‹ Histoire des LagidesChapitre 181 sur 258 · Polyaen., IV · texte numérisé non relu

Polyaen., IV

3. Ci-dessus, p. 275, 4, et ci-après, p. 298. Il est étonnant que Séleucos ne Tait pas réclamé ou l'ait réclamé en vain. Peut-être Andromachos avait-il machiné quelque coup de main( sur Séleucie ?), que Séleucos dut désavouer — après insuccès — pour ne pas amener une rupture ouverte avec TËgypte.

CAPTIVITÉ ET MORT d'aNTIOCHOS HIÉRAX 277

ment, loin de prouver qu'il y eut une reprise d'hostilités entre Ptolémée et Séleucos, tend à démontrer qu'Andromachos s'était rendu coupable de quelque violation du droit international. On ne traite pas ainsi les prisonniers de guerre, surtout un membre d'une famille royale; et il n'aurait pas fallu l'intercession desRhodiens pour délivrer Andromachos, s'il n'avait eu d'autre tort que d'être battu. Ce n'était pas un ennemi loyal, mais un brouillon ou un conspirateur que Ptolémée mit ainsi sous les verroux.

Enfin, le grand agitateur de l'époque, l'artisan de toutes les discordes qui mettaient l'Asie à feu et à sang, Antiochos Hiérax, traqué comme une béte fauve par Séleucos, d'un côté, par Attale, de l'autre, chercha un dernier refuge sur territoire égyptien, peut-être à Éphèse. Ptolémée le traita comme un être malfaisant, qu'il était bon de mettre dans l'impossibilité de nuire. Il mit 1' « Épervier » en cage, et donna ordre de le tenir sous bonne garde ' .

En fait d'honneur et de délicatesse, il avait les idées de son temps, et elles n'avaient guère changé depuis que Séleucos Nicator avait interné à perpétuité son beau-père, l'illustre Poliorcète. Mais Antiochos, « aidé par une courtisane avec laquelle il avait des rapports familiers », réussit à tromper la surveillance de ses gardiens et s'enfuit en Thrace '. Comp-

i, Justin, après avoir dit qu 'Antiochos avait eu plus de confiance dans la loyauté d'un ennemi (hostis) qu'en son frère, ajoute : Sed Ptolemaeus non amicior deviclo quant hosH facltts adservari eum artissima cuslodia jubet PCXVII, 3, 9-10). Le terme hostis est, poyr Droysen, la preuve que Ptolémée était en guerre avec Antiochos. Mais Justin a besoin d'un mot qui fasse antithèse à fraler, et il n'en trouve pas de meilleur que hostis^ ramené au sens primitif d' « étranger ». Du reste, il est probable que Ptolémée n'avait jamais reconnu Antiochos Hiérax comme roi légitime : c'est avec Séleucos qu'il avait signé la paix (ci-dessus, p. 259, 1).

2. Attamen 01, CXXXVIl, 4 (229/8 a. Chr.) in Lidiorum terra bis adgressus debellatus est, et e regione Koloae cum Attalo praelium commitlebat., et OL CXXXVIII, 1 (228/7 a. Chr.) in Thrakiam fugere ab Attalo coactus post praelium in Karia factum mor'Uur (Euseb. Arm., I, p. 253 Schœne). Sur les hypothèses incroyablement divergentes adaptées à ce texte, voy. le mémoire déjà cité, Séleucus II et la critique historique. Une des plus étonnantes consiste à chercher une Carie en Thrace (C. Mûller, Droysen).

278 CHAP. Vn. — PTOLÉMÉE lîl ÉVERGÈTE

tait-il peut-être intéresser à sa cause un pays qui, moins de vingt ans auparavant, appartenait encore aux Séleucides, reprendre cette portion de son héritage et se venger par surcroît de Ptolémée; ou la Thrace, anarchique à l'intérieur, lui apparaissait-elle comme le lieu où il serait le plus sûrement hors d'atteinte et le plus à portée de nouvelles aventures ? Les aventures ne lui manquèrent pas, et elles eurent même un prompt dénouement. Il avait probablement enrôlé à sop service des bandes de maraudeurs gaulois, qui, depuis la grande invasion celtique de 279, pullulaient sur cette terre classique du brigandage. Dépourvu d'argent, il dut leur faire des promesses qu'il ne put tenir, et ceux-ci, s'estimant dupés, lui demandèrent la bourse ou la vie. Antiochos, qui, devant Magnésie, avait échappé à grand' peine à la fureur de ses mercenaires, périt cette fois dans la bagarre (227). Séleucos ne jouit pas longtemps du repos que lui avait valu la mort de son incorrigible frère : il mourut l'année suivante d'une chute de cheval, sans avoir pu recouvrer les provinces désormais incorporées au nouveau royaume de Pergame (226) *.

