LA POLITIQUE ÉGYPTIENNE
force, si les Romains ne s'y opposaient pas, la Cœlé-Syrie, qui lui appartenait en droit. En attendant un prétexte valable, la cour d'Alexandrie commençait à regarder de temps à autre au-delà des frontières du royaume. On a vu plus haut la tentative faite pour renouer des relations avec les Âchéens. Une inscription, dans laquelle la commune des Lyciens vante le dévouement d'un certain Ptolémée, grandveneur du roi, « à l'égard de Ptolémée Épiphane, de sa sœur épouse Cléopàtre et de leurs enfants, et de la commune des Lyciens * », permet de conjecturer que l'Egypte soutint les Lyciens dans leur lutte contre les Rhodiens et Âttale (186- 177). Il s'agissait pour eux de déchirer l'article du traité d'Apamée qui les avait faits, comme les Gariens, vassaux des Rhodiens. Les Lyciens regrettaient le temps où le protectorat égyptien, qui avait laissé se constituer leur fédération ', pesait si peu sur leur liberté. Leur prêter appui, c'était aller contre la volonté du Sénat : du moins, on devait le présumer, et Ptolémée borna sans doute son assistance à des subsides discrètement acheminés '. On s'aperçut plus tard que l'audace n'était pas si grande, et que le Sénat n'était pas fâché d'affaiblir la république rhodienne en reconnaissant l'autonomie des Lyciens et des Gariens ; mais Ptolémée crut sans doute faire acte d'indépendance et s'essayer à agir sans prendre le mot d'ordre à Rome. G'est vers ce moment aussi qu'il revint à son projet d'alliance avec la Ligue achéenne, alliance qui rouvrirait la Grèce à l'influence égyptienne, comme au temps où Aratos, le fondateur de la Ligue, était l'ami et le client des Ptolémées. Il y avait, dans le sein de
1. CIGr,, 4677 = Strack, 77. Ce Ptolémée était un haut fonctionnaire égyptien, Twv ^puTwv cpC^div xal àpx^^^^fTfo^' Son fils, en Thonneur duquel est faite la dédicace, est lui-même dpxi9u>(i,aTocpi3Xoi( xal àp^i-^^^VC^^' ^^^ services rendus par le père, discrètement indiqués par Taddition xal tl< xt xoiv6v twv Auxi'uv, datent de la fin du règne, car le couple royal a plusieurs enfants (xà téxva). H. van Gelder (Rhodier, p. 143, 2) veut que ce Ptolémée soit celui de Telmesse (ci-dessus, p. 393, 1], et ne voit là aucun rapport avec la guerre.
2. Cf. G. Fougères, De Lyciorum communi [Paris, 1898], p. 15.