à quelle date et par suite de quelle aventure le beau-frère de Séleucos, Andromachos, qui avait poursuivi Hiérax jusqu'en Arménie ', tomba entre les mains de Ptolémée et fut déporté à Alexandrie, où il était encore en 220 ' . Mais cet interne-
1. Antigonus fsc. Antiochus] a suis barbaris satellitibus traditus est, ex guibus cum paucis se eripiens Magnesiam proficiscebatur et sequenti die aciem instruebat, atque inter altos milites etiam auxiliares a Ptlomaeo accipiens vicit (trad. Petermann, I, p. 251 Schœne). Là dessus, Droysen imagine que Magnésie, libre en 244 (CIG,^ 3137 : ci-dessus, p. 252, 3), avait alors une garnison égyptienne : conjecture que Rœpp fortifie en plaçant dans Tintervalle l'exploit sans date de Callicratidas de Cyrène (ci-dessus, pp. 206, 1 et 252, 3), argument rejeté par J. Beloch, 0. Rera et Haussoullier (Milet^ p. 136, 2). Beloch propose de reconnaître ces auxiliaires égyptiens dans les nToX6{i,aïxo( de Tinscription d'Ërytbree, qui ont été yisés plus haut (p. 203-204). Droysen veut encore qu a Magnésie, Ptolémée ait secouru Antiochos contre Séleucos, qui n'avait pas le droit de relancer son frère sur territoire égyptien. Après quoi, Ptolémée est en guerre avec Antiochos et Antigone Doson, mais allié avec Attale, etc. Droysen rencontre Ptolémée partout, et ne veut pas qu'il soit resté en repos au milieu de tous ces agités (cf. Séleitcus II et la critique historique, ci-dessus, p. 254, 2).