‹ Histoire des LagidesChapitre 255 sur 258 · MORT DE PTOLÉMÉE · texte numérisé non relu

MORT DE PTOLÉMÉE

La mort soudaine de ce roi de vingt-neuf ans ne parut pas » naturelle à tout le monde. Polybe, autant du moins qu'on en peut juger par ses fragments, s'abstient sur ce point de tout commentaire ' ; mais des écrivains postérieurs parlent de poison, qui aurait été administré au roi par ses généraux, au moment où il se préparait à attaquer son beau-frère Seleucos IV, roi de Syrie. Ces bons « amis », sur lesquels comptait le roi, auraient compris que le monarque se proposait de faire appel à leur bourse, et, menacés d'être dépouillés du fruit de leurs rapines au profit de la caisse militaire, ils se seraient ainsi dispensés de contribuer malgré eux aux frais de la guerre projetée *.

Il n'y a pas apparence qu'il ait été beaucoup regretté. Il était, malgré son gracieux surnom d'Euchariste, d'humeur peu accommodante, et la persistance des révoltes à Tinté- % rieur montre assez qu'il ne fut jamais populaire. Il bâtit et répara des temples ^ comme ses prédécesseurs, et le décret de Memphis témoigne de la satisfaction des prêtres en termes où il semble qu'un peu de sincérité, garantie par l'allégement des taxes, se mêle à l'adulation officielle. Mais c'étaient là des dons de joyeux avènement. Bientôt, n'ayant plus, pour subvenir aux « grandes dépenses » dont on le loue, les revenus des possessions extérieures, le déficit dut

assurée par Téclipse de lune du !•' mai 174, survenue Tan VU de Philométor (Almageste^ VI, 5).

1. Il semble que Tauteur des Exe, de légat, (p. ili) n'aurait pas omis un mot caractérisant le genre de mort du roi .

2. On en disait à peu près autant de Séleucos IV, assassiné en 175. Poi^^o Porphyrius non vult hune (le roi méprisable de Daniel) esse Seleueum^ aed Ptolemaeum Epiphanem, qui Seleueo ait molitus insidiaa^ et adveraum eum exereilum praepararil^ et idcireo veneno ait interfeetua a ducibua auia, Quod eum unua ab illo quaereret, laniaa rea moliena ubi haberet pecuniam, reapondit aibi amieoa eaae divitiaa. Quod eum divulgatum eaaet in populia, timuerunt ducea ne auferret eorum aubatantiam, et idcireo eum malefida artibua oeeiderunt (Hieron., In Dan., xi, 20). Il ne faut pas oublier que les historiens à court d'explications abusent du poison, et que ces sortes d'allégations sont généralement invérifiables .

3. Voy. ci-dessus, p. 374. Le temple d'Ombos, à Aroéris-ApoUon, fut commencé sous Ëpiphanc (Letronne, Reeueil^ I, p. 46).

Tobliger à revenir sur les concessions octroyées *. C'est, on Ta vuy à des embarras financiers que la tradition attribue les projets d'emprunt forcé qui furent la cause de sa mort'. Tout cela suppose des prodigalités intempestives^ du désordre, une mauvaise gestion financière dont cette mesure violente eût été le digne couronnement. Diodore Faccuse de s'être conduit en tyran plutôt qu'en roi : en Egypte, pays accoutumé au despotisme, la tyrannie signifie le plus souvent habitude des extorsions fiscales.

La violence parait d'ailleurs avoir été un des traits de son caractère. II y avait, dans ce fils d'un père usé par la débauche, un fonds d'énergie physique qui, faute de mieux, se dépensait en chevauchées, à la chasse, à la salle d'armes. C'étaient là les fatigues qui, au jugement des courtisans, l'excusaient de dormir aux audiences officielles. Il aimait à entendre vanter ses exploits cynégétiques, et c'était le thème ordinaire des éloges que lui décernaient ses flatteurs. Polybe raconte que Philopœmen ayant reçu à sa table un ambassadeur de Ptolémée, « celui-ci fit un long et magnifique panégyrique de Ptolémée, où il cita quelques preuves de son habileté et de son audace à la chasse, de son savoir et de son expérience dans l'équitation et l'escrime. Enfin, pour établir sur un fait l'autorité de ses paroles, il raconta que le roi avait, étant à cheval, tué un taureau d'un coup de javelot ' ».

1. L*dico{jioipa reparaît dans un papyrus daté de Tan XVIII du règne, 188 a. Chr. {Petr. Papyr,, II, 46), d*où Mahaffy {Empire, p, 311] conclut que « the great revenue of the temples had been again absorbed by the crown » .

2. La conjecture « originale » de Healy-Mahaffy {Empire, p. 214, 2 : History, p. 161], à savoir qu'Épiphane eut Tidée de battre monnaie avec des titres honorifiques (^(Xoç-vuYTcvfi^, etc.)» créés tout exprès, est bien aventurée. En tout cas, Épiphane n'aurait pu que les multiplier, non les inventer. On rencontre des o^oi « nommés » par Philippe, père d'Alexandre (Diod. , XVI, 54) : Alexandre classe son médecin sic toù; sùvouvTiTouç twv oCXciiv (XVII, 31) : Sostrate se qualifie 9(^0; tûv ^a^iX^uv dans Tinscription du Phare (Strab., XVII, p. 791). Philopator, en 217, retourne à Alexandrie }uxk tT^c iStX^ç xai tûv çiXcov (Polyb., V, 87, 6), etc. Cf. M. Strack, Griech. Tiiel im PtoUmOerreich (Rh. Mus., LV [1900], p. 161-190).

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