Liv., XXXIU
3. Appien {Syr,, 3) dit que Tambassadc romaine avait été provoquée par une plainte portée à Rome par Ptolémée Philopalor, accusant Antiochos de ]ui avoir enlevé la Syrie et la Cilicie. Il est seul à parler de cette démarche, et la méprise qu'il commet sur le nom du Ptolémée (cf. ci-dessus, p. 352, 4, et ci-après, p. 382, 2) diminue encore la valeur de son témoignage. Tout indique, non pas que Antiochos et Ptolémée fussent déjà d'accord (ci-après, p. 380, 1), mais que ni l'un ni Tautre ne voulaient de l'intervention romaine. Le gouvernement égyptien n'acceptait pas la tutelle que les Romains prétendaient lui imposer.
4. Le récit de l'entrevue dans Polyb., XVITT, 33-35 (50-52 Dindorf). Liv., XXXIII, 39-40. Appian., Syr., 3. Cf. Diod., XXVIII, 15 Dindorf. Le chef de
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ANTIOCHOS ET l'iNTERVENTION ROMAINE 379
Les négociateurs romains avaient un système fort simple pour accommoder le différend. Ils invitèrent Antiochos à restituer tout ce qu'il avait pris, soit à Ptolémée, soit à Philippe : à Ptolémée, parce que le jeune roi était le pupille de la République ; à Philippe, parce qu'il serait ridicule que le roi de Syrie exploitât à son profit la victoire des Romains. A quoi le roi répondait qu'il ne faisait que reprendre l'héritage de son ancêtre Séleucos Nicator, lequel avait loyalement conquis sur Lysimaque et possédé toutes ces régions, y compris la Chersonèse de Thrace, où Ton se trouvait présentement. Il comptait faire de Lysimachia la résidence de son fils Séleucos. Les pourparlers tournèrent bien vite à l'aigre. Les Romains demandaient à Antiochos pourquoi il leur avait soigneusement caché sa tournée d'Asie-Mineure, et ce qu'il venait faire en Europe avec toutes ses forces de terre et de mer. La présence de délégués des villes d'Asie- Mineure, qui venaient d'assister à la proclamation de la liberté des Hellènes aux jeux Isthmiques, contribua à envenimer la discussion. Antiochos répondit à leurs doléances qu'il prenait pour arbitres entre eux et lui non pas les Romains, mais les Rhodiens. Les Romains, au nom de leur philhellénisrae, lui défendirent de toucher aux villes libres, qui toutes, ou à peu près toutes, avaient invoqué la protection romaine *. Le roi exaspéré répliqua qu'il ne s'était pas mêlé de leurs affaires en Italie, et qu'ils devraient bien, de leur côté, ne pas s'immiscer dans les affaires de l'Asie. Il donnerait la liberté aux villes qui y avaient droit, mais w de sa propre grâce et non sur injonction des Romains ». Il lui échappa, au cours de la discussion, un aveu imprudent. Il déclara aux Romains qu'ils n'avaient pas à prendre souci de
l^ambassade, L. Coraelius (rvatoi; dans Appien), doit être L. Cornélius Lentulus, COS. 499 (Pauly-W., R.-E., IV, p. 1368).
\. C'est aussitôt après, en 195, que les Smymiotes, représentés à la conférence de Lysimachia (Polyb., XVIH, 35 [52], 3), élèvent, les premiers de tous les Grecs, un temple à la Déesse Rome (Tac, Ann.^ IV, 56).
Ptolémée, avec lequel il s'arrangerait à merveille, attendu que Ptolémée était son ami et qu'il songeait à fortifier cette amitié par une alliance de famille. L'argument était excellent; mais les Romains apprirent ainsi que les deux grandes puissances de TOrient s'entendaient sous main entre elles, c'est-à-dire contre eux '. Ils n'oublièrent pas qu'ils avaient été joués, et, à partir de ce moment, on les voit surveiller de plus près les affaires d'Egypte, en même temps que les faits et gestes d'Antiochos.
