PTOLÉMÉE A JÉRUSALEM
C'est sans doute au cours de cette tournée de trois mois qu'il vint à Jérusalem et qu'il apprit à connaître par expérience personnelle le fanatisme juif. L'auteur du troisième livre des Machabées assure que Philopator, après avoir ofiert des présents à Jahveh, voulut entrer dans le Saint des Saints, malgré la défense du grand-prêtre ; qu'à cette nouvelle, toute la ville se souleva, et que le roi, frappé d'une sorte de terreur surnaturelle, fut emporté évanoui par ses gardes du corps. C'est comme une contrefaçon de la légende d'Héliodore, racontée au deuxième livre des Machabées et destinée également à inspirer aux Gentils un respect superstitieux pour la demeure du dieu des Juifs *. Le pieux narrateur ajoute que Philopator s'en retourna tout courroucé à Alexandrie et qu'il voulut forcer tous les Juifs de la ville à sacrifier aux faux dieux, menaçant de faire écraser par des éléphants tous ceux qui s'y refuseraient, mais que Dieu sut déjouer ses mauvais desseins. Au lieu d'écraser les Juifs enfermés dans l'Hippodrome, les éléphants préalablement enivrés se retournent contre les soldats du roi qui, épouvanté et converti, rend par édit la liberté aux Juifs. D'autre part, une notice provenant peut-être d'une source analogue parle de quarante ou même de soixante mille Juifs qui auraient péri les armes à la main '. On ne saurait faire fond sur des élucubrations de ce genre. Il est certain qu'une
1. On ne compte plus les apocryphes nés de Tindomptable foi juive forgeant les preuves de son dogme. Ev^ald estimait que cette légende, calquée sur celle d'Héliodore (celle-ci datée de 176, sous Séleucos IV Philopator, H Machab., 3-4), dut être fabriquée avec des réminiscences des livres de Daniel et d'Esther pour intimider Tempereur Caligula et Tempêcher de profaner le Temple de Jérusalem. L'auteur s'est peut-être tout simplement trompé de Philopator et n'a cru faire que substituer le roi à son ministre, en remplaçant aussi, pour mieux convaincre les mécréants, le fouet des deux anges par la terreur surnaturelle, la « panique » des Grecs.
2. Victi Judaei et LXX (al. XL) millia armatorum ex numéro eorum occisa (Euseb., II, p. 123 Schœne). Cette tradition tourne au galimatias dans Jordanes (De regn. succeas., 3) : Sub hoc [Ptolemaeo Philopatore] vicli Judaei, et sexaginta millia eorum caesa ab Antiocho rege Syriae, quando el pontifex magnus Onias. Inutile de discuter ce pot-pourri d'anachronismes.
rébellion à main armée des Juifs, se terminant par une telle effusion de sang, ne serait pas restée ignorée de Polybe et aurait retenu Ptolémée plus de trois mois en Cœlé-Syrie. D'autre part, l'extermination projetée des Juifs alexandrins, ou même leur conversion à Thellénisme, eût été absolument contraire à la politique des Lagides, qui considéraient la présence de l'élément juif dans les grandes villes comme une garantie contre les coalitions et émeutes populaires ^ Il est donc prudent de ne pas surcharger de ce horsd'œuvre le texte de Polybe.
Au bout de trois mois, laissant le gouvernement de la Syrie au vaillant Andromachos d'Aspendos, Ptolémée retourna « avec sa sœur et ses amis » à Alexandrie, où Ton ne fut pas peu étonné de revoir le roi tout à coup transformé en foudre de guerre V
La politique intérieure et étrangère.
Pendant qu'il retournait à ses plaisirs, libre de tout souci et comptant désormais sur AchsBOS pour occuper le Séleu-
1. Aussi Texécution projetée aboutit-elle à la confirmation des privilèges des Juifs alexandrins, lesquels célèbrent une fête commémorative, du 8 au 14 Épiphi. C'est l'existence réelle de cette fête qui a suggéré l'explication. Une autre tradition reporte le drame miraculeux d'Alexandrie sous le règne de Ptolémée Évergète II (Joseph., C. Apion., Il, 5).
2. Polyb., V, 87. Dans une dédicace postérieure (Strack, n. 57), Ptolémée est EwT^p xal Nixifiçopoç. Une autre est consacrée {Classical Review, ci-dessus, p. 262, 1) en son honneur 'ApTit NixTiçôpcot. C'est à ce moment que les Athéniens, qui prodiguaient leurs hommages « à tous les rois et surtout à Ptolémée, en votant toute espèce de décrets et de proclamations » (Polyb., V, 106), redoublent de flatteries intéressées. Ils instituent des nToXefj.aToe, une tribu Ptolémaïs, et peut-être, s'il n'existait déjà, un dème BepsvixCSai, hommages payés par les libéralités du roi, fondateur du gymnase Ptolémœon (Pausan., I, 5, 5 ; 17, 2 : cf. ci-dessus, p. 240, 5). En 217, les diplomates égyptiens collaborent, avec ceux de Rhodes, de Chios, de Byzance, à la paix de Naupacte, qui termina enfin le 2:u|xpLa/ixôç t:6\s\io^ (cf. Niese, II, p. 458, et ci-dessus, p. 292; ci-après, p. 322).