CHAPITRE IX
§ I. — Le gouvernement des régents (204-196). — L'Egypte gouvernée par Agathocle. — Tyrannie et proscriptions d'Agathocle. — Défection de Tlépolème ; soulèvement d'Alexandrie. — Exécution populaire d'Agathocie et Agathoclia; extermination de son parti : Tlépolème régent (202). — Tlépolème et Sosibios le Jeune . — Antiochos III et Philippe V de Macédoine coalisés contre TÉgypte. — Philippe s'empare de la Thrace (202) et de Samos (20i). — Philippe, vainqueur des Rhodiens à Ladé (20i), dévaste la Carie. — Antiochos III envahit la Cœlé-Syrie (20i) : siège et prise de Gaza. — Intervention officieuse des Romains : la légende de la tutelle romaine. — Tlépolème destitué et remplacé par Aristomène et Scopas. — Guerre de Syrie (199- 198) : préparatifs de Scopas; ses succès en Cœlé-Syrie (199) : bataille de Panion; la Cœlé-Syrie définitivement perdue pour l'Egypte (198). — Scopas mis à mort par Aristomène (197). — Répression des troubles en Egypte : exécution des chefs rebelles à Memphis(197). — Proclamation de la majorité du roi (àvaxXTjTTÎpia) à Alexandrie et sacre du roi à Memphis (197). — Le décret sacerdotal de Memphis ou « pierre de Rosette » (196).
§ II. — Le Gou^^RNEMENT DU ROI. — Les possessions égyptiennes d'Asie- Mineure au pouvoir d'Antiochos III. — Intervention des Rhodiens et des Romains : pourparlers de Lysimachia (196). — Antiochos se prépare à la guerre contre les Romains : ses négociations avec la cour d'Alexandrie. — Fiançailles de Ptolémée Épiphane avec Cléopâtre, nile d'Antiochos III : la Cœlé-Syrie dot de Cléopâtre (195). — Mariage de Ptolémée et Cléopâtre à Raphia (193/2). — Aristomène mis à mort : le favori Polycrate (192?). —Neutralité de l'Egypte dans la « Guerre de Syrie » entre Antiochos III et les Romains (192-190) : servilité de Ptolémée à Tégard des Romains. — L'Egypte exclue du
partage au traité d'Apamée (188). — Négociations entre Ptolémée et la Ligue achéenne (186/5). — Pacification des troubles en É^çypte : exécution des rebelles (185). — Ptolémée se prépare à reprendre la Cœlé-Syrie : mort soudaine du roi (181).
Le gouvernement des régents.
L'enfant sur qui reposait tout Tavenir de la dynastie avait alors entre quatre et cinq ans. Agathocle, rassuré par la résignation apparente de la grande ville et investi par la mort de Sosibios d'une sorte de dictature, pouvait se promettre de longues années de règne. « Le susdit, lorsqu'il eut déposé les urnes dans les sépultures royales et ordonné de quitter le deuil, distribua d'abord aux troupes la solde de deux mois, persuadé que chez le grand nombre le sens pratique émousserait la haine. Ensuite, il leur dicta la formule du serment qu'ils avaient accoutumé de prêter lors de la proclamation des nouveaux rois. Il éloigna Philammon, qui avait présidé au meurtre d'Arsinoé *, le nommant Libyarque des régions du côté de Cyrène : quant au petit roi, il le confia à Œnanthé et Agathoclia. Après cela, il envoya en Asie, près du roi Antiochos, Pélops fils de Pélops, pour l'inviter à garder l'attitude d'un ami et à ne pas transgresser les conventions passées avec le père de l'enfant. Ptolémée, fils de Sosibios, fut dépêché à Philippe pour régler l'affaire du mariage ^ et demander au roi son secours, dans le cas où
1. Cette expression énigmatique — tôv ^ituTdtvTa tû Tf.ç 'ApuivfSTjç odvw (Polyb., XV, 25 a, 9). — est répétée textuellement plus loin (XV, 33, 11). Philammon est Tassassin principal; mais il avait eu des collaborateurs.
2. Ta -Tcepl xiç [TfjÇ?] éTciyaixCaç auveTnadjjievov (Polyb., XV, 25, 10). La leçon xii rend le passage inintelligible. On ne voit pas à quel propos une question juridique de connubium aurait pu être soulevée. Avec la correction xf,.;, on ne peut que conjecturer un projet de mariage (auquel cas iiriyajiia est impropre) entre le roi et une fille de Philippe (cf. Niese, II, p. 574, 1). Mais on ne connaît pas de fille à Philippe; Épiphane était encore un enfant,
RÉGENCE d'âGâTHOCLE 343
Antiochos attaquerait sérieusement ses voisins au mépris des traités. Le régent chargea aussi Ptolémée, fils d'Agésarchos, d'une ambassade auprès des Romains, dans l'idée qu'il ne se presserait pas d'accomplir sa mission, mais qu'une fois arrivé en Grèce et rencontrant là parents et amis, il y resterait. Agathocle cherchait, en effet, à se débarrasser de tous les hommes marquants, par défiance. II envoya aussi l'Étolien Scopas * en Grèce pour recruter des mercenaires, avec quantité d'or pour les arrhes. Il avait pris cette résolution pour deux raisons : l'une, c'est qu'il comptait se servir de ses nouvelles recrues dans la guerre contre Antiochos; l'autre, c'est qu'il voulait envoyer les anciens mercenaires, ceux qu'il avait sous la main, dans les postes de l'intérieur et des colonies, tandis qu'avec les nouveaux venus il compléterait et renouvellerait le service et la garde du palais, ou même la garnison du reste de la ville. Il s'imaginait que des hommes recrutés et payés par lui, qui ne seraient au courant d'aucun des faits passés et par conséquent ne s'en préoccuperaient pas, des gens qui mettraient en lui leurs espérances, seraient pour lui des auxiliaires dociles, tout prêts à le couvrir, à remettre l'ordre, à exécuter ce qu'il leur commanderait * ».
Agathocle avait d'excellentes raisons pour se défier et des hommes importants et des petites gens, c'est-à-dire de tout le monde. Aussi sa police avait-elle l'oreille fine. Un certain Binon, qui, comme on l'a vu plus haut, avait pris part au meurtre d'Arsinoé au lieu de la sauver, allait maintenant faire à tout venant des confidences larmoyantes. Agathocle
et l'emploi de l'article suppose que l'affaire avait déjà été engagée. Le passage reste énigmatique.
1 . Scopas était un ex-stratège de la Ligue étolienne, qui était venu chercher fortune à Alexandrie à la fin du régne de Philopator, et avait été largement appointé par le roi (Polyb., Xlll, 2). D'après une conjecture quelque peu aventurée, ce fSxdicaJç Koiwvoç aurait joué un rôle à la bataille de Raphia (Clermont-Ganneau, ci-dessus, p. 311, 1).