Ces conférences orageuses furent interrompues par un faux bruit dont nous ne pouvons plus expliquer l'origine. On disait que le jeune roi d'Egypte, celui qu'on venait de proclamer majeur et de couronner, était mort. Avec lui disparaissait la dynastie des Lagides. Cette rumeur, parvenant à Lysimachia, mit les diplomates, qui y ajoutaient foi tout en évitant d'en parler, dans un embarras comique. « En eifet, chacune des deux parties dissimulait à l'autre qu'elle avait appris la nouvelle. L. Cornélius, qui était chaîné d'une mission auprès des deux rois Antiochus et Ptolémée, demandait un petit délai pour aller trouver Ptolémée, afin d'arriver en Egypte avant qu'on ne touchât à quoi que ce soit dans le royaume à pourvoir d'un nouveau possesseur; et Antiochus pensait que l'Egypte lui appartiendrait, s'il l'avait déjà occupée à ce moment là * ». Le Syrien et le Romain étaient aussi
1. L'événement prouva qu'Antiochos disait la vérité. Mais conclure de là que tout ce qui se passa par la suite était convenu et ratifié par traité secret dès 198, aussitôt après la bataille de Panion, traité qui aurait abandonné à Antiochos toutes les possessions extérieures de TÉgypte contre promesse de mariage entre sa fille Cléopâtre et Ptolémée, c'est faire beaucoup de crédit à saint Jérôme (ci-après, p. 384, 1), dont l'affirmation peut être, après tout, une conjecture personnelle. C'est cependant l'opinion comnmne, et Holm (Gr. Gesch., IV, p. 412) en conclut, à son tour, que les ministres égyptiens s'étaient laissés corrompre par « Tor syrien ». Je crois qu'Antiochos comptait bien s'arranger avec l'Egypte, mais qu'il anticipait en disant que Ptolémée était déjà son ami et son gendre en expectative. La tentation qu'il eut de prendre Cypre, môme après avoir été détroujpé (Appian., Syr., 4), s'accorde mal avec l'hypothèse d'un traité déjà conclu.
2. Liv., XXXIU, 41. Cf. Appian., Syr., 4 (qui parle toujours de Oxo^fiiaro; 6
PRÉPARATIFS D^ANTIOGHOS 381
pressés l'un que Faufre de courir à Alexandrie. Antiochos, laissant son second fils Séleucos avec les troupes de terre pour garder la Thrace, reprit aussitôt la mer avec sa flotte, bien résolu à ne pas laisser les Romains disposer à leur gré de l'héritage des Ptolémées. Arrivé à Patara enLycie, il apprit qu'il avait été dupe d'une fausse nouvelle. Il n'abandonna pas cependant d'un seul coup tous ses projets et voulut se saisir de Cypre. Mais l'imprévu se mit encore en travers de ses desseins. Ses équipages se révoltèrent sur la côte de Pamphylie; un peu plus loin, à l'embouchure du Saros, une tempête acheva de désorganiser sa flotte, et il rentra à Antioche avec ce qu'il avait pu sauver du naufrage, humilié et déconfit*.
L'année suivante (195), rassuré par l'entente qu'il avait sans doute réalisée avec l'Egypte durant l'hiver, il pansa les blessures faites à son orgueil en montrant qu'il n'était pas homme à reculer devant un geste impérieux des Romains. A la tête d'une armée et d'une flotte plus considérables encore que l'année précédente, il se dirigea de nouveau vers l'Hellespont. A Éphèse, il fut rejoint par Hannibal, quî, venant de Tyr, l'avait manqué de quelques jours à Antioche. Il fit fête à son hôte, l'homme que poursuivait en tous lieux et qui portait avec lui la haine de Rome *. De là, « ayant abordé en Ghersonèse, il fit et défit beaucoup de choses en Thrace. Il affranchit ceux des Hellènes qui étaient sujets des Thraces, et fit beaucoup de gracieusetés aux Byzantins, à cause de la situation de leur ville à l'entrée du détroit. Il détermina, par présents et par intimidation, les Galates à s'allier avec lui, dans l'idée qu'ils feraient de bons soldats, vu la grandeur
^CkoTcdxiùp: cf. ci-dessus, pp. 352, 4. 378, 3j. — vana spes, ex vaniore rumore orta, Aegypti invadendae (Liv., XXXIII, 44).