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CHAPITRE VIII

Caractère de Ptolémée IV Philopator : le ministre Sosibios. — Morts violentes de Lysimaque, de Magas, de Bérénice, oncle, frère et mère du roi (220). — Révolte et mort de Cléomène (219). — Neutralité de rÉgyple durant la« Guerre Sociale » (220-217).

§ I. — Guerres de Syrie (221-217). — Première tentative d'Antiochos III sur la Cœlé-Syrie (221). — Révolte d'Achœos, qui recherche Talliance égyptienne (220). — Antiochos III commence les hostilités contre rÉgypte ; prise de Séleucie de Piérie; campagne en Cœlé-Syrie; défection de Théodotos TÉtolien (^9). — Négociations et armistice : préparatifs de guerre à Alexandrie (^19/8). — Antiochos III en Cœlé- Syrie : défection de Cérœas et Hippolochos (218). — Ptolémée IV et Sosibios en Cœlé-Syrie : victoire des Égyptiens à Raphia ; la Cœlé- Syrie recouvrée (217). — Ptolémée IV à Jérusalem : légendes judaïques.

§ II. — La politique intérieure et étrangère. — Révoltes permanentes en Egypte (216) ; les rebelles dans le Delta et la Haute-Egypte. — Achœos délaissé par TÉgypte, vaincu et mis à mort par Antiochos III (214). — Neutralité de l'Egypte au cours de la deuxième guerre Punique. — Ptolémée et sa sœur-épouse Arsinoé m : naissance de Ptolémée V Épiphane (209) associé au trône. — Neutralité de TÉgypte durant la guerre achéo-macédonienne (214-205).

§ III. -— La fin du règne. — Domination des favoris, Sosibios, Agathocle et Agathoclia. — Les fantaisies, littéraires et autres, de Ptolémée; ses constructions navales; réorganisation des cultes dynastiques; le culte alexandrin de Bérénice Ëvergète. — Intrigues d'Agathoclia. — Décès clandestin de Ptolémée (204) : mort mystérieuse d' Arsinoé. — Déclaration de la mort du roi et de la reine (203).

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Après trois règnes glorieux, au cours desquels on voit pourtant décliner Ténergie de la race royale, Thistoire des Lagides entre déjà dans la période de la décadence. Ptolémée lY ouvre la série des rois qui ont malheureusement fixé pour la postérité le type commun de la dynastie, de ces despotes à la fois voluptueux et cruels, lettrés et dépourvus de sens moral, qui cumulent les vices d'une civilisation ra£Snée avec les débordements de Tinstinct, et qu'on ne peut connaître sans les mépriser. Tout ce qu'on peut tenter en leur faveur, par souci d'impartialité, c'est d'avertir que nous les connaissons mal. Les témoignages mis à notre disposition, sans en excepter dans le cas présent celui de Polybe, ne sont ni de première main, ni garantis exempts de Thyperbole qui grossit spontanément les réputations toutes faites.

Nature inconsistante et efféminée, Ptolémée Philopator, parvenu au trône à l'âge de vingt-deux ans ou un peu plus *, passa les dix-sept années de son règne sous la tutelle d'un ministre sans scrupules, qui ne sut gouverner que par la trahison et le meurtre. C'est àSosibios, « un vieil engin à malices * », qu'il faut imputer pour une bonne part la responsabilité des actes, surtout des premiers actes, du jeune roi. Guidé par ses conseils, Ptolémée commença par supprimer autour de lui ceux qui le gênaient; d'abord, son

1 . Il est impossible de fixer la date de la naissance de Philopator. On sait qu'au lendemain pour ainsi dire de son mariage, Évergète partit pour Texpédition d'Orient et resta absent environ deux ans. Mahaffy (Hislory, p. 128, 1) estime que si Bérénice avait été praegnans en 246, le poème de Callimaque (Catulle) aurait visé le fait par quelque allusion. Philopator est né après le retour de son père, peut-être môme, comme le propose Strack (p. 193, 2), après la jeune Bérénice morte en 238.

2. £u>9{6io{ ô (l/cuScsciTpoicoç IlToXe{Jiai(ou s8(Sxct frfwivai oxcOoç dy^Cvouv xal iro>.uxp(Jvtov, Ixi Bi xaxoicoiôv èv paaiXt^qi. Polybe (XV, 25)énumère dans Tordre chronologique ses cinq victimes: Lysimaque, Magas (cf . V, 34, 1; 36, 1), Bérénice II, Cléomène et Arsinoé III. Ce Sosibios est probablement le Sosibios, fils de Dioscoride d'Alexandrie, en Thonneur duquel on a des décrets d'Orchomène de Béotie, Tanagra et Cnide (Foucart, in fîCfl., IV [1880], p. 97-8. Michel, nn. 223. 238. Ane. gr, Jnscr., IV, 819). On lit dans un proverbe alexandrin que Magas fut échaudé dans son bain comme Pélias; un certain Théogos Xoudiuvov xQtOf|^9t l^iovca XiST^xot iicixXOootç aùxî^ (Strack, p. 194).

EXÉCUTIONS Dans la famille kotale 289

oncle paternel Lysimaque, fils de Philadelphe et de la première Arsinoé ; puis son frère cadet Magas, qu*il trouvait trop populaire parmi les soldats * ; enfin, sa mère Bérénice, qui était sans doute trop habituée à régner pour supporter les prétentions d'un Sosibios. L'infortunée reine, accusée probablement d'avoir voulu donner le trône à Magas en soulevant les mercenaires, fut consignée dans le palais, sous la garde de Sosibios, et s'empoisonna * ou fut empoisonnée. Ce fut alors le tour de Gléomène, qui, lui aussi, avait de l'influence sur les mercenaires et n'avait voulu la mettre que sous conditions au service de Sosibios. La mort d'Antigone Doson (hiver 221/0) avait ranimé les espérances de l'exilé. Il demanda au roi d'Egypte qu'on lui donnât une armée, ou tout au moins la permission de s'embarquer avec ses fidèles. Les yeux fixés sur son rêve, il ne s'aperçut pas que l'insidieux Sosibios exploitait cette passion unique et dévorante pour disposer de lui et lui faire jouer un rôle équivoque dans la préparation du coup double qui atteignit traîtreusement Magas et Bérénice. Sosibios, après l'avoir alléché par « de grandes espérances», — on devine lesquelles, — lui avait confié qu'il songeait à mettre Magas et Bérénice hors d'état de nuire, mais qu'il redoutait « l'aydace de Bérénice » et surtout « les étrangers et mercenaires ». Gléomène, flatté dans sa vanité et croyant avancer par là ses propres affaires, « lui dit de se rassurer » . Il lui certifia que les mercenaires non seulement ne lui feraient aucun mal, mais Taideraient. Et comme Sosibios s'étonnait de ce langage : « Ne vois-tu donc pas », dit Gléomène, « qu'il y a ici environ trois mille étrangers du Péloponnèse et mille Grétois, qui, sur un simple signe de nous, seront tous prêts à te seconder ' ». Tel est en

1. Plutarque dit que Ptolémée craignait son frère, m; loxuovxa 6tà t^ç {iT^tpôc jv T(^ 9TpaiTifa>Tix(} (Cleom.^ 33). Justin (XXX, i, 2) n'allègue aucun motif.

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