‹ Histoire des LagidesChapitre 47 sur 258 · PTOLÉMÉE A COS · texte numérisé non relu

PTOLÉMÉE A COS

défaire d'un homme qui ne pouvait plus être que Tennemi irréconciliable d'Antigone. Mais leLagide était vigilant et de prompte décision, on l'avait bien vu à Cypre, quand sa méfiance était excitée. Le stratège Polémée l'apprit à ses dépens. « Il fut d'abord très bien accueilli par Ptolémée ; mais celui-ci ne tarda pas à s'apercevoir que son nouvel allié avait trop de prétentions et cherchait à s'attacher les chefs de l'armée par des discours et des présents. Il le prévint donc dans ses desseins, le fit arrêter et le força à boire la ciguë. Quant aux soldats qui l'avaient accompagné, Ptolémée les gagna par de magnifiques promesses et les incorpora dans les rangs de son armée *. » Les traîtres peuvent s'attendre à tout quand ils oublient que même leurs obligés les craignent et les méprisent.

Le Lagide semble avoir prolongé son séjour dans l'île des Asclépiades, en compagnie de Bérénice, qui y mit au monde vers ce temps (309) le futur Ptolémée Philadelphe *. Peutêtre le futur précepteur de l'enfant, Philétas de Cos, fut-il déjà à ce moment admis dans l'intimité du satrape d'Egypte. C'est en libérateur et non en maître que Ptolémée frayait avec les habitants de l'île. Il n'avait pas ou n'affichait pas Tintention de la garder pour lui : il s'y plaisait, et la place était commode pour observer de là les mouvements d'Antigone, sans cesser de surveiller l'Archipel.

gratuite en supposant que « le Lagide agit en cette occasion d'accord avec Cassandre ».

1. Diod., XX, 27. Les garnisons laissées par Polémée en Grèce durent se débander ou se rallier au plus offrant. Le commandant du poste de Chalcis eut le bon esprit de laisser la ville s'affranchir, %axà r^iV icpoaCpsaiv tûv ^aai- Xiwv (les futurs rois) 'AvTtycîvou xal Ar.jiTiTptou {CIA. y II, 266).

2. La date de la naissance de Philadelphe a été maintes fois discutée. Niebubr la plaçait en 301 ; Droysen, en 309; Strack, pour des raisons de théorie juridique (la légitimité bornée aux porphyrogénétes), en 304, le père étant roi. La question est maintenant tranchée par la découverte d'un fragment nouveau de la chronique de Paros (ci-dessus, p. 58, 1), document contemporain de Philadelphe : ipyo^'^'^^ 'AW.vr.at 'Isoojxvt^jxovoç (310/9 a. Chr.) IlToXe|ia(ou h uîôç iv KCii iyéyixo. Sur Cos, voy. les nouveaux textes épigraphiques dans R. Herzog, Koische Forschungen und Funde, Leipzig, 1899.

62 CHAP. II. — PTOLÉMÉE SATRAPE d'ÉGïPTE

On peut s'étonner qu'Antigone soit resté si longtemps inactif ou que l'histoire nous renseigne si mal sur ses faits et gestes durant deux ou trois ans (309-306), trois ans durant lesquels les signataires du traité de 311 n'étaient ni en guerre ni en paix, mais se tâtaient pour ainsi dire en multipliant les conflits de détail, sous prétexte de défendre les uns contre les autres les libertés des villes grecques. Il avait, pour le suppléer en Asie-Mineure, son fils Démétrios. Quant à lui, pour bien montrer au Lagide qu'il entendait garder la Syrie, il s'occupait à fonder une Antigonia aux bouches de rOronte *, sans se douter que son œuvre inachevée serait déracinée au profit d'une Antioche future. C'était la troisième Antigonia qu'il implantait sur le sol de l'Asie; il en avait déjà improvisé une en Troade, qu'il avait peuplée de Gébréniens et de Scepsiens, et une autre en Bithynie, villes qui devaient s'appeler plus tard Alexandrie Troas et Nicée. Il rebâtissait Smyrne et Téos, remuant partout la terre et les hommes, comme avait fait son maître Alexandre *. Nous n'avons pas besoin de savoir ce qui se passait dans les chantiers et arsenaux du littoral pour deviner à quoi Antigone les occupait. Il avait besoin d'une flotte, et il la voulait capable de balayer la mer Egée. En attendant qu'elle fût prête, son fils faisait bonne garde sur le littoral de la Carie; c'est peutêtre, comme le veut Droysen, à la fin de 309 que Démétrios dégagea Halicarnasse assiégée par le Lagide '. Mais celui-ci n'en restait pas moins maître de Caunos, que son stratège Philoclès, le futur roi de Sidon, avait enlevée par surprise *,

1. Diod., XX, 47. XXI, 1. Libanius, Oral., XI (I, p. 299-301 Reiske).

2. Il va sans dire qu'on ne peut fixer exactement la date de toutes ces fondations. Cf. Strab. XII, p. 565. XIII, p. 593-597. XÏV, p. 646. La longue

t inscription de Téos (126 lig.), contenant deux lettres d'Antigone relatives à la fusion entre Téos et Lébédos, dans Lebas-Wadd., As. Min., III, 86 = Dittenberger, 126 = Michel, 34.

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