‹ Histoire des LagidesChapitre 84 sur 258 · Plut., Alex. 76. Arrjan., Anab., VII · texte numérisé non relu

Plut., Alex. 76. Arrjan., Anab., VII

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phite, implanté artificiellement à Alexandrie et adapté au:^ habitudes grecques par une transaction voulue entre deux théologies ; celles-ci représentées dans les récits de Plutarque et de Tacite parManéthon le Sébennyte et par TimothéeTEumolpide. Les textes ne diffèrent là-dessus qu'en un point, selon qu'ils considèrent Sérapis comme un dieu égyptien hellénisé ou comme un dieu grec assimilé à un type égyptien.

Cette thèse n'est pas incompatible avec l'origine sinopienne de la statue, qui était incontestablement de facture grecque et attribuée, comme le prouve la tradition défigurée par Athénodore, au sculpteur Bryaxis. Le lieu d'où est venu le corps destiné à héberger l'âme du dieu memphite importe peu, et rien ne nous oblige à récuser l'indication lopographique fournie par Plutarque et Tacite. Rien, si ce n'est, d'une part, la difficulté de trouver des motifs plausibles à ce commerce religieux entre Sinope et Alexandrie, et, d'autre part, la possibilité d'expliquer comment ce nom de Sinope, auquel n'avaient pas songé les contemporains d'Auguste et de Tibère, y compris Strabon, est intervenu plus tard dans le débat. Un extrait de quelque compilation géographique, recueilli par un commentateur byzantin, nous apprend qu'on appelait mont de Sinope (Stvwmov opoç) le monticule de sable sur lequel s'élevait le Sérapéum de Memphis ou tombeau des Apis défunts; et, d'après une conjecture des plus vraisemblables, ce nom n'est qu'une déformation de l'égyptien Sen-Hapi^ « demeure d'Apis ». Dès lors, il y a lieu de penser qu'à une époque où l'origine de la statue, peut-être soigneusement cachée dès le début, était objet de discussion entre érudits, un improvisateur de solutions inédites, tel que fut au temps de Tibère le grammairien alexandrin Apion, a pu imaginer ce rapport énigmatique entre Memphis, d'où est venu réellement le culte de Sérapis, et la Sinope pontique dont le Sinopion memphite était censé conserverie souvenir *,

1. Explication suggérée, sinoji adoptée, par Jablonski et Guigniaut, reprise par Letronne et, après que Brugsch eut établi la corrélation Sivcairiov = Sen-

Nous pouvons laisser sans solution précise le problème archéologique concernant l'origine de la statue *. Les fondateurs du culte alexandrin, qui ne fut sans doute pas constitué en un jour, ont dû entourer de mystère l'opération délicate qui aboutit à faire considérer l'image du dieu comme miraculeusement prédestinée à recevoir les hommages de la nouvelle cité; et l'on peut dire que notre ignorance à ce sujet témoigne encore aujourd'hui de leur habileté.

Le succès dépassa leur attente. Sérapis, associé à Isis, attesta sa puissance par les preuves que réclame la logique populaire : il fit des miracles, et des miracles utiles. Son temple devint un oracle médical, où les cures se multiplièrent '. Il sut trouver dès le début des clients illustres, qui vantèrent sa gloire et sa bonté. On rapporte que le conseiller intime du premier Ptolémée, Démétrios de Phalère, devenu aveugle, recouvra la vue par la grâce de Sérapis et composa en l'honneur du dieu des péans qui, ajoute Diogène Laërce, « se chantent encore ' ». Les poètes de la cour se chargèrent, comme on le voit, d'approvisionner d'hymnes liturgiques le culte de Sérapis, de lui composer un Office digne de la beauté plastique qu'il devait au ciseau du sculpteur.

Ce n'est pas ici le lieu d'examiner si le Sérapis hellénisé fut aussi bien accepté dans la vieille Egypte, et si la juxta-

hapiy par G. Lumbroso. EUe est, ce me semble, complétée d'une façon satisfaisante si Ton admet pour auteur de ce quiproquo étymologique le grammairien Apion. Je renvoie, pour la discussion du sujet, à La politique religieuse de Ptolémée Sotei* et le culte de Sérapis (cf. ci-dessus, p. 103, 1).

