VI
%^ m^ToiiiB; DES letteës*
espritsqite Vorgueilsyst^iuaUque égare; gardez-vous dfi l^eur accorder Ijeurs premiers principes , car ils QQl^ i|De ^^rrible force logiqiie pour en déduire des çoQS^quences qui paraissent, alors invincibles.. La 9)anière de ^obbes est pleine d'une austérité vigoufçuse, son style d^pouiUé de tout ori^ement» Ses dpctrines devraient conduire Tbomme à une vie de dj^pravatipn , son soin unique d*après el)es devrai! consister à éviter Ips cours d'assises. Et cependant ]^ philosophe matérialiste euts une existence honora-* kje 9 soQ ocBiçr ét^it moins vicié que son iatelU* gence \
pendant que. Ift. philosQpliie tpn^bait d^ois Tabîme du noiatérialisme, l$i poésie présentait de tout autres tendances. Vers le commencement du dix^septième siècle parution ^nglpterre une classe d'écrivains que Les critiques ont nommés poètes métaphysiciens. G'ét^i^nt d^s hommes d'une profonde érudition ; Qiais qui avaient le tort de la confondre avec la poésije. Us ne firent que de plats versificateurs sans gé-* nie. DQune» 1$ pl^s célèbre d'entre eux, né à Londres en 4573, et mort en^ 1631» écrivit beaucoup,
^ Nous reyiendroDS bientôt sur ces ' grandes aaestions, La phiîosopliie tient une place si éleyée dans rhistpîre de r^sprît humain que nous sommes iforcé d'en indiquer en passant* les pliases principales ; mais pour que Ton ne nous adresse pas le reproehe d'insuffisance , nous éprouvons le besoin de rappeler que ce livre est surtout rhistoics de là litt^ fature.
mX-SEMlÈME SIÈGLB. S^
et Dryden, en parlant de plusieurs de ses contempo^ rains et de lui-même , dit que s'ils le cédaient à Donne pour l'esprit comme poètes , ils lui étaient bien supérieurs. Cet esprit de Donne est peu perceptible dans les vers que nous avons de lui. Toute celte école affectait les prétentions ridicules que nous avons trouvées en Italie et en France ^ et dont le chevalier Marini est le modèle le plus connu peut-être. Elle cherchait à surprendre par des combinaisons de mots et de pensées d'autant plus inattendues qu'elles étaient complètement absurdes. Rien de plus éloigné de l'éloquence ou do pathétique qtie cette disposition déplorable. La poésie devèn^t vat Jeu d'esprit , et de quel esprit !
c Nul doute, dit Johnson dans sa vie de Goveley, qu'à l'époque où la réputation de ces cheft du genre était dans tout son éclat, ils ne comptassent beaucoup^ plus d'imitateurs que nous ne teur en conaisson? maintenant. On peut dire que Snckling, Waller, Denham, Cowley, Cleiweland et Milton», leurs successeurs immédiats^ n'ont laissé comme poètes mé* taphysiciens aucun souvenir après eux. Denha'm et Waller se frayèrent une autre rouie à la gteire erf perfectionnant notre harmonie poétique. Bfilton ne s'est essayé qu^une seule fois dans le style des- métaphysiciens: on voit que je veux parler de ses vers^ sur le voilurier Hobson. Cowley adopta le mèmestyle et surpassa tous ses prédécesseurs par le sentiment tt Tbarmonie* Suckling ne se distingua ni par un?
poésie soignée^ ni par Tabondaiicé d^s idéps. La pal-^ me du genre resfà donc à Goy^ley ; Suckling ne put Vaiteiûdre, Milton la dédaigna^ v
Abraham Colley naquit en 1618; son père était ^icier, il mourut pendant Tenfance du poète et sa mère fit de nobles eflorts pour l^\ donner une éducation distinguée. Sa vocation poétique fut éveillée par la lecture habituelle de la Reine fée de Spenser, qu'il trouva dans la petite bibliotikèque paternelle. On peut dire que Gowley, Milton et Pope ont balbutié des vers ; le premier fit imprimer à treize ans un volume de poésies , qui contenait , entre autres morceauXi Thisloire tragique de Pyrame et Thisbé et Constance ei Philitus. Gowley composa le premier de ces deux poèmes à; dix ans, et le second à douze. Entré à l'Université de Cambridge , en 1636 , il ne cessa d'écrire en vers anglais et même en prose latine. Attaché au parti royaliste, il fut chassé de Cambridge par Finfluence du parlement, et se réfijgia au collège Saint-Jean à Oxford. La loyauté de son caractère et l'élégance de sa conversation lui va • lurent l'estime et la confiance des royalistes , et en« tre autres celles de l'illustre lord Falkland. Quand Oxford fut livré aux parlementaires , Gowley suivit la reine à Paris et devint secrétaire de lord Jermyn^ depuis comte de Saint^Albans.
