‹ Histoire des LagidesChapitre 53 sur 258 · CONSÉQUENCES DE LA BATAILLE DE SALAMINE · texte numérisé non relu

CONSÉQUENCES DE LA BATAILLE DE SALAMINE

de Thémistocle*, venait enfin d'adjuger Tempire d'Alexandre au plus digne. Les nouveaux rois ne négligèrent pas les moyens pratiques de mettre en branle les voix de la renommée. Les Athéniens reçurent « douze cents armures complètes » prélevées sur le butin *. Des ex-votos furent placés dans les temples les plus fréquentés : la célèbre Victoire de Samothrace est probablement un de ces monuments, érigé dans le sanctuaire des Cabires '.

Pour apprécier la portée de cette prise de possession de la royauté par des parvenus, il faut tenir compte de la magie des mots. Sans le titre de roi, on pouvait commander; on n'avait pas le droit, un droit inhérent à la personne et inaliénable, d'exiger l'obéissance. Antigone allait être, au moins pour les Orientaux, le souverain légitime, en face duquel ses adversaires feraient désormais figure de rebelles. Ceux-ci le sentirent, et ils parèrent le coup en prenant, eux aussi, le diadème. Si l'on en croit les auteurs, c'est le Lagide qui, le premier, se raidissant contre sa défaite, « prit aussi le diadème et se donna dans tous ses actes le titre de roi. Les autres potentats, imitant à l'envi cet exemple, se proclamèrent rois à leur tour. Ainsi firent Séleucos, qui venait de reprendre les satrapies supérieures, Lysimaque et Cassandre, qui conservaient les domaines à eux attribués dès l'origine * » . Cependant, le Canon des Rois ne fait dater le règne de Ptolémée Soter que du l"Thoth de l'an 443 de

1. On distingue parla suite la « nouvelle Salamine », celle de Cypre (Hor., Od.^ I, 7, 29), de la « vraie », la voisine d'Athènes (Senec, Troad., 844. Lucan., Phars., m, 183 [veram Sciri SalaminUy corr. S. Reinach]. Manil., i4*/ron.,V,50).

2. Plut., Dem., 17. Allusion à T 'Avxiyôvou vCxt^ dans un fragment d'Alexis (fr. 110 Meineke).

3. Le type de la Victoire de Samothrace (aujourd'hui au Musée du Louvre) est reproduit sur les monnaies de Démétrios : au revers, Poséidon brandissant son trident.

4. Diod., XX, 53. Cf. Plut., Demetr., 18. Justin., XV, 2, 10-14. Appian., Syr., 54. Plutarque (Demetr,y 18) dit que. Cassandre ne prenait pas le titre de roi dans ses lettres ; mais ce titre figure sur ses monnaies et dans les inscriptions (cf. Dittenberger, Syll., I, 127). Lysimaque, lui, ne mit pas son effigie sur ses monnaies.

72 CHAP. II. — PTOLÉMÉE SATRAPE d'ÉGYPTE

Fère de Nabonassar (7 nov. 305), et il se pourrait que le Lagide eût hésité quelque temps avant de se parer officiellement d'un titre qui, au lendemain d'une défaite, risquait de paraître une revanche trop facile '.

En tout cas, c'était bien le démembrement de Fempire d'Alexandre qui s'achevait. « L'année des Rois » supprime le simulacre de solidarité qui en rattachait encore les diverses parties. La royauté, envahie par tant d'intrus à la fois, en demeure comme abaissée et mise à la portée du premier venu. On dit qu'Agathocle de Syracuse, Denys d'Héraclée, probablement aussi les dynastes de Gappadoce, de Pont, d'Atropatène, se haussèrent vers cette époque, sans autre investiture que leur bon plaisir, jusqu'à la dignité royale.

1. Strack (p. i91, 7) suppose que Ptolémée a pris le titre de roi en 306, mais ne s^est fait couronner officiellement, « peut-être à Memphis », que dans le courant de Tannée 305/4. C'est une façon plausible de concilier les textes. On peut se demander aussi si Ptolémée n'était pas déjà roi en Egypte depuis la mort du roi Alexandre (311), et s'il ne Tétait pas également à Cypre, comme suzerain des « rois » cypriotes. Il est appelé « seigneur des rois » {Adon Melakim) dans une inscription de Larnax Lapitbou que les auteurs du ClSemit. (no 95) onl cru pouvoir placer vers 312. Mais cette date est incertaine. Cf. Clermont-Ganneau, L*ère de VAdon Melakim, Vèi*e des Séleucides et Vère d'Alexandre {Études d'archéologie orientale, I [1880], p. 60-64), et ci-dessus, pp. 49, 54, 3; ci-après, p. 96, 1.

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