‹ Histoire des LagidesChapitre 40 sur 258 · IMMIGRATION JUIVE A ALEXANDRIE · texte numérisé non relu

IMMIGRATION JUIVE A ALEXANDRIE

et notamment de déportation en masse d'Israélites, qui allèrent rejoindre en Egypte les huit mille prisonniers de guerre restés aux mains du vainqueur après la bataille de Gaza. Une version quelque peu différente considère la déportation des Juifs comme un exode volontaire de colons dirigés sur l'Egypte et conduits par le grand-prêtre Ézéchias. Il est probable que Ptolémée, en un moment où il n était pas autrement sûr de garder sa conquête, voulut en tirer un avantage immédiat. Il transporta un grand nombre de Juifs dans la nouvelle capitale qu'il se construisait à Alexandrie. Il utilisait ainsi des forces vives qui, dangereuses à Jérusalem, fourniraient un appoint considérable à la population d'une ville destinée à devenir un emporium cosmopolite. Étant donné le caractère des Juifs, réfractaires à toute fusion avec les autres races, ils y joueraient le rôle d'élément pondérateur, incapable de coalition avec les autres composants et les tenant par son antagonisme à la discrétion du maître. Du même coup, il soulageait la Syrie d'une pléthore et d'une poussée qui exaspérait les Cananéens de la côte, habitués de longue date à détester le Juif, ou, si l'on veut, à lui rendre haine pour haine. Enfin, la solidarité qui unissait les membres dispersés de cette singulière race mettrait Alexandrie en relations avec toutes les juiveries éparses sur le continent asiatique, jusque sur les bords de l'Euphrate et du Tigre. Pour accomplir son dessein, il n'eut sans doute pas besoin, une fois maître de Jérusalem, d'employer la violence. Les Juifs avaient pris depuis longtemps l'habitude de se répandre parmi les <c Gentils », et l'appât de l'Egypte à exploiter dut suffire pour les attirer à Alexandrie. Ils y formèrent comme une colonie à part, ayant son

trouvait son compte à transporter chez lui une bonne part de ce peuple Inassimilable, qui, nuisible en Syrie, serait utile en Egypte. E. Renan {Hist. du peuple d'Israël^ IV [1893], p. 209) pense que Ptolémée assaillit Jérusalem dans le but « de se procurer des prisonniers pour peupler Alexandrie •», et cela, en 319. Tradition de Texode avec Ézéchias après la bataille de Gaza, dans le Pseudo-Hécatée cité par Josèphe (C, Apion,, I, 22 « FHG,, II, p. 393).

52 CHAP. II. — PTOLÉMÉE SATRAPE d'ÉGYPTE

sanhédrin et son cthnarquc spécial, chargé d'appliquer, aussi bien au droit qu'à la morale, les préceptes de Moïse. Un certain nombre d'entre eux furent répartis dans des places fortes, où ils seraient, comme à Alexandrie et par la force des choses, les fidèles du gouverneur, protégés par lui contre Tanimosité des autres groupes ethniques. Quant aux prisonniers qui avaient capitulé à Gaza, Ptolémée les répartit de préférence dans les nomes du Delta \ Ces mercenaires n'avaient point d'opinion et changeaient de patrie aussi facilement que de drapeau. De colons, ils pouvaient redevenir soldats, si besoin était, au service de leur nouveau maître.

Le coup frappé à Gaza avait rétabli les affaires de Ptolémée; mais Antigone n'avait pas dit son dernier mot. Quelques mois après. Cillés, le général que Ptolémée avait envoyé sur TOronte pour se saisir de la Haute-Syrie, était surpris et battu par un retour offensif de Démétrios * ; Antigone, joignant son armée à celle de son fils, reprenait la Syrie méridionale, précipitamment évacuée par les garnisons égyptiennes ^, et Ptolémée, rejeté sur sa frontière, s'attendait à une irruption de son impétueux adversaire. On disait que Séleucos, surpris, lui aussi, par une brusque attaque de Démétrios, avait dû s'enfuir de Babylone, et on ne savait ce qu'il était devenu. Pour comble d'infortune,

1. Wesseling corrige le texte de Diodore et écrit vo^iapx^oe; au lieu de vauapxCa; (XIX, 85). L'un et l'autre termes sont de grécité douteuse. Droysen approuve, Niese (I, p. 297, 5) hésite à accepter, et Mahaffy (EmpirCy p. 43) rejette la correction de Wesseling. Je pense, comme Mahaffy, que Ptolémée devait tenir à avoir ces mercenaires sous la main, près de la mer et de la frontière.

2. Diodore dit « à Myonte » (XIX, 93] ; mais on ne peut songer à Myonte en Carie. Niese (p. 300, 2) propose une localité à chercher dans les environs d'Antioche, ou Marsyas dans la région du Liban (cf. Polyb., V, 45, 8).

3. Ptolémée détruisit en se retirant Âké, Joppé, Samarie, Gaza, xal xûv XpTijjufTwv 8aa Suvatàv l,v dtvsiv xal çipstv Èicavf\X6ev elç Alyuiîxov (Diod., /. c. Cf. Pausan., I, 6, 5). On eût dit qu'il n'espérait plus rentrer en Syrie. Pour les prêtres de Pe et de Tep, Ptolémée, victorieux des Syriens, emmène en Egypte « leurs princes, leurs chevaux, leur flotte et leurs œuvres d'art ».

Page 1