Diod., XX
3. La flotte met à la voile huit jours avant le coucher des Pléiades, qui avait lieu, à cette latitude et à cette époque, dans les premiers jours de novembre. G. F. Unger (SB. d. Bayer, Akad., 1875, I, p. 395 sqq.) a voulu avancer l'expédition en avril 306, au laver matinal des Pléiades, bouleversant toute la chronologie au mépris du texte de Diodore, qui signale la crue du Nil (minimum en avril-mai, maximum en septembre) comme un obstacle pour Antigone (Diod., XX, 74-76). Son système est rejeté avec raison par Niese (l, p. 322, 3) et Kaerst (art. Demelrios in Pauly-Wissowa's R. E,, IV, p. 2776). L'expédition a dû commencer en novembre 306 et se terminer au début de 305.
4. [AtpTTTOv] dôotvixcj) 8è xzixti X'p NsCXco Texgtj^iajjivT^v (Isocr., BusiriSj !2j.
ÉCHEC d'aNTIGONE EN ÉGTPTE 75
constamment battue des vents, avait perdu une partie de ses b&timents de transport sur la côte de Raphia ; elle arriva trop tard aux points de débarquement et ne put faire les diversions convenues ; enfin, Antigone, plus craint qu'aimé du soldat, vit la désertion se mettre dans son armée et Ptolémée lui enlever ses mercenaires par surenchère. Il fut contraint par la disette de reprendre le chemin de la Syrie, à temps pour échapper au sort de Perdiccas, sans avoir fait autre chose que compromettre son prestige et remettre en question les résultats de la bataille de Salamine. Ptolémée eut soin d'informer Séleucos, Lysimaque et Cassandre, non seulement qu' Antigone était battu, mais qu'il n'était pas difficile de débaucher ses soldats *.
La colère est mauvaise conseillère. Antigone voulut se venger sur les Rhodiens, qui lui avaient rendu quelques services, mais avaient refusé, avant la bataille de Salamine, de s'allier avec lui contre Ptolémée. Rhodes était alors le plus grand entrepôt de tout l'Archipel, et les Rhodiens n'entendaient pas se mêler à des querelles qui ne profitaient qu'aux neutres. Ils avaient aidé Antigone, en 313, en construisant pour lui des navires, non comme belligérants, mais comme fournisseurs payés. Ils y avaient mis d'autant plus d'empressement qu'ils collaboraient par là à la ruine de Tyr, une rivale à qui déjà Alexandre avait porté un coup mortel. En 312, ils avaient consenti à joindre dix de leurs vaisseaux de guerre à la flotte qui, sous la conduite du stratège Polémée, allait « délivrer » la Grèce de la tyrannie de Cassandre. Mais ils avaient jugé absolument contraire à leurs intérêts d'aider Antigone, dont le voisinage était dangereux pour leur indépendance, contre Ptolémée, qui, par Alexandrie, tenait
1. Voir le détail des opérations militaires dans Diodore (XX, 74-76). La flotte, dispersée par une tempête, perd du temps et trouve barrées les bouches (le <j;8u6<J<rcojjLOv, puis la bouche Phatnitique) dans lesquelles elle essaie d'entrer. Elle essuie une nouvelle tempête en retournant vers Pèluse, où Antigone n'avait pu forcer le passage. Enfin, sur l'avis du conseil de guerre, Tarmée et la flotte retournent en Syrie.
76 CHAP. III. — PTOLÉMÉE I*' 80TER ROI d'ÉGYPTE
entre ses mains une tète de ligne de leur commerce ^ Ântigone avait compris : il connaissait le moyen de forcer les Rhodiens à faire amende honorable ou à se battre, ce que n'oserait un petit peuple de marchands contre le roi de l'Asie. Il éleva la prétention de les empêcher de commercer avec Alexandrie et donna ordre à ses croiseurs de saisir les navires marchands entre Rhodes et Alexandrie. Les Rhodiens, habitués à protéger leurs convois contre les pirates, s'étant défendus avec succès contre ces nouveaux corsaires, furent accusés d'avoir « commencé une guerre injuste * ». La petite république fit d'abord d'humbles remontrances : Antigone se montra de plus en plus exigeant et envoya son fils avec la flotte pour mettre les Rhodiens à la raison. Ceux-ci, épouvantés, acceptèrent le rôle d'alliés d' Antigone contre l'Egypte; mais ce n'était plus assez. Démétrios demandait cent otages et la libre entrée des ports. Alors les Rhodiens résolurent de résistera outrance. Ainsi commença, dans les premiers mois de l'année 305, ce fameux siège de Rhodes, qui dura environ quinze mois et finit par lasser l'industrieuse opiniâtreté du Poliorcète. Les historiens ont autant parlé du siège de Rhodes que les poètes du siège de Troie. Diodore décrit avec complaisance le déploiement de forces des assiégeants, les formidables engins imaginés par le nouvel Achille, non moins impétueux et plus intelligent que le héros d'Homère. Les Rhodiens avaient appelé à leur
1. Diod., XX, 81. On a vu plus haut que, du vivant même d'Alexandre, les blés d'Egypte étaient dirigés de préférence sur Rhodes au détriment du marché d'Athènes. Rhodes vivait de son commerce avec TÉgypte : xal xà oi^voXov TpécpevOsi t^v ic6Xiv dicô xauxT^c tf^ç paviXeiac Sur l'histoire de Rhodes, voy. l'ouvrage récent de H. van Gelder, Geschichte der alten Rhodier, Haag, 1900, qui donne la bibliographie des travaux antérieurs.
2. Diod., XX, 81-89; 91-100. Plut., Demetr,, 21-22. Paus., I, 6, 6-7. App., B. Cti;., IV, 66-67. Polyaen., IV, 6, 16. Cf. Droysen, II, p. 450-468. Niese, 1, p. 326-332. Les détails de cette guerre ont été utilisés pour l'histoire de la poliorcétique par Rûstow et Kôchly, Wescher, H. Droysen, Ad. Bauer, etc. La durée du siège est évaluée approximativement à un an par Diodore et Plutarque.
Qoo^ç: