MARIAGE DE PTOLÉMÉE ET GLÉOPATRE
n'a pas été réellement cédée à TÉgypte *. Il est vraisemblable, si Ton tient à avoir une hypothèse de plus, que la cession de la Syrie était liée, dans le plan d'Antiochos, à des conditions qui ne se sont pas réalisées et qu'elle fut remplacée, provisoirement, par le versement annuel d'une allocation pécuniaire. Antiochos comptait, avec l'appui de TÉgypte, récupérer en Asie-Mineure, aux dépens des protégés de Rome, plus que l'équivalent de la dot promise ; mais cet appui lui fit défaut au moment critique, qui approchait à grands pas. En attendant, le mariage de Ptolémée Épiphane avec Cléopâtre fut célébré durant l'hiver de 193/2 à Raphia, un lieu qu'on dirait choisi par Antiochos pour effacer par le triomphe de sa diplomatie le souvenir de l'échec subi par ses armes un quart de siècle auparavant '.
Si Antiochos avait cru enchaîner l'Egypte à sa politique et l'entraîner dans une guerre contre les Romains, il s'était trompé. La cour d'Alexandrie ne voulait que des alliances pacifiques, et elle entendait ne tirer de l'accord récemment conclu que des avantages. Au surplus, elle ne voyait pas d'intérêt à soutenir les Séleucides, qui avaient toujours été des rivaux, contre les Romains, avec qui elle était en rapports courtois depuis près d'un siècle. La solidarité des dynasties hellénistiques en face de l'envahissante République était un fait encore latent, dont les gouvernants alexandrins n'avaient cure. A défaut de ces vues à longue portée, ils auraient pu au moins montrer un peu plus de dignité à l'égard des Romains et de loyauté envers leur allié, au cours de la crise qui réduisit à une impuissance désormais chronique la monarchie des Séleucides. Ptolémée Epiphane laissa Antiochos courir à sa perte; durant la guerre (192-190), il ne sortit de son attitude passive que pour offrir des subsides aux Romains et les engager à ne pas lâcher prise.
\, s. Jérôme (In Dan., xi, 21) dit qu' Antiochos Syriam fraude occupaverat, parce qu'il suppose qu 'Antiochos avait promis de la céder. 2. Liv.,XXXV, 13.
388 CHAP. IX. — PTOLÉMÉE V ÉPIPHâNE
Ce que Polybe et Diodore nous disent du caractère d'Aristomëne, qui <y une fois maître du pouvoir, dirigeait le roi et ie royaume en perfection et avec beaucoup de dignité * », nous autorise à penser qu'Aristomène n'était plus la pour rappeler le roi à la pudeur, et même à considérer sa chute comme le premier effet de la politique nouvelle. Aristomène, qui avait pris Tinitiative du couronnement et négocié le mariage du roi, conseillait sans doute à Ptolémée de ne pas se désintéresser des affaires de son beau-père et de montrer un peu plus d'indépendance à Tégard des Romains. « Dans les commencements », dit Diodore, « PtoléméB aimait comme un père Aristomène, son tuteur, qui administrait sagement le royaume, et il ne faisait rien sans le consulter. Plus tard, corrompu par des adulateurs, il prit en aversion Aristomène, qui lui parlait avec trop de franchise, et finalement il le força à terminer ses jours en buvant la ciguë * ». Plutarque connaît Tincident qui acheva d'exaspérer le roi. « Un jour, Aristomène, le directeur de Ptolémée, voyant le roi s'assoupir en présence d'une ambassade, le toucha pour le réveiller. Il donna prise par là aux flatteurs, qui prirent des airs indignés et dirent au roi : « Si, à la suite de tant de fatigues et de veilles, vous vous laissiez aller, nous devons vous avertir en particulier, mais non pas porter les mains sur vous devant une si grande assistance ». Le roi envoya une coupe de poison au ministre, avec ordre de la boire ' ». Aristomène eut pour successeur Polycrate d'Argos, fils de
1. Polyb., XV, 31, 7. Diod., XXVIU, 14 (icivra xaXaK ««{«^^«(Jtx). Polybe s'étonne qu'un tel homme ait pu être autrefois Tadulateur d'Agathocle. Il est bon de remarquer que ce vil flatteur eut seul le courage de parlementer pour sauver Agathocle (ci-dessus, p . 347) et que son crédit ne fit qu'augmenter après la mort de son protecteur.
2. Diod., loc. cil. Sur un fragment d'Agatharchtde (Qeogr, Gr. mtn., I, p. 111 sqq. C. Mûller), où il est question d'un Ptolémée (Épiphane?) qu*un conseiller (Aristomène 7) exhorte à entreprendre une expédition en Ethiopie, sans doute pour mettre fin aux troubles de la Haute-Egypte, cf. Rrall, Studierif 11, 45. Mahaffy, Empire, p. 311, i.