Polyb., V, 87. a., XV
312 CHAP. Vni. — PTOLÉMÉE IV PHILOPATOR
médiocrité de ce faux grand homme devint plus visible avec Tâge et Tusure de Tétoffe ; mais on put s'apercevoir de bonne heure qu'il ne savait ni prévoir ni supporter les i*evers. Ptolémée n'eut garde de repousser les propositions d'un adversaire qui lui donnait partie gagnée. Sans doute, il aurait pu tout oser et tirer d'un succès inespéré des conséquences invraisemblables ; mais il était lui-même surpris et comme défiant de sa propre fortune. Du reste, il lui tardait déjà — Polybe l'avoue pour lui — de reprendre ses habitudes et d'aller jouir de son triomphe à Alexandrie. Aussi, après avoir affecté d'abord des airs hautains pour déguiser son empressement, il accorda aux envoyés d'Antiochos une trêve d'un an et délégua Sosibios à Antioche pour négocier une entente définitive *. Antiochos lui restituant d'ores et déjà les deux places qu'il occupait encore, Ptolémaïs et Tyr, il n'eut plus qu'à prendre paisiblement possession de la Gœlé-Syrie. Les populations, qui, somme toute, préféraient la domination des Lagides à celle des Séleucides, lui firent partout bon accueil, multipliant les démonstrations o£Bcielles, « couronnes, autels et toute espèce de choses semblables » . Il y répondait, de son côté, en faisant ses dévotions dans les temples % se montrant libéral à propos, rétablissant l'ordre et la concorde dans les cités.
1. Nous ne savons pas au juste quelles furent les conventions (vuvOfixai) qui rétablirent les, relations sur le pied d'amitié («piXici. Polyb., XV, 25 a, 10).
2. Il est question (Plut., Sollert. anim.y 17), à propos des sacrifices d'actions de grâces offerts par Philopator xpxTi^9a<; 'Avxtëxou, de quatre éléphants immolés par lui, — peut-être ceux qui lui restaient de Raphia, — fantaisie qui déplut à « la divinité » et qu'il dut expier en érigeant quatre éléphants de bronze. Je me demande s'il n'y a pas un rapport entre ceUe anecdote et la légende des Juifs menacés d'être écrasés par des éléphants. Que l'on suppose Ptolémée offrant ce sacrifice « monstrueux » (dXXoxdxov) à Jahveh et faisant ensuite payer aux Juifs ses colosses de bronze, un plaisant put dire qu'ils en étaient écrasés, et la métaphore fournit la matière d'un drame. Mahaffy (Empire, p. 250) avait pensé d'abord que l'expérience de Raphia avait fait renoncer à employer les éléphants d'Afrique ; mais il s'est ravisé (Hislory^ p. 133-134) en présence d'une dédicace de chasseurs d'éléphants qui date de la fin du régne, car le fils de Philopator y est mentionné [Clasa, Review, juin 1898. Cf. ci-dessus, p. 262, 1).