1. J'ai proposé, dans l'article précité, d'identifier le Sérapis alexandrin avec un Asklépios que Pline (XXXIV, § 73) mentionne comme œuvre de Bryaxis. Pline n'a parlé nulle part du Sérapis grec d'Alexandrie, et il ne serait pas étonnant qu'un compilateur de sa force n'ait pas reconnu la transformation.

2. Au temps de Strabon (XVII, p. 801), les consultations avaient lieu dans le Sérapéum de Canope.

3. Diog. L. V, §76. Cf. Artemidor., Onirocr,, 11,44. Le type de Sérapis n'apparaît que tard sur les monnaies alexandrines ; mais on a une dédicace alexandrine du temps de Ptolémée Soter Oicèp ^affiXsu; IlToXe|xa(ou xal tûv t^xvk^v SspimSi *I<Ti6i (Strack, n. 4). Cf. ci-dessus, p. 101, 1.

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position d'un Sérapéum hellénisant aux temples de Memphis témoigne plutôt d'une conciliation que d*un antagonisme entre le culte d'Hésiri-Hapi et celui de Sérapis. Macrobe assure que le culte « à la mode des Alexandrins » fut imposé aux Égyptiens par « la tyrannie de Ptolémée * », et il se pourrait qu'il y ait eu des résistances de la part du sacerdoce indigène, protestant contre l'intrusion d'une religion faite pour les Alexandrins. Mais, au temps de Ptolémée Soter, il n'était pas question de propagande, ni en pays égyptien, ni au dehors. Ce fut l'œuvre des siècles suivants. Le but immédiatement visé parait avoir été atteint à Alexandrie. Hellènes et Égyptiens purent vénérer la même divinité poliade, dont la personnalité complexe s'accommodait de toutes les théologies. Les Grecs le considérèrent toujours comme un Dionysos, et les Égyptiens comme un Osiris ; mais ces deux aspects se rejoignaient dans une essence dont l'énergie se trouvait ainsi doublée. La vogue vint avec le temps. Nul ne pouvait prévoir alors l'incroyable vitalité de ce culte syncrétique, qui, créé pour satisfaire aux besoins religieux d'une cité, envahit plus tard le monde gréco-romain et prit rang parmi les religions cosmopolites V A ce point de vue, la fondation du

1. L*assertion de Macrobe (1,7, 14-15) est fondée sur une théorie pythagoricienne, la prétendue horreur des Égyptiens pour les sacrifices sanglants. La théorie étant fausse, l'assertion pourrait bien Têtre aussi. Elle est cependant plausible. Les prêtres de Memphis et de Thèbes ne purent voir d'un bon œil Télément étranger s'infiltrer partout, propageant le culte qui symbolisait la fusion des races. Il est question (Lucian., Hippias, 2) d'une rébellion à Memphis, que Sostrate conseille de dompter en détournant le cours du Nil : mais, avec Lucien, on peut toujours soupçonner un anachronisme. Au temps d'Aelius Aristide {In Serap.t I, p. 96 Dind.)i Sérapis avait quarante-deux temples en Egypte (onze énumérés par G. Parthey, Plut, ûber Isis u. Osiris [Berlin, 1830], p. 216-7) et un bien plus grand nombre dans le reste de Tempire romain.

2. Nous n'avons pas à suivre le prodigieux travail d'assimilation qui permit à chaque peuple, et pour ainsi dire à chaque individu, de reconnaître son idéal divin ou son dieu préféré dans Sérapis. Le dieu alexandrin fut à volonté Zeus, Plu ton, Dionysos, Asklépios pour les Grecs, Baal, Mén, etc. pour les Asiatiques, et finalement Panlheus, Les évhéméristes découvrirent que Sérapis était le roi argien Apis mis au tombeau (dans le 9op6ç). Sérapis n'était plus seulement hellénisé, mais Ilcllèi)e. Les Juifs eux-mêmes et les chrétiens se

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