DATE DE LA MORT DE PTOLÉMÉË
darité de leurs additions faites de règne en règne, conduirait à bouleverser tout le système. Elle est même confirmée, d'une façon tout à fait inattendue, par les estimations de chronographes dissidents, qui placent Tavènement d'Épiphane aux environs de Tannée 203/2, c'est-à-dire à la date où la mort de Philopator fut réellement et officiellement connue \ Ce qu'on a écarté jusqu'ici comme une bévue peut être un reliquat de la confusion produite par la supercherie que nous a révélée le fragment de Polybe.
La durée du règne fictif et posthume de Philopator devient moins incroyable si l'on restitue, par un uîjage légitime de la conjecture, les circonstances qui Tont rendue possible ' et les péripéties qui ont dû la prolonger. Il faut admettre d'abord que les habitants d'Alexandrie étaient habitués à ne plus voir le roi qu'à de très rares intervalles. On le supposait volontairement confiné dans son palais et peu soucieux d'affronter au-dehors le mépris public. Plus explicable encore était la vie cloîtrée de la reine ; le palais cachait son humiliation. En ce qui concerne le roi, le soupçon d'un attentat dut être écarté par le fait que ses ministres n'avaient aucun intérêt à abréger ses jours. Ils régnaient sous son nom * et devaient plutôt craindre que la débauche n'usât trop vite
1. La Chronique d'Eusèbe donne à Philopator 21 ans comptés à partir de 223 (fTT, %a' in FHG.y ïll, p. 725 = I, p. 170 Schœne) au lieu de 17, et on verra plus loin (p. 384, 1) que le Chron. Paschale fait coïncider Tan VII d'Ëpiphane avec les consuls de Tannée 196, ce qui met le début du règne en 203/2. La Chronique de Michel le Syrien (ï, p. 122, trad. J.-B. Chabot. Paris, 1899) place aussi l'avènement d'Épiphane « en Tan 110 des Grecs « (c'est-à-dire des Séleucides), qui correspond à 303/2 a. Chr.
2. Cf. les traditions concernant les morts cachées d'Ântiochos II et de son fils (ci-dessus, p. 247-248). Pour des raisons analogues, la mort de Tantipape Benoit XIII fut, dit-on, cachée durant six mois (de 1422 à 1423) par les cardinaux qui pontifiaient en son nom (N. Valois, La France et le grand Schisme d'Occident y t. IV [1902], p. 454). Mais ce qui était facile sur le rocher de Peniscola était moins praticable à Alexandrie.
3. Les favoris furent rois, dit Polybe (XV, 34, 5), 5tà ti^v toO *iXoicâTopo; diSuvajxCov toO pataiXeûgtv. Mahaffy proteste, avec quelque raison, contre ce jugement trop sommaire, étendu au règne tout entier ; mais je ne puis admettre, comme lui (Empire, p. 289), que les favoris « avaient évidemment espéré succéder au trône vacant ». En ce cas, ils auraient supprimé Tenfant.