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PTOLÉMÉE ET LES PHILOSOPHES

Ptolémée, en effet, avait la noble ambition de faire de sa capilale autre chose qu'un rendez-vous de marchands. Dès 309, lors du séjour qu'il fit à Cos, il dut entrer en relations avec les médecins et autres notabilités du pays. C'est de là que vint à Alexandrie, vers 294, le poète Philétas de Cos, appelé pour faire l'éducation de Philadelphe, et sans doute aussi le médecin Hérophile de Chalcédoine, qui avait étudié son art auprès de Praxagoras de Cos. En 307, Ptolémée assiégeait et prenait Mégare. La ville était alors le centre d'une école de philosophie socratique, fondée par Euclide de Mégare. Celte école passait pour avoir porté à sa perfection l'art de discuter ou « éris tique », et elle était alors représentée par deux maîtres en cette escrime de la pensée, Diodore surnommé Kronos et Stilpon de Mégare. Les philosophes n'étaient pas gens à faire mauvaise mine au vainqueur : c'est sans doute à la table de Ptolémée que les deux rivaux engagèrent un tournoi d'esprit où Diodore fut, dit-on, battu. La légende ajoute que le dialecticien déconfit mourut de chagrin, ni plus ni moins que les Calchas, les Mopsos, les Hésiode d'autrefois * .

Le robuste bon sens du Lagide dut être passablement choqué de la futilité des exercices auxquels ces graves personnages passaient leur temps. Les débats sur les rapports du possible et du réel, thème préféré de Diodore Kronos, le laissaient indifférent, et il tenait sans doute pour charlatans des gens qui prétendaient démontrer l'impossibilité du mouvement. On dit pourtant qu'il invita Stilpon à le suivre en Egypte, mais que le philosophe, tout en acceptant l'argent du satrape, sut se dispenser du voyage *. Ptolémée ne fut guère plus heureux avec une autre école philosophique dont

1. D'après Diogène de Laërle (H, § 111), c'est Ptolémée lui-même qui aurait donné à Diodore, par moquerie, le sobriquet de Kp6vo<, allusion au vieil invalide divin, ou même, pour les amateurs de jeux de mots, à Tàne (5voc). Cf. E. Zeller, Philos, d. Ch\, IP, p. 210, 6.

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