‹ Histoire des LagidesChapitre 223 sur 258 · Polyb., XV, 25 a, 24. Cf. ci-dessus, p · texte numérisé non relu

Polyb., XV, 25 a, 24. Cf. ci-dessus, p

2. Polyb., loc. cit. Les Macédoniens étaient les prétoriens d'Alexandrie.

3. Le rôle de Tlépolème en matière d'approvisionnements n'est pas clair. On a fait de lui une sorte de « préfet de l'annone » alexandrin, sans autre texte que celui-ci : 8tà tb irivtwv xwv irapaxojjiiîjojjiivwv &U 'ctjv 'AXe^ivSpsiav xpatsiv •coC>;it£pl TXT.itoXejxov (Polyb., XV, 26, 11). Mais Tlépolème était alors à Péluse, ou en marche de Péluse sur Alexandrie. S'il peut affamer la ville, c'est parce qu'il occupe les routes et que peut-èlre la flotte, commandée naguère par Nicon (Polyb., XV, 25 a. 28), un ami d'AgathocIe, avait fait défection. Dans le passage mutilé de Polybe, l'exposé des causes du soulèvement commence par Nicon (phrase interrompue qui termine le fr. de rEscuriai).

listes de proscription. Le somatophylaque Mœragène, soupçonné de correspondre secrètement avec Tlépolème et de conspirer avec son parent Adœos, gouverneur de Bubaste, fut arrêté également, et Agathocle ordonna de le mettre à la torture pour lui arracher des aveux. Ce fut le signal de la révolution. Mœragène, au moment d'être passé par les verges, profita d'un premier moment de trouble et s'enfuit tout nu près des soldats macédoniens, dont les tentes étaient placées à courte distance du palais. Ceux-ci, indignés, appelèrent leurs camarades aux armes. En un instant, toutes les troupes furent en pleine révolte; la population suivit leur exemple et la grande ville s'ébranla tout entière.

Polybe décrit avec une sorte de complaisance les excès auxquels se livra la populace et la soldatesque dans la sanglante journée du lendemain. Durant la nuit, Agathocle, qui avait intercepté une proclamation adressée aux troupes par Tlépolème et avait cherché à noyer son souci dans le vin, se décida enfin à sortir de sa torpeur. Suivi de tous les « parents » ((ruyyeve^), — c'est-à-dire des hauts fonctionnaires de la cour, — à l'exception de Philammon, il se rendit près du roi et l'emmena dans une galerie qui faisait communiquer le palais avec le théâtre, comptant ou fuir par cette issue ou s'y barricader derrière les trois grosses portes établies dans l'axe du couloir. Fuir n'était plus possible. Le palais était comme une île battue par les flots irrités d'une multitude qui couvrait jusqu'aux perrons et aux toits des maisons. Au lever du jour, le roi, que la foule appelait, ne paraissant pas, les Macédoniens envahirent la grande salle du Conseil. « Informés bientôt de l'endroit où était le roi, ils firent sauter les premières portes de la galerie, et, lorsqu'ils furent arrivés à la seconde, ils demandèrent le roi à grands cris. Agathocle, qui prévoyait son sort, demanda aux somatophylaques enfermés avec lui d'aller trouver les Macédoniens, de leur dire de sa part qu'il était prêt à quitter la tutelle du roi, le pouvoir, ses honneurs, ses richesses, tout

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ce qu'il possédait enfin, et de les prier de lui laisser la vie sauve avec le strict nécessaire, de manière que, rentré dans le peuple, il ne pût, même s'il le voulait, faire de mal à personne * ».

Après quelque hésitation, un somatophylaqucTAcarnanien Aristomène, se décida à jouer le rôle de parlementaire. Il faillit être massacré par les assaillants, qui lui intimèrent Tordre de revenir accompagné du roi ou de ne pas reparaître. « Les Macédoniens, après l'avoir congédié, foncèrent sur la deuxième porte et la renversèrent. Alors Agathocle, voyant l'exaspération des Macédoniens, en vint à tendre vers eux, à travers les barreaux, ses mains suppliantes. Agathoclia montrait ses mamelles qui, disait-elle, avaient allaité le roi; il n'est pas de prières auxquelles ils n'eussent recours pour obtenir seulement la vie. A la fin, voyant que leurs gémissements n'amélioraient pas leur situation, ils se décidèrent à envoyer l'enfant avec les somatophylaques. Les Macédoniens, s'emparant aussitôt du roi, le hissèrent sur un cheval et le conduisirent au Stade. A son aspect, des cris et des applaudissements éclatèrent de toutes parts ; on fit descendre l'enfant de cheval et on le fit asseoir sur le siège royal. Dans la foule régnaient à la fois la joie et la tristesse : la joie, parce qu'elle avait recouvré son roi; la tristesse, parce qu'elle n'avait pas les coupables entre les mains et ne leur avait pas infligé le châtiment qu'ils méritaient. Aussi criait-on sans cesse qu'il fallait amener et exposer aux regards du peuple les auteurs de tant de maux. Cependant, la journée s'avançait, et, le peuple n'ayant pas d'objet sur qui il pût passer sa colère, Sosibios fils de Sosibios, qui étaitalors somatophylaque, prit une résolution aussi utile au prince qu'au royaume. Voyant que rien ne pouvait apaiser Teffervescence