Le conflit engagé entre les rois de Syrie et de Pergame

1. Polybe appelle Antiochos Hiérax ô jxexoiXXofÇaç tôv pCov itspl epdxTiç (V, 74, 4). Ut a Callinico fusus in Mesopotamia Antiochus insidiantem sihieffugerit Ainamenem^ dein postea custodes Tryphonis : quo a Gallis occiso Seleucus quoque f rater ejus decesserit (Trog., Pro^, XXVII). Antiochus opéra cujusdam meretricis^ quam familiarius noverat^ deceplis custodihus elabitur fugiensque a latronibus interficitur, Seleucus quoque isdem ferme diebus amisso regno equo praecipitatus finitur (Justin., XXVIl, 3, 11-12). Phylarque donnait sur la mort d'Antiochos, yengé par son cheval qui se jette avec le meurtrier Centaretus dans un précipice, des détails romanesques (Plin., VIII, § 158. Cf. Aelian., E. An.^ Vï, 44). Solin (c. 45, 13) intervertit les rôles, et on ne sait plus s'il faut corriger Pline d'après Solin (Saumaise, Cuper, Wernsdorf, Pelloutier), ou Solin d'après Pline (Schmidt). Cf. Ad. Schmidt, Ueber den Tod des Antiochos Hierax (Z. f. Alterthumsw., 1840 = Abhand. z. ait. Gesch., p. 234-240). Mais il est fort possible aussi (Wilcken, in P.-W., R,'E., I, p. 2454) que Tanecdote se rapporte à la mort d' Antiochos I^^' Soter en 261 (cf. ci-dessus, p. 197). Vamisso regno de Justin, suivi de exules ambo post régna, aggravé par un texte de S. Jérôme commentant Daniel : Post fugam et mortem Seleuci Callinici^ duo filii ejus etc., met aussi à Tépreuve la patience des érudits acharnés à triturer les bévues des compilateurs.

NEUTRAUTÉ DE PTOLÉMÉE 279

ne pouvait que profiter à TÉgypte. Ptolémée n'avait nulle envie de s'immiscer dans la querelle : il tenait plus à conserver qu'à agrandir ses possessions en Asie-Mineure. Séleucos III Soter, dit aussi Kéraunos, ne fit que passer sur le trône (226-223) ; il périt dans un guet-apens au cours d'une expédition contre Attale. Mais il eut pour successeur son frère Antiochos III le Grand, secondé par les talents militaires de son cousin Achaeos (II) * et entouré de conseillers qui flattaient son humeur entreprenante. Il y avait là un danger à prévoir. Cependant, Antiochos III eut trop à faire en Asie- Mineure et en Orient pour s'attaquer tout d'abord à l'Egypte, et Ptolémée III ne vit que le prologue de cet inévitable conflit. Ses derniers tracas lui vinrent d'un autre côté, et par suite de la politique traditionnelle des Lagides, protecteurs de la Ligue achéenne et, en général, de tous les Hellènes impatients du joug macédonien.

