LE SYNODE DE MEMPHIS
anciens usages, ainsi remis en vigueur, permettaient et même ordonnaient de renouveler de temps à autre Tinvestiture religieuse octroyée au Pharaon et la provision d'énergie divine qu'elle lui conférait. Le clergé avait intérêt à manifester solennellement sa reconnaissance pour le fait accompli, c'est-à-dire à en souligner Timportance ; et le gouvernement alexandrin, qui avait recherché son alliance, y trouvait aussi son compte. Donc, le 27 mars 196, les prêtres délégués par tout le clergé égyptien, assemblés en « panégyrie )> non plus, comme autrefois, à Canope, près de la résidence du maître, mais à Memphis, dans le temple de Phtah, après avoir renouvelé les rites du couronnement en la forme usitée pour ces sortes de commémorations ', rédigèrent le décret suivant :
1. Sur Tobjet de la réunion de ce s3mode, un débat s'est engagé qui dure encore, mais qui approche de sa solution. Letronne avait longtemps soutenu que le s3mode avait été convoqué pour procéder au couronnement du roi, lequel avait eu lieu la veille de la date du décret, le 17 Méchir. Il ne doutait pas (et n'a jamais douté) que la leçon à restituer à la iig. 46 du décret fût T^v Tou Mt^tlp iicTaxai8sxiTT;Vf déclarant « insoutenable v l'opinion qui faisait valoir la date du 17 Paophi, donnée par les textes égyptiens. Mais, plus tard (Recueil, II [1848], p. 535-547), il se ravisa. 11 s'aperçut « que Tan IX d'Épiphane n'était pas celui de son intronisation ». 11 était sur la bonne voie, mais il en sortait aussitôt en se jetant dans un autre excès. 11 affirmait qu' « il n'y a pas un seul mot dans riuscription qui soit relatif au couronnement » — ni actuel, ce qui est vrai ; ni passé, ce qui est faux, — et que la panégyrie de Tan IX « était un simple anniversaire de l'avènement » d'Épiphane. C'est que Letronne a persisté à admettre deux postulats dont l'un — sa date du 17 Méchir — est certainement erroné, et l'autre — l'idée que la 'RapiXYi({;ic Tf,c paatXtiaç icapà ToC icaTp6; date de la mort du père — a chance de l'être. Letronne ne songe qu'à l'héritage, à la succession après décès, rejetant la thèse de l'association, proposée par Saint-Martin et Lenormant. Il veut enfin que la fête soit anniversaire, — au sens exact du mot, — et que, par conséquent, la date de l'avènement d'Épiphane ou de la mort de Philopator soit le 17 Méchir, celle du 17 Paophi étant « évidemment impossible v. C'est pour lui « une question de bon sens ». Enfin, combinant sa théorie de l'anniversaire avec l'état de minorité du roi (qualifié yioç dans le décret) et considérant qu'Épiphane a dû être déclaré majeur pour être couronné, il arrive à une conclusion bien inattendue, à savoir que la déclaration de majorité et le couronnement (les dvaxXtitifipia) n'ont eu lieu que Fannée suivante (195), toujours au 17 Méchir. Mais la paléographie a eu raison du « bon sens » de Letronne et renversé son échafaudage de conjectures. Les textes hiéroglyphique et démotique portent bien, à l'endroit indiqué, le 17 Paophi, et la découverte (en 1884) de la stèle de Damanhour (publiée avec traduction par U. Bouriant, La stèle 5576 du Mwée Tomel. M
1 « Sous le règne du Jeune et successeur immédiat de son père * ; maître des couronnes; couvert de gloire ; ayant établi
2 Tordre en Egypte ; pieux | envers les dieux ; supérieur à ses adversaires; ayant amélioré la vie des hommes ' ; maître des triacontaétérides^ comme Hépheestos, le Grand ' ; roi comme
de Boulaq et V inscription de Rosette^ dans le Recueil de travaux relatifs à la philol. et arch. égypt. etc., VI [1885], p. 1-20), qui est une reproduction abrégée du décret de l'an IX. ordonnée en Tan XXiV (183/2 a. Chr.) par un autre synode de Memphis, a ruiné définitivement le système de Letronne ; d'abord en reproduisant la date du 17 Paophi dans le corps du décret, ensuite en datant le nouveau synode du 24 Gorpiaio8 = 24 Pharmouthi (juin). 11 résulte de là que ni en 196, ni en 182, les « panégyries » célébrées à Memphis n'étaient des anniversaires du couronnement, qui, pour Letronne, devcdt être lui-même anniversaire de l'avènement. Ces dates ne coïncident pas avec les anniversaires qu'inscrivent au calendrier les prêtres eux-mêmes, ceux de la nativité (30 Mesori) et de la iMtpiXtul'tç Tf.ç paatXebç ou intronisation (17 Paophi). Enfin, le grand argument de Letronne, la difficulté de trouver d'autres motifs à la panégyrie de l'an IX, est écarté par les nouvelles recherches portant sur les coutumes pharaoniques. On sait aujourd'hui (voy. Al. Moret, op, cit.^ p. 238-2S1) que les rites du couronnement étaient renouvelés à intervalles irréguliers, qui peuvent varier de 2 à 30 ou 31 ans, de préférence lors de la dédicace d'un nouveau temple, et donnaient lieu à des fêtes solennelles dites «r du bandeau royal u {sed)^ célébrées «c devant les délégués de toutes les villes d'Egypte » {op. cit.^ p. 255). Ces fêtes commemoratives non pas de l'avènement, mais du couronnement, n'étaient pas plus anniversaires qu'elles n'étaient régulières. C'est ainsi que celle de 196 fut célébrée en Méchir, après un intervalle très court, et celle de 182 dans une autre saison, après un intervalle de quatorze ans. D'après ces renseignements — conséquence désastreuse pour les historiens — on ne peut plus considérer les quantièmes assignés par les décrets sacerdotaux à la itapiXr.iJ^iç tf.ç pataiXei'aç (le 25 Dios dans le décret de Canope, le 17 Paophi dans celui de Memphis) comme datant la mort du roi prédécesseur et l'avènement réel du successeur. Les prêtres ne veulent connaître que la transmission du pouvoir icapà toO icaTpdç, c'est-à-dire, conformément à l'usage antique, Tassociation au trône. Dans la fabuleuse allégorie de Synésius (Aegypt., 1, 5-8), l'auteur se représente une élection de roi à Thèbes, en présence du roi actuel (Rà), qui initie son successeur (Osiris) aux fonctions de la royauté.
1. Traduction impropre, dans l'hypothèse discutée plus haut, de icapaXa- WvTo; xfjv paçiXïCav icopà toO icatpdç. Letronne, réfutant Saint-Martin, afiBrme comme chose certaine que < d'après tous les exemples, icapotXaCsTv T>iv ipxV irapoé Ttvoç n'a pas au fond d'autre sens que 6ia6i)^e96ai ou èxBéyeQban t^^v (îpxV T^^?^ "civoç ». De même, aux lignes 8 et 47.
2. Cf. les observations relatives à l'idée analogue exprimée dans le décret de Canope (ci-dessus, p. 269, 1).
3. L'expression énigmatique xûptoç TptaxovTasrripfSwv a suggéré des conjectures diverses. On a vu là une période astronomique (de Sacy» Letronne, Lepsius) ; un jubilé après trente ans de règne (Brugsch, Sethe) ; une façon de désigner approximativement la durée d'une génération (Lauth, Naville). D'après