‹ Histoire des LagidesChapitre 192 sur 258 · ANTIOCHOS III EN ORIENT · texte numérisé non relu

ANTIOCHOS III EN ORIENT

La cour d'Alexandrie, qui eût été prise au dépourvu si Ântiochos avait eu les mains libres, dut s applaudir d'être si bien servie par la fortune, qui lui procurait d^elle-mème des collaborateurs et peut-être préparait à Ântiochos le sort de ses généraux d'avant-garde. Sosibios utilisa ce répit de la façon qu'on a vu, en déblayant l'entourage du roi de tout ce qui pouvait lui faire obstacle. En fait de politique extérieure, maintenant que l'agression tentée sur la Gœ lé- Syrie mettait l'Egypte en état de légitime défense, it était en droit d'y appliquer ses talents de conspirateur. Le procédé était tout indiqué, et Hermias l'avait deviné sans peine : Achœos pouvait être pour Antiochos un rival plus dangereux que les satrapes révoltés en Orient. Le texte de Polybe ne nous fournit que des indications insuffisantes, à peu près dépourvues de chronologie, sur les intrigues qui durent s'agiter autour d'Acha^os et finirent par triompher de ses hésitations.

Achœos n'était point un ambitieux sans scrupules. Il avait fidèlement servi Séleucos III, vengé sa mort et, victorieux, refusé de prendre la couronne que lui offraient ses soldats, pour la réserver au frère du roi défunt, Antiochos III. Maître de toute l' Asie-Mineure , reconquise sur Attale, qu'il avait a enfermé dans le territoire de Pergame », il avait montré jusque-là « de la sagesse et de la grandeur d'âme ». Mais, « enflé par ses succès, il alla bientôt à la dérive ^ ». Polybe ne donne pas d'autre raison de sa défection, et il ne dit absolument rien, à ce moment, de relations quelconques entre Achaeos et la cour d'Alexandrie, parce qu'il est convaincu que la lettre présentée par Hermias à Antiochos, Tannée pré- Orient, et qu'il faut dire, comme la plupart des inscriptions, le Grand-Roi Antiochos (paaiXcùç jj^yoç 'AvtCoxoç), et non Antiochos le Grand. Ce titre, l'inscription d'Adulis le donne à Ptolémée II Évergète au retour de son expédition d'Orient. L'observation est juste; mais il est certain que l'attribution de l'épithète à la personne d'Antiochos III a été faite de tout temps, et cette méprise de l'opinion est un fait dont il faut tenir compte.

i. Polyb., IV, 48.

cédente, était fausse. Mais nous n'en sommes pas aussi sûrs que lui, et Ton peut bien admettre qu'AchaBos, même et surtout s'il ne méditait pas encore de défection, avait dû, après la mort de Ptoléméc Évergète, espérer du nouveau roi d'Egypte et lui demander ou lui faire demander officieusement la mise en liberté de son père Ândromachos. Polybe le dit un peu plus loin, AchaBOS était « extrêmement préoccupé du salut de son père » *, et Thistorien ajoute, en parlant de la négociation menée avec succès par les Rhodiens, que ceux-ci avaient déjà engagé des pourparlers auparavant, mais sans y mettre de zèle. L'insuccès de cette première tentative laisse entrevoir que la cour d'Alexandrie avait mis à trop haut prix la délivrance du captif; que Achaeos avait refusé alors de l'acheter par une trahison; enfin, qu'il se vit comme acculé à la défection quand il se sut calomnié par Hermias et plus en danger comme suspect que comme rebelle. Quoi qu'il en soit, Andromachos était encore à Alexandrie lorsque Achaeos, cédant aux instances de son conseiller Garsyéris, fit le pas décisif. L'occasion était favorable. Antiochos se trouvait alors en Atropatène, exposé à tous les hasards de la guerre, et en tout cas trop loin pour intervenir à temps. En Cyrrhestique, à courte distance d'Antioche, il y avait eu, nous ne savons pour quelle cause, un soulèvement qui durait encore et qui faciliterait l'entreprise. Achaeos partit donc de Sardes avec une armée, sans dire à ses soldats où il les conduisait. Arrivé à Laodicée de Phrygie, il prit le diadème et notifia aux villes son avènement. Ses mercenaires, qui l'auraient peut-être acclamé s'il les avait mis tout d'abord dans la confidence, sentirent qu'il ne jouait pas franc jeu avec eux. Quelques étapes plus loin, en Lycaonie, ils refusèrent de marcher, en déclarant qu'il ne leur plaisait pas de faire campagne contre leur roi « naturel », celui qu'ils s'étaient engagés à servir. Achaeos protesta qu'il

1. Polyb., IV, 51 ('Axaiôv i:epl lïXetaTOu notouîJLevov Tf,v toO icaTpèç atùTtipiav).

DÉFECTION d'aCHJEOS 299

n'avait jamais eu rintention de les conduire en Syrie et se jeta alors sur la Pisidie, d'où il ramena son armée gorgée de butin, par conséquent, satisfaite et réconciliée avec son chef *. Sincère ou non, ce scrupule des mercenaires était un symptôme nouveau qu'il est bon de noter en passant , car nous le rencontrons deux fois dans la même année, paralysant Achsos et précipitant la défaite de Molon.

Rentré à Sardes, Achaeos eut, pour le distraire de sa déconvenue, toute sorte de tracas et d'affaires à débrouiller. Les Rhodiens ayant déclaré la guerre aux Byzantins *, les deux partis se disputaient son alliance. Il avait d'abord promis assistance aux Byzantins, qui, en travaillant à le réconcilier avec Attale, s'étaient brouillés d'autre part avec Prusias deBithynie; puis, il avait cédé aux sollicitations des Rhodiens, qui, étant en excellentes relations avec TÉgypte, se chargèrent de négocier à nouveau la délivrance d'Andromachos. « Ptolémée, quand arrivèrent leurs ambassadeurs, voulait garder Andromachos, espérant se servir de lui à l'occasion; parce que, d'une part, sa situation à l'égard d'Antiochos restait indécise, et que, d'autre part, Achaeos, s'étant proclamé ouvertement roi, disposait de certaines choses à prendre en considération ». En d'autres termes, Sosibios avait calculé que, Achaeos ayant consommé sa défection, on n'avait plus besoin de l'acheter, et que la personne d'Andromachos pourrait servir à payer d'autres complaisances. Mais les Rhodiens, qui comptaient s'acquitter de la même façon envers Achaeos, insistèrent tellement, que « Ptolémée, penchant pour les Rhodiens à tous points de vue et cherchant à leur complaire en tout, consentit à leur remettre Andromachos, avec mission de le reconduire à son fils » '. En somme, ce qui ressort du texte de Polybe, c'est que la cour d'Alexandrie évita alors de conclure avec Acbseos une alliance

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