Cf. ci-dessus, p
ANTIOCHOS m EN CŒLÉ-SYRIE 307
Syrie et la Phénicie lui étaient bel et bien acquises et que les conseillers de Ptolémée n'oseraient pas, pour lui en disputer un lambeau, courir le risque d'une guerre à outrance. Aussi avait-il négligé d'exercer ses soldats et de les tenir en haleine. Et pourtant, il fallait maintenant reprendre le harnais, sous peine de perdre tout le fruit de la campagne précédente.
Il entra donc de nouveau en Cœlé-Syrie, cette fois en suivant la côte phénicienne, à portée de sa flotte, qui, sous les ordres de Diognétos, accompagnait sa marche. Les Aradiens lui offrirent spontanément leur « alliance ». Sur les bords du Damouras, entre Béryte et Sidon, il rejoignit Théodotos rÉtolien. Un peu plus loin, il se heurta à Tavant-garde de Nicolaos, qui occupait les défilés du Platanos. Les Égyptiens avaient mis à profit le temps de relâche occupé par les négociations. D'amples approvisionnements avaient été accumulés à Gaza : Nicolaos avait reçu des renforts, et il avait, lui aussi, pour appuyer ses mouvements, une flotte de trente vaisseaux pontés et plus de quatre cents bâtiments de transport, commandée par le navarque Périgène. Les deux armées et les deux flottes se trouvaient donc ainsi en présence.
Antiochos prit l'offensive et lança bravement son armée, divisée en trois corps, contre les positions de Nicolaos, pendant que les deux flottes s'avançaient Tune contre l'autre. La rencontre tourna de part et d'autre à l'avantage des Syriens. Nicolaos s'enfuit avec ses troupes débandées à Sidon, où le rejoignit aussitôt Périgène. Sidon fut mise sans tarder en état de défense, et les Syriens ne jugèrent pas à propos d'en faire le siège. Diognétos conduisit sa flotte àTyr, pendant qu' Antiochos, s' écartant de la côte, entrait avec son armée dans les fertiles régions de la Galilée. Philotéria, sur le rivage occidental du lac de Génézareth, et plus loin Scythopolis, firent leur soumission ; la place forte d'Atabyrion fut emportée d'assaut, et Antiochos se trouva ainsi maître de tout le nord de la Palestine. Puis, passant le Jourdain, il
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envahit la Pérée, en balaya les garnisons égyptiennes (Abila et Gadara), et, secondé par les Arabes des régions circonvoisines, parvint, après un siège assez pénible, à s'emparer de Philadelphie (Rabbath-Âmmon). Ses rapides succès avaient provoqué des défections dans les rangs des mercenaires et même des fonctionnaires égyptiens. Après la prise d'Atabyrion, un certain Céraeas, hyparque de Ptolémée, était passé du côté d'Antiochos, et son exemple avait été aussitôt suivi par un commandant militaire, Hippolochos de Thessalie, qui amena au camp syrien ses quatre cents cavaliers ^ La saison s'avançant, Antiochos jugea la campagne terminée. Pour assurer la garde de ses conquêtes, il installa une garnison à Gaza, à Rabbath-Ammon le stratège Nicarchos avec des forces respectables; et, au nord, Hippolochos et GéraBas furent détachés avec cinq mille hommes du côté de Samarie. Quant à lui, il alla prendre ses quartiers d'hiver à Ptolémaïs *.
La Cœlé-Syrie semblait décidément perdue pour l'Egypte. Quelque activité qu'eût déployée — un peu tard — le ministre Sosibios, il n'avait pu ni jeter en Syrie des forces suffisantes, ni décider à une collaboration active son allié Achœos, qui, toujours indécis, occupait ses mercenaires en Pisidie^ pendant qu'Attale, à la tète de bandes gauloises, lui reprenait une à une les villes du littoral ionien. Mais la possession de la Cœlé-Syrie était pour l'Egypte d'un intérêt
1. Polyb., V, 68-71. Polybe ne mentionne pas la défection de Ptolémée fils de Thraséas (ci-dessus, p. 305) : mais ce mercenaire passa, alors ou plus tard, au service d' Antiochos, qui lui confia le gouvernement de la Cœlé-Syrie et de la Phénicie, comme l'atteste une inscription trouvée & Soles par G. Radet et P. Paris (BCH.,X1V [1890], p. 587 : IlTO^ttiaToç ô epaaia aTpaxayôç xal àpxi«p«^« ZupCaç xoCXsç xal <I»oivixa< 'Bpfiâ xal 'HpaxXc? xal pxviXeî (UfoXb) *AvTiéx<!>). Radet {Rev, de PhiloL, XVII [1893], p. 62] suppose que Tinscription fut gravée « au lendemain d'une entrée victorieuse des troupes syriennes à Soli ». Cette conjecture reporterait le fait vers 197 a Chr. (cf. ci-aprés, p. 377, 1).
2. Polyb., V, 71. Polybe ne parle pas de la conquête, à plus forte raison de la défense, de la côte philistine. Mais on voit plus loin (V, 80, 4) que, Tannée suivante, Antiochos rallie en passant la garnison — syrienne évidemment — de Gaza.