DÉCÈS CLANDESTIN DU ROI
prendre à un peuple la mort du couple souverain que de lui apporter des urnes fermées, remplies, loin de tout regard indiscret, à la suite de quelque crémation clandestine : opération doublement suspecte, comme clandestine et comme contraire aux usages égyptiens adoptés par la dynastie ! Il y avait là de quoi donner lieu aux plus sinistres commentaires. Le roi, si tant est qu'on ne l'eût pas vu en public depuis des mois ou même des années, pouvait 6tre mort depuis longtemps. Que cette idée soit venue ou non aux Alexandrins, elle nous préoccupe aujourd'hui. Justin nous dit S et tous les détails de la scène précitée le prouvent, que la mort de Philopator a été cachée un certain temps par son entourage ; mais pendant combien de temps ?
Les calculs chronologiques conduisent ici à des résultats à la fois incertains, invraisemblables, et qu'on ne peut ni écarter sans supprimer le problème, ni accepter avec confiance. Nous nous contenterons d'extraire du débat quelques points susceptibles d'être relativement fixés par des synchronismes antérieurs et postérieurs ^. Si nous considérons comme faits acquis que le règne de Philopator a com-
1. Sedmors ejus... diu occultata fuit CJustin., XXX, 2, 6 : ci-dessus, p. 332). Strack (p. 195, 15) refuse nettement d*en croire Justin, qui aime « à raconter des histoires scandaleuses et ne les trouve jamais assez noires ». 11 rejette, par conséquent, Thypothèse fondée sur ce texte par Stark et von Gutschmid. La question est de savoir si elle n'est fondée que sur ce texte.
2. Les opinions varient de 206 (C. Mûller) à 205 (Flathe, Letronne, Heyden),
204 (ChampoUion-Figeac et la majorité des érudits, y compris Strack), 203 (Stark, Holleaux). Il n'y a pas intérêt à reprendre les arguments fondés sur les données suivantes. Le Canon des Rois et Eusèbe dans la Chronique donnent 17 ans de règne à Philopator; mais le Canon d'Eusèbe porte 21, ce qu'on peut écarter comme leçon fautive ou utiliser, comme nous le ferons ci-aprés (p. 337, 1). Suivant que Ton part de 222 ou de 221, on arrive à 206 ou 205. Nous tenons pour 205/4, c'est-à-dire, l'année vague qui va du 13 oct.
205 au 13 oct. 204. Il faut renoncer à tirer sur ce point une indication quelconque de la pierre de Rosette, qui, conformément aux théories sacerdotales sur la transmission du pouvoir (cf. le décret de Canope, ci-dessus, pp. 213, 2. 267), place au 17 Paophi non pas l'avènement d'Épiphane À la mort de Philopator, mais le jour où il a reçu la royauté des mains de son père (iv { icapi- Xa6(v T>iv paffiXefov itapi toO icotrpdç), c'est-à-dire son association au trône (29 nov. 209), dans l'hypothèse acceptée plus haut (p. 322, 1).
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336 CHAP. Vîlt. — PTOLÉMÉE IV PflILOPATOR
mencé en 221 et a duré 17 ans, nous obtenons comme date de sa mort Tannée 205/4. Nous verrons plus loin que le jeune Épiphane s'est marié dans la XIIP année de son règne, et nous aurons de bonnes raisons pour placer le fait durant rhiver de 193/2. Le calcul fait en remontant de cette date aboutit au même résultat que le précédent, à Tannée 205/4. Mais, d'autre part, on sait que, à la nouvelle de la mort de Philopator, les rois de Syrie et de Macédoine conclurent aussitôt un pacte, dans le but de se partager les possessions extérieures de TÉgypte, et au besoin TÉgypte elle-même *. Il est évident que les deux complices ont dû se hâter de mettre à profit les circonstances, et que le pacte en question, qui a suivi de près la nouvelle de la mort, a dû aussi précéder de fort peu leur entrée en campagne. Or, Antiochos n'entreprit la conquête de la Cœlé-Syrie qu'en 202 au plus tôt *. De ces faits rapprochés, il résulterait que la mort de Philopator, survenue en 204, ne fut connue des deux rois les plus intéressés à surveiller les affaires d'Alexandrie que vers la fin de Tannée 203, c'est-à-dire environ un an après. Gomme il est impossible d'admettre qu'ils n'aient pas été informés dès que la mort du roi fut publiquement annoncée à Alexandrie, il faudrait supposer que la mort de Philopator a été réellement cachée durant un laps de temps aussi long, et que, plus tard, la date véritable, une fois révélée, a été rétablie dans les documents publics et les canons des Ghronographes. Si étrange que paraisse cette conclusion, nous ne pourrions nous y soustraire qu'en récusant les chiffres des chronographes ; ce qui, vu la soli-
1. Polyb., III, 2, 8. XV, 20. Liv., XXXI, 14 {morte audita Ptolemaei régis), Justin., XXX, 2, 8 {regnum Aegyptiy quod jam Philippus et Antiochus facta inter se pactione divisisse dicebant). S. Jérôme {In Dan,, xi, 13) slmagine même qu'Antiochos était parti de Babylone pour attaquer Philopator, et que, Ptolemaeo Philopatore mortuo, adversum filium ejtis, qui tune IV annorum erat et vocabatur Ptolemaeus Epiphanesy rupto foedere movit exercitum,
2. Et même en 201 (ci-après, p. 356). En 204, Antiochos revenait d'Orient et devait avoir encore son armée sous la main. 11 est impossible de comprendre qu'il ait attendu deux ans pour entrer en campagne, sll était informé.