Plut., Cleom
MORT DE CXÉOMÈNE 291
cas OÙ la cour ne souscrirait pas à ses exigences. Cléomène fut interné et gardé à vue dans « une grande maison, où sa pension continuerait à lui être servie, mais d'où on l'empêcherait de s'échapper ». Il put s'apercevoir alors que ses milliers de fidèles prenaient aisément leur parti de son infortune. La captivité achevant de Taigrir, il en sortit par un coup de tôte à peine explicable et qui mit fin à la carrière du patriote désespéré. Après avoir enivré leurs gardiens, un jour que la cour était à Canope, Cléomène et ses treize compagnons, armés de poignards, s'élancèrent en plein midi dans les rues d'Alexandrie, qu'ils s'imaginaient soulever au nom de la liberté. C'est en vain qu'ils promenèrent avec eux le préfet de la ville prisonnier *, personne ne bougea. Il était difficile, en effet, de comprendre ce que voulait ce roi déchu, transformé tout à coup en anarchiste. Alors ces enragés voulurent s'emparer de la citadelle, ouvrir les prisons et se barricader avec les forçats dans l'acropole ; mais l'alarme était donnée et les portes gardées. Se voyant isolés et certains du sort qui leur était réservé s'ils avaient la lâcheté de l'attendre, les vaillants et naïfs conspirateurs se donnèrent la mort « gaillardement et à la laconienne » ». Plutarque détaille les incidents de cette tragédie, qui eut pour épilogue la mort de la femme et des enfants de Cléomène, exécutés par la main du bourreau (219) '.
Enfin, Ptolémée se sentit libre. Il allait pouvoir faire la fête, ce qui était pour lui l'unique but de la vie, sans avoir à craindre de censeurs moroses, ni même Timprobation populaire, sur laquelle Cléomène paraissait avoir compté.
1. Ce personnage, M -niç irôXcw; ImXeXsijjLjxivoç (comme à Rome le praef, Urbi des fériés Latines), s'appelait Ptolémée (Polyb. et Plut.), et les conjurés venaient de tuer un autre Ptolémée, fils de Chrysermos (Plut.). Les homonymes pullulent dans toute Thistoire grecque, — et même romaine, — pour le supplice des « Saumaises futurs » .
2. tj^6yy<; icivu xal Aaxwvtxwç (Polyb., V, 39). Plut., Cleom.^ 39.
3. La date peut ^tre fixée au début de 219, janvier ou février (Niese, 11, p. 364).
Ses bons amis, Sosibios et Agathocle, qui étaient avant tout les ministres de ses plaisirs, lui épargnaient par surcroit les soucis de la politique. Du reste, pour qui ne songeait qu'à jouir du présent, les événements marchaient à souhait. La paix régnait en Egypte, et on se battait partout ailleurs. Le nouveau roi de Macédoine, Philippe V, qui venait de succéder (220) à son tuteur Antigone Doson, était trop occupé en Grèce pour qu'on eût à redouter son ingérence dans T Archipel et sur la côte de Thrace, où rÉgypte gardait encore les conquêtes de Ptolémée Évergète. La mort d' Antigone Doson avait lâché la bride aux Étoliens, et les déprédations de ces incorrigibles pirates, écumeurs de terre et de mer, avaient provoqué une « Guerre Sociale » qui dura trois ans (220-217) et mit en conflit, d'un côté, la Macédoine et la Ligue achéenne, de l'autre, les Étoliens et leurs alliés, Lacédémoniens et Éléens ^ La cour d'Alexandrie, n'ayant plus à protéger les Achéens, qui avaient rompu avec elle, et ayant rompu de son côté avec les Lacédémoniens, se désintéressait de cette agitation. Elle ne s'émut pas davantage quand la lutte des partis gagna la Crète et les Cyclades et y ruina son influence '. Elle se souciait si peu de son protectorat des Cyclades, qu'on peut se demander s'il lui appartenait encore. Lorsque Démétrios de Pharos, un aventurier malfaisant qui passa sa vie à vendre ses services et à trahir ses associés, se mit à ravager les Cyclades, au cours de la Guerre Sociale (220), ce furent les Rhodiens qui lui donnèrent la chasse \ Les Rhodiens faisaient la police de l'Archipel dans l'intérêt de leur négoce, sans chercher à
1. Polybe a exposé tout au long (le IV« livre tout entier et V, 1-30) les causes et péripéties de la Guerre Sociale (ïujijjLax'^^^ itdX«|ioç, IV, 13, 6) et de la guerre entre Rhodiens et Byzantins (IV, 38-52).
2. La Crète se partage en deux camps, Knosos pour les Étoliens, Gortyne pour les Achéens. Les Knosiens s*adressent aux Rhodiens, les autres à Philippe (Polyb., IV, 53-55) ; il n'est pas question de TÉgypte. Peu après (date incertaine), on voit les Céens alliés aux Étoliens {CIG., 2350. 2352 = Michel, 27).