Deretourà Londres, en 1656, il y fut emprisonné et obligé dlacheter sa liberté par un cautionnement de mille livres ^(prling, que lui fournit le docteuç
DIX-SEPTIËKE SIÈCLE. 3T
Scarboroug. Ce fut dans cette même atinée qu'il publia le recueil de ses poésies. Gowley les fit précéder d'une préface, dans laquelle il exprimait le vœu de se retirer dans quelque plantation améri* caineet d'y vivre aolilaire loin des troubles diji coutinent.
Le poète ne vit pas ce rêve se réaliser ; il continua à>ivre en Angleterre ; fidèle , à ce qu'il parait, à la cause royaliste, il n'en fut guère récompensé lors de la restauration de Charles II, car on le vil se retirer triste et mécontent dans le comté de Surrey. Il mourut en 1667 à PorchHouse, dans Cherlsey : il n'était âgé que de quarante-neuf ans.
Gomme nous l'avons dit , Gowley est le premier de ces poêles métaphysiciens, qui avaient vicié en eux tous les dons de l'esprit par leurs prétentions subliles. En l'étudiant, on se fera donc une idée de l'école.
«Comme ils désiraient bien plus être admirésque compris, dit Johnson, ils tiraient leurs idées de quelques parties de la science peu familières aux amateurs ordinaires de la poésie. Ainsi Gowley, en parlant du savoir^ dit :
L* arbre sacré s'élevait aa iniliea d'un beau Terger t Le pbénix , la vérité, était perché sur ses branches , Et avait bâti spn nid parfumé
Sar le véritable arbre de porphyre, que montrait la vraie
logique ; Gbacane de ses feuilles donnait des idées savantes ,
' Et ses pommes étaient autant de démonstrations.
3d mSTQIlMB BBS LETTRES «
'■ Li^ cooleor en était si pure et si divine , Que leur ombre effaçait Téclat de toutes les autres lumières.
Ceci est déjà détestable ; que dirons-nous donc des vers suiyans du poète Donne , adressés à une femme dont il veut faire Téioge î
Il cfloii BatnreUenMot dan cha que chose Un baiiiite^c|iii |«i eons^rye sa fraichenr, Si çlle n'est endoqimagiée p^raucniie atteinte extérieure. Ce baume, e'est chez vous la jeunesse et îa beauté, A l'aide de la science , de la religion , De krertUi et d*autres moyens semblables, vous avez com^
posé Un mithridate dont l'efiel Tons présente oor you guérit de Ujm^ ce cpi'oa . Veui yoQs f^^ ço yoim dire*
Nous pourrions multiplier ces citations bizarres ; mais nous croyons devoir nous arrêter. Les lignes qui précèdent suffisent pour fi^j.re. juger l'étrange poésie de cette école, qui s'éloignait de la nature et de la vérité pour courir. après l'extraordinaire et le nouveau. Cowley, le chef et le véritable maître de cette pléiade poétique , a écrit une foule de petites pièces ^ doQt plusieurs sont très - remarquables. Johnson dit que^son ode sur l'esprit est à peu près sans rivale. Plusieurs strophes sont en effet pleines de sens et d'une versification sévère.
La 0ironiqtie du môme poète est unp œuvre légère, d'une pééçie ^lé|ante çt gaiç \^ ce. genre d'ouvrage bx%
DIXraBPTIÈin! SIÈCUI* 8f
un triomphe t>our Gowley dont les imitations d'A-« nacréon se lisent encore avec plaisir en Angleterre^ son recueil de poésies araouréiiies intitulé : Ma mat-^ tresse, a beaucoup occupé les critiques anglais^ Le docteut S^rat dit a que les pages de Tauteur reifoT'' gent de science , et que le lecteur y trouve un trésor d'instruction auquel il était loin de s'attendre. » Ce que le lecteur ne trouve pas , c'est là j|)àâsi6ii que le poète s'est proposé de peindre.
c Addison entre dans de longues explications re-^ lativement à l'idée mère qui a fourni à Gowley les innombrables concetti dont sa Maîtresse est remplie ^ dit Johnson. Ainsi que beaucoup d'autres j[)oète9, il exprime métaphoriquement son amour par les mots dé flamme et dé feu ; et tout ce qu'on peu^ dire du feii, pris dans des acceptions réelles, il le dit de l'amour ou feu figuratif. Le même mot est pris daiis la même phrase au seAs propre et au sens figuré. Ainsi, cherchant à concilier la froideur du regard que lui jette sa maîtresse, et le pouvoir qu'ont les mêmes regards de l'enflammer d'amour, il éonsidère les yeux de sa belle comme des verres ardens faits de glace. Se sentant assez de force pour supporter leis chances lesr plus opposées de Tamoilr, il en conclut que là zone torride est habitable. En parlant d'un arbre môrJM sur lequel il avait gravé des vers à sa. maltresse, il ibit remarquer que Tes flammes qui le. .consument ont aussi flétri et brûlé cet arbre. Addison appelle ces çoneelH de y esprit mglé ^ c'est-i*dî?e une ioH^
d'esprit qui consiste en idées vraies dans un sens de l'expression et fausses dans un autre : Âddison se montre ici fort indulgent. Cette con^usio^ d'images peut plaire pendant quelques minutes , mais comme elle n'est pas dans la nature , elle devient bientôt ennuyeuse et fatigante au dernier point. Cowley avait pour elle une affection aussi vive que s'il en eût été Tinventeur ; et cependant^ sans parler des anciens, l'Italie moderne aurait pu lui fournir les modèles de ce genre S »
Cowley a eu l'idée de ressusciter Pindare; mais ces imitations du poète thébain, malgré quelques strophes bien faites çà et là , ne donnent pas l'idée de cette poésie solennelle des jeux olympiques; les odes pindariques de Cowley ont suscité en Angleterre une foule de poètes médiocres qui oiit voulu être grandioses et se sont bornés à être ennuyeux. Mais son ambition n'était pas satisfaite de tant d'es-. sais ; il entreprit un poème épique sur David. Son dessein était de l'écrire en douze chants ; il se fatigua dès le quatrième et laissa son œuvre inachevée. Le JDavidéis est déparé par une foule de concetliy par toutes les prétentions de Cowley et de son école ; mais s'il n'est pas un beau poème, c'est un ouvrage qui révèle une érudition vaste; les notes valent peutêtre mieux que le texte.
Cowley avait étudié profondément l'antiquité; il
* Vu de CowhjTj traduite par MM. Didot et Mahon.
surpassa Milton dans Tart d'écrire en vers latins et ne fut vaincu en Angleterre dans ce genre de composition que par le travail de May qui continua trèshabilement la Pharsale de Lucain. Cowrley est un grand exemple : né avec de belles facultés, il n'a produit que des œuvres entachées (}e mille défauts ^ parce qu'au lieu d'imiter la nature et de se pénétrer de la beauté et de la vérité éternelle, il chercha l'étrange et obéit au mauvait goût de son époque. Ses essais en prose sont supérieurs à ses vers ; là ses idées sont naturelles et' son stjle gracieux. Son ami John Denham, de Dublin, se montra dans sa première jeunesse bien plus passionné pour le jeu que pour la poésie. Aussi la surprise fut grande lorsqu'il publia le Sophi , ouvrage qui fixa sur lui l'attention publique. Très - attaché au parti royaliste , Denham fut»nommé par Charles II surintendant des bâtimens royaux. Des chagrins domestiques le rendirent fou ; il mourut en 1668 et fut enterré dans Tabbayede Wesminster auprès de Chaucer, de Spencer et de Cowley.
Denham est considéré comme un des pères de la poésie anglaise. Prier a dit : Denham et Waller améliorèrent notre versification , et Drydèn la perfectionua. Denham a essayé plusieurs genres , celui dans lequel il a le plus réussi est le poème descriptif. Il a voulu être gai ; mais la légèreté ne lui va pas. Ses pièces les plus médiocres présentent de belles parties. Son poème intitulé la Colline de Coo-
per initia les Anglais à cette poésie dii paysage ddris laquelle ils ont excellé depuis.
