Tome I. S
cession territoriale le partage des revenus. Un examen plus attentif du texte de Josèphe a même rendu très problématique le postulat sur lequel reposent les solutions précitées, à savoir, le partage des tributs entre les rois de Syrie et d'Egypte. On s'est aperçu que Josèphe suppose les provinces dotales cédées complètement à l'Egypte, laquelle y a ses fonctionnaires et ses soldats; que, dans son récit, d'ailleurs saturé d'invraisemblances chronologiques et autres, il n'est aucunement question d'une co-propriété des deux rois, tandis que le héros de l'histoire, le fermier général Joseph, traite avec Ptolémée et Cléopâtre, intéressés, chacun pour sa part (Orcèp Ixatipou [xlpou;), dans l'adjudication de la ferme des impôts ; d'où il résulte apparemment que les revenus de la Syrie, dans la pensée de l'auteur, étaient partagés non pas entre les rois de Syrie et d'Egypte, mais entre les rois, autrement dit, le couple royal, d'Egypte. La longue digression de Josèphe n'est plus que la reproduction d'un de ces panégyriques de la race dont les faussaires juifs ont infesté l'histoire de l'époque hellénistique, encouragés par leur ignorance et comptant sur celle de leurs lecteurs ^
Ce hors-d'œuvre écarté, il nous reste les textes de Polybe et d'Appien, qui parlent de la Cœlé-Syrie donnée ou réclamée comme dot de Cléopâtre ^ et le fait indubitable qu'elle
1. Voy. M. Holleaux, iStir un passage de Flavius Josèphe (Rev. des Études Juives, XXXIX [1899], p. 161-176). H est inutile de recenser les tortures et perplexités infligées aux érudits par ce texte malencontreux. L'histoire du Tobiade Joseph est placée vers la fin du règne de Ptolémée V et de Cléopâtre (ou même sous Philométor), au temps où régnait en Syrie Séleucos IV Philopator (186-175). Quelque interpolateur, s'avisant que la Syrie n'appartenait plus alors à l'Egypte^ a reporté la date plus haut et appelé le roi paatXca nxoXc(iatov EôfpyiTTiv, 5ç ^v icat^jp toO <l>iXoicaxopo;. Mais il tombait de Charybde en Scylla ; car la reine s'appelait Bérénice sous Évergète, Arsinoé sous Philopator. On peut lui chercher des excuses dans Tite-Live, qui appelle Arsinoé Philopator Cléopâtre, ou dans Justin, pour qui la même Arsinoé devient Eurydice (ci-dessus, pp. 320, 2. 332, 3); mais il est évident que cette histoire, utilisable seulement pour Tétude de Tadministration financière, flotte en dehors de toute chronologie. En tout cas, Vidée d'un partage de revenus entre le roi et la reine n'a pu venir qu'à un écrivain postérieur au règne de Philométor et de Cléopâtre II, au temps où la reine est l'égale du roi.