PTOLÉMÉE EN CŒLÉ-STRIE
vital, et deux campagnes désastreuses n'avaient nullement découragé la ténacité industrieuse de Sosibios. Loin d'abandonner la partie, il était enfin prêt à tenter Teffort suprême. Au printemps de 217, Tarmée égyptienne, la grande armée qui n'avait pu entrer en ligne Tannée précédcn]te, partit d'Alexandrie. Elle comptait 70,000 hommes de pied ', 5,000 cavaliers, 73 éléphants, et elle était commandée par Ptolémée en personne, accompagné de sa sœur Arsinoé. Le ministre Sosibios avait pris le commandement de la phalange indigène, un corps de formation nouvelle, que les autres chefs n'auraient pas voulu ou su manier. Antiochos, qui avait passé l'hiver à Ptolémaïs et renforcé son armée de nouvelles recrues, mit sur pied toutes ses troupes pour aller au devant de l'ennemi. Dans cette armée syrienne, bizarre mélange de toutes les nations, figuraient pêle-mêle des Dahes, Garmaniens, Agrianes, Perses, Mèdes, Gissiens, Gadusiens, des Arabes, des Giliciens, desThraces, des Grétois et Néocrétois, des LydienSy des Gardaces gaulois, enfin, des mercenaires helléniques. L'effectif total se montait à 62,000 hommes de pied, 6,000 cavaliers et 102 éléphants.
Telles furent les forces, sensiblement égales de part et d'autre, qui se heurtèrent à Raphia ^ à peu près à moitié chemin entre Gaza, dont Antiochos rallia en passant la garnison, et Rhinocoloura, oii l'armée égyptienne avait franchi la frontière. Durant les quelques jours que passèrent à s'observer les deux armées, campées à cinq stades (1,200 m.) l'une de l'autre, Ptolémée faillit être poignardé dans sa tente par l'Étolien Théodotos. Le coup ne manqua que par l'effet du hasard, Ptolémée ne se trouvant pas cette nuit-là
1. Sur Topinion qui ramène ce chiffre à 50,000, voy. ci-dessus, p. 306, 1.
2. C'est à Raphia (Rapihi) que, en 720 a. Chr., Sargon II avait défait les armées réunies de Gaza et de TÉgypte ; de Raphia que, en 671, Esar-Haddon partit pour la conquête de l'Egypte ; à Raphia que s'était échouée une partie de la flotte de Démélrios Poliorcète envahissant l'Egypte (ci-dessus, p. 75). D'après Polybe (V, 80, 2), Ptolémée attendait l'ennemi à 50 stades (9 kil.) au S. de Raphia.
dans sa tente d'apparat. L'Étolien se retira sain et sauf avec ses deux acolytes, après avoir massacré, à défaut du roi, Andréas, le médecin de Ptolémée *. Qu'il fût ou non intimidé par une telle preuve d'audace, Ptolémée ne pouvait plus reculer. Derrière lui s'étendait le désert sans eau qu'il avait mis cinq jours à franchir, et son armée n'avait de vivres que ceux qu'elle avait emportés de Péluse. Il se décida à attaquer, et prit en personne le commandement de son aile gauche, faisant face à son rival, qui conduisait l'aile droite de l'armée syrienne. Il avait à ses côtés sa sœur Arsinoé, la reine par destination, qui, délaissée h la cour, se retrouvait sa fidèle compagne au moment du danger.
La bataille fut terrible, et, dès le début, la défaite des Égyptiens parut certaine. Les éléphants africains lâchèrent pied devant les colosses asiatiques, et portèrent le désordre dans les rangs massés derrière eux. L'aile gauche de Ptolémée fut ainsi mise en déroute, et Ptolémée lui-même entraîné par les fuyards. Un auteur anonyme * raconte qu' Arsinoé, les cheveux épars et toute en larmes, conjurait les soldats de tenir bon, promettant à chacun d'eux une gratification de deux mines d'or après la victoire. Mais, grâce à la fougue juvénile d'Antiochos, qui fut toute sa vie un mauvais général, ce premier désastre fut précisément ce cpii ramena la fortune du côté des Égyptiens. Antiochos se lança à la poursuite de l'aile débandée, sans plus s'occuper de ce qui se passait sur d'autres parties du champ de bataille. Il en résulta que l'aile droite égyptienne, ayant réussi à enfoncer l'aile gauche de l'adversaire, se rabattit sur le centre, où les deux phalanges étaient aux prises, et que la phalange syrienne, se voyant cernée, se débanda à son tour. Ce fut alors un carnage. La phalange égyptienne,