LE RÈGNE DES FAVORIS
rang même avant la canéphorie d'Ârsinoé Philadelphe '. Le remords et la peur des vengeances d'outre-tombe peuvent prendre les dehors de la piété sincère, et même les exagérer. On est porté à soupçonner une arrière-pensée d'expiation dans l'étalage des dévotions posthumes, et ce soupçon, justifié pour celle de Philopator *, projette en arrière je ne sais quelle ombre importune sur celle, bien autrement bruyante, de Philadelphe.
Ces réformes religieuses, qui forment une sorte d'intermède entre les horreurs tragiques du commencement et de la fin du règne, paraissent avoir coïncidé avec le mariage de Ptolémée et signalent comme un retour du roi à la vie de famille. Mais ce ne fut qu'un intermède. La débauche le ressaisit, celle à laquelle il était habitué, la débauche vulgaire et obscène, la société de courtisanes de bas étage qui l'amusaient par leur manque de respect et la trivialité de leur langage. Il est question d'une certaine Hippé, maîtresse d'un préposé aux fourrages, qui faisait raison à Ptolémée la coupe en main et lui commandait de verser à boire en l'appelant « petit père ^ ». Afin de le mieux tenir, Agathocle, tout en restant pour le roi l'ami que l'on sait *, avait livré à la luxure du maître sa jeune sœur Agathoclia, qui inspira à Ptolémée une passion aveugle, capable de tous les entraî-
1. Beurlier (p. 74-75, 3) ne certifie l'existence de ce culte qu'à partir de 210, contre Revillout, qui le fait remonter jusqu'à 214.
2. Zénobios {loc. cit.) dit que Philopator, effrayé par des songes, construisit au milieu de la ville le £fj|ia pour y réunir Bérénice avec ses ancêtres. 11 ajoute qu'on bâtit sur la côte un temple, ô ÊxaXoOv Bfpsvîxïi^ ffcoÇoùdr,?. Ce surnom prophylactique escomptait la réconciliation des mânes de Bérénice. Cf. ci-après le culte expiatoire d'Arsinoé Philopator (p. 349, 2). A rapprocher les cérémonies expiatoires célébrées par Périandre, meurtrier de sa femme Mélissa (Herod., V, 92), et les monuments élevés par Hérode Atticus à sa femme Annia Kégilla, au temps où il était accusé, sinon coupable, d'avoir causé la mort de Régilla.