‹ Histoire des LagidesChapitre 82 sur 258 · Herod., III · texte numérisé non relu

Herod., III

3. Strab. XVII, p. 792. Dans Tinscription de 311, le satrape Ptolémée est dit installé « au bord de la mer Ionienne dans la forteresse du roi Alexandre, qui s'appelait autrefois Rhakotis » (ci-dessus, p. 106}.

4. Ps. Aristot, Oecon., 2, 33. Le nom égyptien de Canope paraît avoir été Kàh-n-noub. La ville, qui a donné son nom à la Bouche Canopique^ est mentionnée par Eschyle {Suppl., 311) et par Hérodote (II, 97).

112 CHAP. IV. — LE GOCVERNEUENT DE PTOLÉMÉE l" SOTER

résumées dans le culte d'une même divinité poliade, ne venaient donner à cette masse un certain degré de cohésion *• La religion a été, à l'origine, le lien à peu près unique des sociétés, et elle tient encore une grande place dans les civilisations plus avancées. Si la fusion morale des races pouvait et devait s'accomplir à Alexandrie, c'était à la condition que l'obstacle provenant de l'antagonisme des religions fût levé ou tout au moins atténué. En ce qui concerne les Juifs, Ptolémée n'eut peut-être pas ce souci *. Josèphe fait entendre que les Lagides avaient tenu compte dans leurs calculs de l'opiniâtreté juive, et que, isolés des autres peuples par les observances de la Loi, les Juifs jouaient un peu, dans les villes où la prévoyance du gouvernement les avait dispersés, le rôle de garnisaires. « Ptolémée fils de Lagos », dit-il, « eut des Juifs habitant Alexandrie la même opinion qu'Alexandre. Il leur confia, en efifet, les places fortes de rÉgypte, persuadé qu'ils les garderaient avec autant de fidélité que de bravoure ; et, quand il voulut consolider son autorité sur Cyrène et les autres villes de Libye, il envoya une partie des Juifs y installer leur domicile ' ». Des privilèges, qui passaient pour avoir été octroyés par Alexandre lui-même et confirmés par Ptolémée, assuraient aux Juifs alexandrins le droit de constituer une communauté à part dans la grande cité. C'est au milieu de leur quartier que le roi avait édifié son palais. Mais, si l'isolement des Juifs convenait à la politique des Lagides, ils ne pouvaient que souhaiter un rapprochement entre la race conquérante et le

1. Sur la population d'Alexandrie, voy. Polyb., XXXIV, 14. Polybe, qui ne considère pas les Juifs comme des citoyens, distingue trois éléments ou races (Yévti) : les indigènes égyptiens, les mercenaires, et les Alexandrins proprement dits, de race hellénique : xal -^àp el iitvdSsç, 'EXX-nviç Cjwik dvIxaOsv ^aatv xal ijxijjiv7i'/xo toG tûv 'EXXVivwv î6ooç.

2. Sur les Juifs alexandrins, le travail le plus récent est Tarticle Alexandria (de E. Schûrer et Eli Hazan) dans The Jewish Encyclopedia de New-York, I [1901], p. 361-368.

3. Joseph., C. Apion., II, 4. Les assertions de Josèphe ont été revisées et fortement émondées par la critique moderne.

peuple conquis. C'est dans ce but que fut institué le culte hellénisé d'Osiris-Apis ou Sérapis ^

Évidemment, il fallait faire choix d'un culte égyptien susceptible d'être hellénisé, et non pas d'un culte grec qu'aucune contrainte n'aurait pu imposer aux Égyptiens *. Autant les Grecs, las de leur mythologie et doutant de la puissance de leurs dieux, montraient de goût pour les religions exotiques, autant les Égyptiens se raidissaient dans leur orgueil théologique et leurs habitudes séculaires. Ils avaient persuadé à Hérodote que les cultes grecs n'étaient que des travestissements de leur religion nationale, et ils les jugeaient avec raison à la fois plus récents et plus décrépits que les leurs. On peut dire que, en matière de révélation, de théologie, de science absconse, les Grecs, fascinés par l'antiquité de la civilisation égyptienne, étaient tout disposés à reconnaître la supériorité des prêtres dépositaires de traditions prétendues immuables. D'autre part, le culte qu'il

1. Sur le culte de Sérapis ou Sarapis (orthographe grecque, sur laquelle a prévalu dans Tusage Tortbographe latine), seul ou associé à Isis, il y a tout une « littérature ». Voy. P. E. Jablonski, Panthéon Aegypiiorum. Francof. ad Viadrum, 3 vol. 1*50-1752. T. I, cap. 5. II, cap. 3. Fr. Creuzer, Dionysos : IV. De Serapide et Baccho Pelasgio^ p. 173-308. J. Guigniaut, Sérapis et son origine (inséré au t. V du Tacite de Burnouf. Paris, 1828, p. 531-558). W. Th. Streuber, Sinope^ Basel, 1855. E. Plew, De Sarapidey Regiomont., 1868. Ueber den Vrsprung des Sarapis (Jahrbb. f. kl. Philol., CIX [1874], p. 93-96, recension et réfutation de Lumbroso). 6. Lumbroso, Ricerche alessandrine (Mem. d. Accad. di Torino, XXVII [1871], p. 189 sqq.). VEgitto al tempo dei Greci e dei Romani. Roma, 1882, cap. xvi (2« édit. 1805). J. RraU, Tacitusund der Orient. I Theil, Die Herkunft des Sarapis y Wien, 1880. A. Bouché-Leclercq, Hist. de la Divination^ III [1880], p. 377-394. Les reclus du Sérapéum de Memphis (Mél. Perrot, 1903). G. Lafaye, Histoire du culte des divinités d^Alexandrie, Sérapis, Isis, Harpocrate et Anubis, hors de V Egypte, Paris, 1883. W. Drexler, Der IsiS' und Sarapiscultus in Kleinasien (Num. Zeitschr.,XXI, p. 1-234), Wien, 1889. Der Kultus der ûgyptischen Mythologie in den Donaulândern (Mythol. Beitr., I. Wien, 1890). A. Dieterich, Ueber den Ursprung des Sérapis, in Verhandl. d. Philologenversamml. in Dresden. Leipzig, 1897, p. 31-33. E. Preuschen, MOnchtum und Sarapiskult. Gymn. Progr. Darmstadt, 1899.

2. Il y avait déjà un culte égyptien hellénisé, celui d'Aramon-Râ dans rOasis. Ptolémée lui éleva un autel commémoratif dans son temple (Pausan., IX, 16, 1), mais ne crut pas devoir essayer de déplacer le centre de son culte, qui serait nécessairement resté plus thébain et cyrénaîque qu'alexandrin.

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