LES SCIENCES A ALEXANDRIE
Toutes ces expériences aboutirent à des froissements. Leur curiosité une fois satisfaite, les rois s'effrayaient de Faudace de ces incommodes commensaux, qui mettaient en question le droit divin et ne reconnaissaient d'autorité légitime que celle qui acceptait d'abord le joug de l'idéal philosophique. La rupture se consomma enfin : les rois tinrent à distance les philosophes, et ceux-ci se consolèrent en mettant audessus de toutes les dignités la vertu solitaire et méconnue du Sage.
En revanche, sous l'impulsion même de l'esprit péripatétique, le gouvernement alexandrin fit la part belle aux sciences proprement dites, qui n'avaient été nulle part cultivées avec méthode. C'est par là surtout que les Lagides ont bien mérité de la postérité. On peut dire sans exagération que la science grecque, celle qui a sondé avant nous les arcanes de la Nature, s'est faite à Alexandrie. Jusque-là, il n'y avait eu que des efforts isolés, incohérents, aboutissant à des généralisations hâtives, à une mêlée de systèmes dont aucun ne pouvait se réclamer d'une longue et patiente expérience. Il allait être enfin possible aux savants de se partager la tâche et même de compter sur des successeurs pour la poursuivre. Collections, laboratoires, observatoire, livres et archives, en un mot, l'outillage dispendieux de la recherche scientifique, le roi d'Egypte se proposait de mettre tout cela à la disposition de ceux qui répondraient à son appel. La grandeur des préparatifs attestait qu'il ne s'agissait pas là d'un caprice éphémère, mais d'un dessein suivi, qui allait devenir une tradition dynastique.
C'est de l'école péripatéticienne que sortaient les premiers représentants des sciences naturelles à Alexandrie. On dit du moins que Théophraste avait compté parmi ses disciples le médecin Erasistrate, esprit curieux qui avait promené à travers diverses écoles son éclectisme intelligent et s'était acquis renommée et fortune par la pratique de son art. Il avait gagné, dit-on, cent talents à la cure du jeune Antio-