1. n est bon d'avertir que, dans tout ce passage (Polyb., XV, 31, 2-4), les "Verbes sont au pluriel, Agathocle étant remplacé par oî i:«pl tôv 'AYaOoxXéa. Évidemment, c'est lui, et lui seul, qui parle d'abandonner la tutelle (iicitpdzeia) du roi. On connaît cette manie caractéristique de l'écrivain.

de la foule et le petit enfant tout décontenancé par tout cet entourage inaccoutumé et le brouhaha de la multitude, il demanda au roi s'il consentait à livrer à la vindicte populaire ceux qui Tavaient desservi, lui et sa mère. Celui-ci ayant répondu par un signe affirmatif, Sosibios dit à quelques somatophylaques d'annoncer la volonté du roi ; puis, se levant, il conduisit Tenfant, pour réparer ses forces, dans sa maison à lui qui était tout près. Sitôt que Tordre du roi fut connu, ce ne fut partout qu'applaudissements et que cris. Agathocle et Agathoclia s'étaient, dans l'intervalle, séparés et retirés dans leurs logements respectifs : mais bientôt des soldats, les uns spontanément, les autres pressés par la foule, se mirent à leur recherche ».

« Un hasard malheureux donna le signal du carnage. Un des familiers et des flatteurs d'Agathocle, nommé Philon, parut sur le Stade en état d'ivresse : à la vue de la foule en émoi, il s'écria que, si Agathocle se tirait d'affaire, on aurait, comme dernièrement, à se repentir de cette équipée. A ces mots, les uns l'injurièrent, les autres le poussèrent violemment; et, comme il faisait mine de résister, on lui déchira aussitôt sa chlamyde et on le perça à coups de lance. Le peuple l'eut à peine vu traîner encore palpitant sur la place au milieu des invectives et pris un avant-goût du meurtre, qu'il attendit avec impatience l'arrivée des autres victimes. Bientôt parut en tôte Agathocle enchaîné. Dès son entrée, des individus se précipitèrent sur lui et le transpercèrent immédiatement. Ceux-là, au lieu de faire l'office d'ennemis, lui rendirent service ; grâce à eux, il n'eut pas la fin qu'il méritait. Après lui fut amené Nicon, — un amiral, parent d'Agathocle, — ensuite, Agathoclia nue, avec ses sœurs et toute sa famille. Enfin, des gens qui avaient arraché Œnanthé du Thesmophorion l'amenèrent toute nue sur un cheval. Tous ces malheureux furent abandonnés ensemble à la multitude. Les uns les mordaient, les autres les perçaient de dards, d'autres leur arrachaient les yeux : à mesure

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qu'une victime tombait, on Fécartelait. Toutes furent déchirées de cette manière, car la cruauté des Egyptiens en colère est terrible. Sur ces entrefaites, des femmes qui avaient été les intimes d'Arsinoé apprirent que Philammon était arrivé de Cyrène à Alexandrie depuis trois jours, Philammon, celui qui avait présidé au meurtre de la reine. Elles se ruèrent sur sa maison, Tenvahirent et le tuèrent à coups de pierres et de bâton ; elles étranglèrent son fils, qui sortait à peine de l'enfance ; enfin, elles traînèrent la femme de Philammon toute nue sur la place publique et regorgèrent. Telle fut la fin d'Agathocle, d'Agathoclia et de toute leur parenté » (202) *.

La fureur populaire avait balayé d'un seul coup, sans s'attarder à faire le triage des responsabilités, les immondices accumulées autour du trône sous le règne précédent * ; mais elle avait respecté la royauté. La fonction de régent et tuteur du jeune Ptolémée fut dévolue à Tlépolème, qui marchait alors sur Alexandrie et y dut arriver à temps pour recueillir l'héritage d'Agathocle.

Le nouveau régent était un homme à la fleur de l'âge, qui avait grand air, un renom de bravoure et une certaine réputation de tacticien. Les talents qu'il n'avait pas, on les lui prêtait et on voulait ignorer ses défauts. C'est plus tard seulement qu'on s'aperçut qu'il était vaniteux, insolent, ami du jeu et de la bonne chère; de plus, administrateur incapable et imprévoyant, qui prit de lui-même l'habitude de puiser à pleines mains dans le Trésor pour contenter ses

1. Polyb., XV, 31-33. Polybe s'indigne modérément, et pas contre la fouie. Réfléchissant sur cette punition, à laquelle tant d'autres avaient échappé, il trouve qu'Agathocle se l'est attirée 6ii t>,v îûCav dwavSpbv xal pqieu{j.tav (XV, 34, 6), c'est-à-dire qu'avec plus d'énergie, il aurait paré le coup.