Anligone Gonatas, le vainqueur de Cos et d'Andros, était mort en 240/239, à peu près au moment où Ptolémée signait la paix avec Séleucos. Son fils Démétrios II (239- 229) eut à combattre à la fois les Achéens et les Étoliens, les ennemis et les anciens alliés de son père, qui, sans s'accorder entre eux, harcelaient leur commun adversaire. Il usa sa vie dans cette « guerre de Démétrios » qui lui valut

1 . Mahaffy, d'après Niebuhr et Droysen, appelle constamment Achsos II fils d'Andromachos « 1 oncle » d'AntiocbosIII; d'autres disent son beau-frère. En fait, il était son cousin. La tante d'Achœos II, Laodice, fille d'Achsos I«r et sœur d'Andromachos, avait épousé Séleucos II Callinicos, et Séleucos III ainsi qu' Antiochos III étaient issus de ce mariage. Achseos, marié avec une Laodice, fille de Mithridate II (Pont), devint le beau-frère d'Antiochos lorsque celui-ci eut épousé une autre Laodice (ci-après, p. 295), fille du même Mithridate (lequel avait épousé une sœur cadette de Séleucos Callinicos, si bien que les deux Laodice étaient nées cousines de leurs futurs maris). Les historiens, anciens et modernes, se perdent dans ces dédales d'homonymes sans numéros d'ordre. J. Beloch se refuse à admettre deux sœurs homonymes, comme s'il n'y en avait pas d'autres exemples. Reprenant ime conjecture de Niebuhr, il veut que Achœos ait épousé (plus tard, vers 218) une Laodice fille d'Antiochos Hiérax, et pris ainsi la succession de son beau-père. Mais pour cela, il faut ou récuser Polybe ou corriger dans son texte (Vlïl, 22, H) AaoStxr.v t^v Mt6pt64Too en •rtiv 'AvTtdxou, sauf à maudire les copistes, qui ont bon dos.

le surnom d' « Étolique » et le laissa, épuisé, à la merci d'une invasion des Dardaniens. Il mourut peu de temps après sa défaite (229), laissant à son neveu, Ântigone dit Doson, fils de Démétrios le Beau, la tutelle de son fils Philippe, un enfant de dix ans, dont les droits furent réservés pour des temps meilleurs. Le « Tuteur » ('EicCxpoicoç) épousa Phthia, la reine-mère, et prit le titre de roi. Antigone justifia son usurpation en déployant une énergie et une habileté diplomatique qui, en peu de temps, changèrent la face des choses. Après avoir expulsé du royaume les Dardaniens et réprimé une révolte des Thessaliens, il songea à faire reculer Tincommode voisin qui avait pris sur la côte de Thrace un point d'appui pour sa marine et tenait les clefs de rHellespont, Tennemi masqué dont il trouvait partout la main dans les affaires de Grèce. Il faut avouer que nous sommes fort embarrassés d'expliquer comment Antigone fut amené à tourner son attaque contre la Carie, dont, au dire de Trogue-Pompée, il réussit à s'emparer (223?)*. Peut-être voulait-il, avec la collaboration éventuelle des Rhodiens *, qui auraient leur part des bénéfices, se saisir d'un gage qu'il pourrait échanger plus tard, et agit-il par surprise, en se tournant brusquement du côté où on ne

i. [Demetrio morluo] tulelam filii ejus Philippi suscepit Aniigonus^ qui Théssaliam et in Asia Cariant subjecit (Prol. xxviii). Droysen suppose qu'Antigone, appelé peut-être par les Tilles grecques et allié d*Antiochos Hiérax, garda la Carie de 228 à 221 et ne la rétrocéda à Ptolémée qu'à la condition que celui-ci abandonnerait la cause de Cléomène (cf. ci-aprés, p. 282,1). Mais il me parait impossible que, rentré en Macédoine et occupé en Grèce, Antigone ait pu garder ces possessions lointaines. Il est à remarquer que son successeur, Philippe V, voulut les reprendre.

2. A moins qu'il ne faille placer avant cette expédition le fameux tremblement de terre qui renversa le colosse de Rhodes et dont les dommages furent réparés par les libéralités de tous les princes de Tépoque. Parmi ceux-ci, Polybe cite expressément Ptolémée, Antigone et Séleucos 6 icar^p 'Avriôxou (V, 89, 8), c'est-à-dire Séleucos II. Le Chron, Pasch, (p. 331 Bonn) donne, en effet, la date de 227; mais la majorité des chronographes tiennent pour 223. Aussi, certains érudits (Schneiderwirth, II. van Gelder), conciliants à outrance, prennent le parti d'avancer quelque peu, en 225 ou 224, la date traditionnelle et de retarder jusqu'en 224 la mort de Séleucos II.

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