‹ Histoire des LagidesChapitre 201 sur 258 · CONTINUITÉ DES TROUBLES · texte numérisé non relu

CONTINUITÉ DES TROUBLES

dants de la Haute-Egypte, il est possible qu'ils aient eu Talliance ou la neutralité du vieux roi de Nubie, Ei^amène (Arqamen), dont le nom se lit sur les murs du temple de Dakkeh (Pselcis), fraternellement associé à celui de Ptolémée *. Pour le moment, ils suivaient de Tœil, avec la ferme intention de ne s'y point mêler, deux spectacles intéressants : en Orient, la lutte d'Antiochos etd'Achœos; en Occident, le grand duel engagé entre Rome et Garthage.

Réduit à ses seules forces, Achœos ne tint pas longtemps la campagne. Ptolémée croyait avoir assez fait pour lui en essayant de lui assurer par traité la royauté d'Asie-Mineure : ni les Rhodiens, ni les Byzantins, qui sollicitaient naguère son alliance, ne se souciaient de le soutenir contre Antiochos et peut-être contre Attale *. Il fut bientôt bloqué dans Sardes (215-214) par l'armée syrienne, et finalement acculé, avec un petit nombre de partisans, dans la citadelle. Celleci était imprenable autrement que par la famine ; mais la capture d'AcbsBOs n était plus qu'une affaire de temps. Sosibios tenta alors de sauver au moins la vie d'AchsBOS en le

où i:p09s6c?T0 x%^ xoCxtùyf iicixoupCxc Iroifioi pOT^Ocîv ^,9a(v (XV, 20). Je ne vois pas contre qui, si ce n*est contre les révoltés du Delta, qui probablement nuisaient au commerce, ce secours aurait été offert. La date est à chercher dans les années qui suivent. Nous avons reporté plus haut (p. 259, 2) Taide offerte par les Romains, que Schneiderwirth et Guiraud placent en 217, après la bataille de Raphia. En 211, au lendemain de Trasimène et à la veille de Cannes, les Romains n'ont pu avoir pareille idée.

1. Il y a là une question encore assez obscure. Mahaffy (Empire, p. 273. HiatofT/f p. 139-140) afiBrme : 1» que les cartouches d*Ergamène (à Dakkeh) ont des signes hiéroglyphiques particuliers imités des cartouches de Philopator ; 2» que le temple d'Ar-hes-nofer, récemment (1896) découvert à Phils, fut commencé par Philopator et continué par Ergamène (le texte renvoie, par erreur, au plan du temple de Dakkeh, qui fut commencé par Ergamène et continué, peut-être à frais communs, par Philopator). Si jeune qu*on suppose Ergamène sous Philadelphe (ci-dessus, p. 143, 2), Ergamène aurait eu à Tépoque actuelle plus de 70 ans. Mahaffy supprimerait volontiers la difficulté en remplaçant, dans le texte de Diodore (III, 6), Ptolémée II par Ptolémée IV. Niese (II, p. 406) se rallie à Topinion de Mahaffy.

2. Polybe (V, 107) dit qu'Antiochos fit alliance avec Âttale : 9uvOi(i.fvo< icp6ç "AxTaXov t6v p«ai).i« xotvoicpatyiav hi9xtxxo t6v icp6ç 'Axai6v icdXcjiov. Mais il n*y a pas trace effective de cette xoivoicpayCa, qui dut cesser promptement de paraître utile à Antiochos.

318 CHAP. VlU. — PTOLÉMÉE IV PHILOPATOR

faisant évader. Il expédia d'Alexandrie un Cretois nommé Bolis, qui avait des amis parmi les mercenaires crétois employés au blocus de la citadelle, avec dix talents destinés à acheter les complaisances indispensables. Mais Bolis, qui tenait l'argent, trouva que le moyen d'augmenter ses bénéfices était de livrer Acha^os à Antiochos. C'est ainsi que AchdBos, appréhendé au moment où il s'évadait en compagnie de son prétendu sauveur, fut mis à mort. Antiochos voulut faire un exemple. Comme il avait crucifié le cadavre de Molon, il fit attacher au pilori le corps décapité d'Achaeos, cousu dans une peau d'âne. Terrifiés, les derniers défenseurs de la citadelle, Aribaze et Laodice, l'épouse d'AchsBOs, mirent fin à leurs discordes intestines en ouvrant les portes aux assiégeants *. Tout ce qu'avait possédé Achœos en Asie- Mineure fut de nouveau rattaché à l'empire des Séleucides. Nous ignorons absolument si Antiochos prit alors des arrangements avec Attale de Pergame pour délimiter leurs frontières respectives. Il y a tout lieu de penser qu' Attale, n'ayant aucun intérêt à abattre Achaeos au profit d'un voisin encore plus redoutable, était resté à peu près neutre durant cette guerre, et qu' Antiochos, à qui sa neutralité suffisait, lui laissa ce qu'il avait pu regagner sur AchaBos au cours des dernières années. C'était un compte à régler plus tard. Satisfait de ce côté, Antiochos s'occupa dest préparatifs de la grande expédition qu'il allait entreprendre dans l'Extrême- Orient, dans ces régions où, depuis le temps de Séleucos II, la suzeraineté des Séleucides n'était plus guère qu'une fiction légale. L'expédition se prolongea pendant plusieurs années (212-205) et délivra la cour d'Alexandrie de tout souci en ce qui concernait la Cœlé-Syrie.