2. Morle régis (se. Philopatoris), supplicia meretricum velut expiata regni infamia{iusi\n,, XXX, 2,8). L'expiation fut achevée par Tinstitution d'un culte spécial d'Arsinoé Philopator, culte dont la prêtresse (Upeia) est mentionnée dans la pierre de Rosette (ci-après, p. 371). E. Beurlier (p. 73) a été singulièrement distrait en le notant comme institué en l'an 23 de Philopator, qui n'a régné que 17 ans.

330 CUAP. IX. — PTOLÉHÉE V ÉPIPHANE

amis, ses flatteurs, les généraux, les comédiens. Tiépolème ne prit pas toute licence au début. Il confia la garde de Panneau royal et de la personne du roi au jeune Sosibios, qui s'acquitta de ces hautes fonctions avec beaucoup de prudence et de dignité. Mais, au bout de peu de temps, ^es rapports s'aigrirent entre le régent et les courtisans qui n'avaient pas voulu s'enrôler dans la bande de ses adulateurs. Tandis que Tlépolème passait son temps à jouer à la paume, à faire de l'escrime et à banqueter avec de joyeux compagnons, les mécontents affectaient des allures austères ; ils opposaient à la frivolité et aux gaspillages de Tlépolème l'attitude correcte et digne de Sosibios.

Sur ces entrefaites revint de Macédoine, où Agathocle l'avait envoyé en ambassade, le frère de Sosibios, Ptolémée, dont la sotte jactance provoqua un petit coup d'État de la part du régent. Ptolémée, on le vit bien par la suite, n'avait su obtenir de Philippe aucun engagement, aucune promesse ; mais il avait fréquenté les jeunes gens de la cour de Pella et pris les belles manières. Déjà très satisfait de luimême avant de partir, et tirant vanité de la situation qu'il devait à son père, « il lui semblait qu'il était devenu un homme depuis qu'il avait voyagé et frayé avec des Macédoniens authentiques, et que ceux d'Alexandrie étaient restés des esclaves et des imbéciles * ». Tlépolème ne supporta pas longtemps les airs arrogants du nouveau venu et les mauvais propos de la coterie adverse. Après avoir essayé du dédain, « apprenant que dans un conciliabule ses ennemis avaient osé, lui absent, lui reprocher ouvertement de mal gérer les affaires du royaume, alors, piqué du procédé, il convoqua le Conseil et déclara que, si ses adversaires le calomniaient sous main et entre eux, il avait, lui) l'intention de les accuser publiquement et en face. Après sa harangue, il reprit le sceau à Sosibios, et, le gardant à sa dispo-

1* Polyb.^ XV, 22, 4-5;

COALITION CONTRE l'ÉGYPTE 381

sition, il géra depuis lors toutes les affaires à sa guise * ».

Devenu dictateur, un peu malgré lui, Tlépolème eut bientôt vu le déclin et la fin de cette popularité dont il était si fier. On trouva sans doute que le vaillant général ne cherchait guère les occasions de déployer sa bravoure et prenait trop aisément son parti des mécomptes subis par la politique égyptienne. Les événements se précipitaient au dehors, des événements qu'il était facile de prévoir et qui prirent l'insouciant Tlépolème au dépourvu.

Le vaniteux ambassadeur qui revenait de Macédoine n'avait probablement rien su deviner de ce qui se tramait entre Philippe V et AntiochosIIL Agathocle s'attendait bien à être attaqué en Cœlé-Syrie par Antiochos ; mais il avait caressé l'espoir chimérique d'avoir le roi de Macédoine pour allié contre le roi de Syrie. Pendant ce temps, les deux monarques, aussi ambitieux l'un que l'autre, considéraient l'Egypte comme une proie qu'ils allaient se partager tout entière '. Polybe s'étonne que des rois, qui par un sentiment naturel de solidarité auraient dû respecter la royauté légitime, aient eu l'idée de dépouiller et détrôner un des leurs, et celaa sans vergogne, avec une avidité bestiale », à l'instar des poissons, chez qui, dans la môme espèce, les gros mangent les petits ^ Le grave historien n'exagère peut-être pas l'appétit des deux alliés ; mais, en fait, il leur eût été diflBcile de s'entendre pour partager l'Egypte ellemême. Ce qu'ils voulaient, au fond, et ce qui put faire l'objet d'un pacte réel, c'était s'adjuger les possessions des Lagides

1. Polyb., XV, 22, 8-11. La harangue est perdue, i'excerpteur l'ayant découpée et reportée dans une autre partie des morceaux choisis, ainsi qull en avertit en note.

2. Cf. ci-dessus, p. 336. Jean d'Antioche {FHG.f IV, p. 558) parle d'une coalition entre ô xe rn; Lupiaç potaiXeùç SiXeuxoç {sic) et Philippe, lesquels sont arrêtés dans leur entreprise par les RomaiDs, qui « apaisent un soulèvement national en Egypte et proclament Ptolémée Épiphane souverain du pays ». C'est un amas de bévues où surnage Tidée, fausse également (ci-après, p. 357^ 1)^ que Ptolémée Épiphane était le pupille des Romains.

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