LES ASSASSINS D^ARSINOÉ
ce crime la mémoire de Philopator. Lui vivant, Arsinoé était inoffensive; elle ne devint dangereuse, par conséquent, ne fut séquestrée et assassinée, que quand elle fut en passe de devenir régente *. Le coup fait, les conspirateurs se trouvèrent dans une situation embarrassante, d'où ils ne pouvaient se tirer qu'à force d'audace. Agathocle, qui est toujours nommé avant Sosibios dans le récit de Polybe, paraît avoir pris le premier rôle, Sosibios ne le suivant que parce qu'il ne pouvait plus reculer. Le vieux routier était au bout de sa carrière, et il aurait voulu sans doute la terminer d'une façon plus tranquille. Il n'est plus question de lui par la suite : on se demande même s'il a assez vécu pour assister au triomphe éphémère de son imprudent et impudent collègue ^ En tout cas, il ne vit pas le châtiment ; il mourut impuni, ce qui, d'ailleurs, ne scandalise aucunement Polybe.
comme on le verra plus loin (p. 342), Polybe dit expressément que Phllammon fut fait Libyarque et envoyé à Cyrène après le meurtre d' Arsinoé. U eût d'ailleurs été plus difficile de cacher le forfait à Cyrène, où le voyage de la reine aurait attiré l'attention, qu'à Alexandrie.
1. La dédicace de Comon, olxovdpioç tûv xarà Nauxpativ, en l'honneur du roi Ptolémée et de son fils Ptolémée, sans mention d'Arsinoé (Strack, n . 57), ne prouve pas qu'Arsinoé fût morte avant le roi, mais simplement que, pour un fonctionnaire bien renseigné, elle ne comptait plus.
2. Mahaffy (Histoif/^ p. 143) est convaincu que Sosibios le père est mort avant la révélation publique du crime. Niese (U, p. 573, 3) l'admet aussi, et pense même que sa mort décida Agathocle à ne plus tergiverser. Polybe met bien en scène sur l'estrade *AYatÔoxXf,; xal SwaCCioç ; mais ce Sosibios serait Sosibios le fils (Mahaffy) ou une interpolation (Niese). Mais Sosibios le fils ne parait que plus tard et dans un rôle honorable, protégeant le roi et épargné par le peuple au moment où l'émeute se rue contre Agathocle (Polyb., XV, 6, 8). Ce Sosibios n'est certainement pas celui qui figurait sur l'estrade à côté d'Agathocle. On pourrait supposer que le vieux Sosibios avait été sacrifié auparavant par Agathocle, soit aux rancunes populaires, soit à sa propre ambition. Aussi Dindorf écrit, dans V Index de son édition de Polybe : Sosibius occiditur ab Agathocle^ sans référence aucune. Mais Polybe cite Sosibios parmi ceux qui ont exploité la faiblesse de Philopator et n'en ont pas été punis comme Agathocle (XV, 34, 4). Mourir de la main de son complice eût été, ce semble, un châtiment à mentionner. Agathocle était resté en bons termes avec les fils de Sosibios (voy. ci-après), ce qui achève la démonstration. En somme, le seul fait constaté, argument négatif, explicable par les lacunes du texte de Polybe, n'autorise pas à faire violence au texte qui nous a été conservé.
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340 CUAP. vin. — PTOLÉMÉE IV PHILOPATOR
Agathocle réussit, en effet, pour le moment à braver la réprobation populaire et à s'imposer comme tuteur de l'enfant sous le nom duquel il allait gouverner. Au milieu de la surprise universelle, il ne se trouva personne pour pousser le cri qui eût déchaîné l'émeute et, en dépit du plan concerté avec les commandants de troupes, eût livré sur l'heure les criminels à la justice du peuple.