CONCESSIONS AU CLERGÉ
nouvelle à Tintérieur. L'étreinte du gouvernement macédonien se relâche et tient plus de compte des susceptibilités d'un patriotisme si longtemps exploité par les rebelles. Il va sans dire qu'un roi si pieux, qui avait tant dépensé pour les temples et ménagé la bourse des prêtres, ne pouvait être que victorieux de tous ses ennemis. Le document officiel sauve la face : en deux lignes, dont la brièveté trahit pourtant quelque embarras, il donne un tour avantageux à un fait réel, à savoir que TÉgypte — TÉgypte proprement dite — n'avait pas été envahie.
Le gouvernement du roi.
Pendant ce temps, l'Egypte perdait l'une après l'autre ses possessions riveraines de la mer Egée. Philippe de Macédoine, battu à Cynoscéphales (197) par T. Quinctius Flamininus, le « libérateur » de la Grèce, était réduit à l'impuissance; mais Antiochos III promenait sa flotte le long des côtes de l' Asie- Mineure, recevant la soumission des villes deCilicie, Mallos, Zéphyrion, Soles, Aphrodisias, Corycos, Sélinonte; puis des villes lyciennes, Limyra, Patara, Xanthos \ Évitant la Carie, sur laquelle veillaient de trop près les Rhodiens *, il était ainsi arrivé à Éphèse, et il avait fait son quartier général de cette ville qui, depuis le temps d'Évergète, avait été, avec Samos, la station principale des troupes et des flottes de rÉgypte (197). Il y avait passé l'hiver ^ De là, il était allé
1. Hieronym., loc, cit, (supra, p. 362, 3). C'est ici, et avec raison, ce semble, que G. Radet place rinscription de Ptoléinée, fils de Thraséas (ci-dessus, p. 308, 1).
2. Les Rhodiens, une fois informés de la défaite de Philippe, curam non omiserunt tuendae libertalis civitalum sociaintm Ptolomaei causaque liberlatis fuerunt Cauniis^ Myndiis^ Halicarnassensibus Samiisque {Liv.^ XXXIII, 20).
3. Liv., XXXIII, 38. C'est là sans doute qu'il faut placer (si la leçon 'Avxidxou Tou xpixou est assurée) le trait de continence cité par Plutarque (Apophih, Reg.) : Antiochos quittant Éphése pour fuir les charmes de la prêtresse d'Artémis.
prendre possession de la côte de Thrace, qui avait été longtemps, elle aussi, soumise au protectorat égyptien (196). Mais il avait compté sans les Romains, qui faisaient maintenant la loi en Orient et y appliquaient la règle de leur politique traditionnelle, consistant, selon leur poète national, à « épargner les humbles et abattre les superbes * ».
Déjà, à Coracésion, sur la côte de Pamphylie, une députation rhodienne l'avait averti, sur un ton « à échauffer la bile d'un roi », que passer outre, c'était se brouiller avec les Rhodiens et les Romains. Antiochos avait répondu, avec une modération étudiée, qu'il espérait, au contraire, gagner l'amitié des Rhodiens et conserver celle des Romains. Du côté des Romains, il avait cru prendre ses précautions en envoyant à Rome, probablement de son quartier général d'Éphèse, une ambassade qui avait été poliment accueillie par le Sénat, « comme l'exigeait la circonstance, l'issue de la guerre contre Philippe étant encore incertaine * ». Mais, après Cynoscéphales, les Romains n'avaient plus besoin de dissimuler. Ils entendaient maintenant protéger les faibles, l'Egypte surtout, et faire de son roi, qu'il le voulût ou non ', leur pupille. A Lysimachia, le roi de Syrie fut rejoint par une ambassade romaine, « envoyée par le Sénat pour mettre fin aux différends entre les rois Antiochos et Ptolémée », ambassade composée de L. Cornélius (Lentulus?), P. Cornélius Lentulus Caudinus, P. Villius et L. Terentius *.
1. Parcere subjectis et debellare superbos (Virg., Aen.^ VI, 853).