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LES BIENS DU CLERGÉ

Ptolémée qu'elle fût ou non authentique * : elle était invoquée à propos pour rattacher le présent au passé. Enfin, d'autres documents nous apprennent que Ptolémée s'occupa aussi, dès son arrivée en Egypte, de réparer ou rebâtir les temples dégradés par les iconoclastes. C'est ainsi que des travaux furent exécutés par ordre du satrape, au nom des rois Philippe (Arrhidée) et Alexandre, à Karnak, Louqsor et autres lieux *. On oublie souvent qu'une bonne partie des « pierres éternelles » encore debout sur le sol de l'Egypte ont été dressées par les Lagides et que le fondateur de la dynastie, en cela comme en tout le reste, a donné l'exemple à ses successeurs.

Il ne faudrait pas toutefois prétendre asseoir sur quelques faits isolés un jugement d'ensemble sur la politique suivie par Ptolémée à l'égard du clergé égyptien. Celle de ses successeurs, que nous connaissons un peu mieux, n'a pas été faite uniquement de condescendance, et il est à croire qu'ils ont suivi la ligne de conduite tracée par le sage, ancêtre. Il y avait eu de tout temps, même sous les derniers rois indigènes, des aliénations de biens de mainmorte {neter-'hotep)^ des prélèvements ou emprunts forcés sur les revenus des temples. On avait vu jadis Amasis, pour payer ses mercenaires étrangers, mettre à contribution les richesses des temples de Bubaste, Héliopolis et Memphis '. Plus récem-

1. Les prêtres fabricpiaient parfois des actes de donation apocryphes au nom des Pharaons, pour pouvoir proposer aux Ptolémées les exemples des anciens rois. Telle Tinscription trouvée dans l'îlot de Sahel par M. de Morgan, document attribué par les prêtres de Rhnoumou au Pharaon Zosiri, de la troisième dynastie (C.-U. de VAcad, des Inscr., 19 mai 1893, p. 156). C'est un procédé qui rendit encore de bons services aux clercs du moyen âge.

2. Cf. Rosellini, Monum, di Egitto, Mon. Stor., II, p. 290 sqq. IV, p. 259 sqq. Monum. di culto, p. 321. Inscription hiéroglyphique de Louqsor, relatant les dépenses faites pour le temple par les rois Philippe et Alexandre {Athenaeum, n» 3305 [1891], p. 288). Travaux exécutés, au nom du roi Philippe, à Louqsor (G. Bénédite, Egypte [Guides Joanne, Paris, 1900], p. 469) et à Karnak (p. 484) ; au nom du roi Alexandre, à Beni-Hassan (p. 403), à Louqsor (p. 470) et à Karnak (p. 485).

3. E. Revillout, Revue ÉgyptoL, 1, 49 sqq. 145 sqq. Il, i sqq. 52 sqq. Cf. D. Mallet, Les premiers établissements des Grecs en Egypte (Mém. de la miss. arch. du

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ment encore, le roi Takhos, pour les besoins de la défense nationale et sur le conseil de Ghabrias, avait ordonné aux prêtres de réduire au dixième les dépenses du culte et de « lui prêter le reste jusqu'à la fin de la guerre contre les Perses ^ x>. Ptolémée se garda sans doute d'opérer des restitutions par mesure générale : celles qu'il fit à titre de faveur spéciale n'en eurent que plus de prix. Il eut besoin de terres à distribuer à ses vétérans, et il dut établir une bonne partie des nouveaux colons sur des terres appartenant ou ayant appartenu aux temples. Le régime concordataire que nous trouvons plus tard établi sous Philadelphe, c'est-à-dire protection accordée au clergé et budget des cultes, contre redevances imposées aux biens sacerdotaux, peut remonter à une époque antérieure et même ne différer que par des nuances du régime pharaonique.

Quoi qu'il en soit, Ptolémée a voulu inaugurer un système de conciliation par des procédés qui réussissent d'ordinaire avec tous les clergés du monde. Mais il fallait aussi songer au peuple, et particulièrement aux besoins de ce peuple mixte qui commençait à se former sur le littoral du Delta par association de trois éléments disparates. Égyptiens, Juifs, Helléno-Macédoniens. Jusque-là, les immigrants étrangers avaient formé en Egypte des groupes séparés du reste de la population. Du temps d'flérodote, il y avait à Mempbis un quartier phénicien appelé le « Camp des Tyriens » (Tuptwv

Caire, XII, 1. Paris, 1893), p. 130-131. Les imprécations fulminées contre les usurpateurs des biens du clergé « n'empêchaient pas toujours les barons ou le roi de porter la main sur les revenus des temples : sinon TÉgypte serait promptement devenue terre sacerdotale d'une frontière à Tautre. Même réduit par des usurpations périodiques, le domaine des dieux couvrait en tout temps un tiers environ du territoire » (G. Maspero, Hist, ancienne des peuples de VOrient classique, l [1895], p. 303).

1. Ps. Aristot, Oecon., 2, 25-53. CI. G. Maspero, op. cit., III [1899], p. 759. En revanche, son successeur Nectanébo U octroya à la déesse Nit, de Sais, une dtme gagée sur les recettes des douanes de Hounlt (Branche Canopique) et de Rrati (Naucratis). Sur cette stèle de Nectanébo, voy. Maspero in C.-R. de VÀcad. d. Inscr., 29 déc. 1899, p. 793-795. A. Erman et U. Wilcken, in Zeilschr. f.Aegypt. Sprache, XXXVIII [1900], p. 127-135.

LES VILLES GRECQUES EN EGYPTE lH

orpaTÔTOSov) *, et une factorerie samienne à la Grande-Oasis '. Naucratis était une ville toute grecque, où les colons milésiens avaient importé leurs cultes nationaux, notamment ceux de TApoUon des Branchides et d'Aphrodite. Leur Hellénion était le centre d'une espèce de fédération hellénique; mais son nom même indique que les Naucratites ne songeaient pas à abaisser les barrières qui les isolaient de la population environnante. Ptolémée, lui aussi, suivit ce système, imposé par l'orgueil de race, — un orgueil égal des deux côtés, — lorsqu'il fonda dans la Haute-Egypte Ptolémaïs, une ville pourvue d'un organisme grec qui le révéra, à la mode grecque, comme son œkiste ou héros éponyme. On peut même dire, d'une manière générale, que les Lagides n'ont pas cherché à favoriser la fusion des races en Egypte. Le royaume fût devenu moins facile à gouverner si les Egyptiens avaient pris, au contact des Grecs, des habitudes incompatibles avec le despotisme traditionnel de leurs rois. Mais Alexandrie n'était pas une colonie exclusivement grécomacédonienne. Elle avait été fondée sur un emplacement déjà occupé en partie par une petite ville égyptienne du nom de Rhakotis ', et ce premier fonds de population indigène avait été grossi par le transfert des habitants de Canope *. Le commerce devait attirer dans cet emporium cosmopolite des gens de tous pays, créant ainsi une mixture hétérogène qui ne pouvait former une cité si quelques idées communes,

1. Herod., II, 112. Il y avait aussi à Memphis, au moins depuis le temps d'Amasis, des 'EXXTjvopif ptottai et des Kapopittiçttai^ qui s'alliaient par mariage à la population indigène (Stepb. Byz., s. vv. 'EXXt^vtxcSv et Kaptxdv). Les 'EXXv vo|x«{i9iTat sont nommés dans un papyrus du !«' siècle (?) avant J.-C. (Brit. Mus. Pap,, I, p. 49).

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