La guerre entre Romains et Carthaginois intéressait officiellement les gouvernants alexandrins, en ce sens que les

1. Polyb., VII, 15-18. VIII, 17-23). Cet Aribaze pourrait être le fils du satrape de Cilicic décapité, quelque trente ans plus tôt, au cours de la « Guerre de Laodice » (ci-dessus, p. 250).

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Romains étaient, depuis le temps de Philadelphe, les c amis » et alliés des Lagides. C'était là une alliance qui ne comportait guère d'engagements réciproques. Elle avait été négociée dans le but d'ouvrir l'Italie au commerce égyptien, avec l'arrière-pensée d'utiliser au besoin l'amitié romaine contre la Macédoine. Les Lagides n'en acceptaient que les avantages et n'entendaient nullement en faire un pacte qui les obligeât, le cas échéant, à voler au secours des Romains. Ils étaient aussi et voulaient rester les amis des Carthaginois. Ptolémée prenait grand soin de ne rien faire qui pût le brouiller avec les uns ou avec les autres. Lorsque, en 216, le Campanien Magius Décius, échappé aux mains des Carthaginois, lui fut amené à Alexandrie, il ne lui rendit la liberté qu'après avoir constaté que Décius avait été incarcéré par Hannibal « contre la lettre d'un traité », sans quoi le fugitif eût été rendu au capitaine carthaginois que la tempête avait forcé d'aborder à Cyrène *. Il faut dire que les Romains venaient d'être écrasés à Cannes et que Ptolémée eut quelque mérite à protéger un vaincu. Lorsque, après la mort d'Hiéron II (215), le nouveau roi Hiéronyme, un enfant de quinze ans, préférant l'exemple de son père Gélon aux sages recommandations de son grand-père, se jeta étourdiment dans l'alliance carthaginoise, il envoya en même temps des agents à Hannibal en Italie, et son oncle Zoïppos à Alexandrie. Ptolémée se garda bien d'accepter ses avances, et il eut tout lieu de s'en applaudir. Zoïppos n'avait pas encore quitté Alexandrie qu'une révolution éclatait à Syracuse, renversant le trône sur les cadavres d'Hiéronyme et des membres de la famille royale '. En même temps, la chance tournait et la ténacité romaine fixait la proverbiale inconstance de la Fortune.

1. Liv., XXIII, 10. Niese (II, p. 407, 1) écarte cette histoire comme « unbeglaubigt ». C'est être bien difficile. Même inventée après coup, elle rend ridée qu'on se faisait, avec raison, de la politique alexandrine.

2. On lit dans l'extrait de Polybe (VII, 2, 2) que Hiéronyme envoya à Alexandrie toCj; iSsXço^ç, c'est-à-dire, d'après le contexte, Zoïppos et Adranodoros, lesquels étaient deux gendres d'Hiéron, par conséquent deux beaux-

La cour d'Alexandrie ne se laissa pas entraîner non plus à franchir, du côté des Romains, les limites de la neutralité bienveillante. En 210, la disette avait fait monter le prix du blé en Italie jusqu'à 15 drachmes le boisseau. Le sol était ravagé par la guerre « jusqu'aux portes de Rome », et en un moment, dit Polybe, où le monde civilisé était partout en armes, il n'y avait de secours à attendre que de rÉgypte, le seul pays qui fût alors en paix '. Le Sénat envoya donc à Alexandrie deux ambassadeurs, M. Atilius et M'. Acilius, « pour remémorer et renouveler l'amitié » des deux peuples, avec des présents, « une toge, une tunique de pourpre et un siège d'ivoire pour le roi, une robe brodée avec manteau de pourpre pour la reine * ». Tite-Live, qui vient d'énumérer des cadeaux analogues faits à Syphax et d'autres roitelets africains, ne veut pas connaître le motif réel de l'ambassade et ne dit rien de la demande qui dut être glissée au milieu des congratulations. Mais on ne saurait douter que le but fut atteint et que le blé expédié d'Alexandrie paya largement des présents si désintéressés. Les envoyés du Sénat durent rapporter à Rome, par surcroît, l'assurance que le Lagide préférait le plaisir aux intrigues, et que, si on ne pouvait songer à se servir de lui contre Philippe de Macédoine, en revanche, on n'avait pas à craindre de le voir entraîné, comme Philippe, dans une alliance avec Hannibal. Qu'importait le reste du monde à un homme qui semblait ne pas se préoccuper même de l'avenir de sa dynastie, restée jusque-là sans héritier?

frères, oncles par alliance d'Hiéronyme. Mais Tite-Live, qui avait Polybe au complet sous les yeux, ne connaît d^ambassadeur que Zoîppos, lequel échappe au massacre, parce qu'il est absent. Hiéronyme est assassiné d'abord à la fin de 215 (Liv., XXIV, 7), et Textermination s'achève en 214 (XXIV, 26).

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