Plusieurs petites pièces de DenhaM sôtit célèbres en Angleterre par la netteté de l'expression et la concision de la pensée. Nous citefônsi entre autres ces vers sur Strafibrd t
Sa sagesse était telle qu'elle faisait en marne temps
L'admiration et la terreur des trois royaumes.
Seul, devant leurs armées réunies ,
Il semblait un ennemi de force égale.
Telle était la puissance de son éloquence
Que ceux qui T écoutaient embrassaient bientôt
Sa cause avec plus de chaleur que lui-même.
« Chacun de ses auditeurs croyait être à la placé de l'orateur. Et nul n'était spectateur plus impassible que lui-même. Il avait tellement Tart de remuer les passions qu'on a vu des personnes désirer, pour être défendues par lui, que l'accusa* tien qu'il éloignait fut dirigée contre elles
» Il parlait, et c'était; la pitié privée qui luttait avec la haine publique, la raison avec la rage , l'éloquence' avec le' destin.»
Denhani traduisit Virgile à vingt et un ans: un de ses principaux litres à la renommée est d'avoir modifié la versification anglaise ; il a contribué à en fixer le rhythme. Walïer, que Prior cite avec Denham comme un des créateurs de la poésie en AhgleterrO; naquit dans une positibn brillante : samèro
DlX-SEPTIÊME SIÈGUi. 43
était sœur du fameux Hampden. Doué d'une grandô fortune ;y liValler fut membre du parlement et augmenta encore sa richesse par un mariage. Veuf à vingt-cinq ans^ il se maria de nouveau et continua avec ardeur sa carrière politique. Ses discours sont empreints d'un ardent esprit d'opposition ; cepen- (Jant il s'efiHya des projeta du parlement contre le roi, et trahit un complot dont la découverte fit périr plusieurs citoyens. Waller ne montra aucun caractère dans cette circonstance , son repentir et ses lâches dénonciations lui sauvèrent la vie; il vint en France^ à Rouen^ puis à Paris» où. il étala un tel luxe que sa fortune en fut presque détruite. Waller obtint de Cromwel la permission de retourner en Angleterre^ et vécut dans l'intimité du protecteur dont il écrivit le panégyrique en 1654. Ce poème renferme de magnlûques vers et est considéré comme la plus belle œuvre de Waller; il passe sous silence les faits condamnables de ta vie de son héros, et ne met en évidence que le guerrier et le politique habile. Son poème sur la guerre d'Espagne contient aussi des \ers d'une grande beauté , et son élégie sur la mori^ du protecteur est inspirée par un regret sincère et une admiralioa exaltée. Mais Charles II revint occuper le trône, et l'imagination mobile du poète se se mit à vanter le roi légitime, comme elle avait vanté l'usurpateur; conduite flétrissante ([ui se reproduit malheureusement chez tous les peuples aux époques orageuses de leurâ^ révolutions. l4e9i louanges adrea-
a HrSlTblItE DES LETftlEI^.
ëées à Charles Tlsurson retour furent généralement trouvées trés-inférieurés au panégyrique du: protecteur. On dit que le roi s'en plaignit un jour à Waller et que le vil courtisan lui répondit : Sire, les poètes réussissent toujours mieux dans là fiction que dans la réalité.
Sous Charles II et sous Jacques II, Waller fut de nouveau membre du parlement, et y conquit une place importante par son esprit sans cesse jaillissant ; il vécut dans Tintimité de tout ce que l'Angleterre avait alors de plus illustre. Dans sa vieillesse il écrivit des vers pleins de piété et voulut se retirer dans la solitude; mais il mourut avant Tâccomplissement de ce projet, le 21 octobre 1687.
Les poésies de Waller n'atteignent presque jamais au sublime. 36S idées sont celles qui se présentent dans* la conversation élégante de gens distingués. C'est de l'esprit, de la grâce et du bon sens. Les poètes du règne d'Elisabeth , dit Jonhson, s'étaient principalement occupés de cette partie de l'art poétique, qui après eux fut entièrement négligée ou oubliée. Waller reconnut Fairfax * pour son modèle ; il aurait pu lire avec non moins de fruit le poème de Davies ^ Cet ouvrage, quoique philosophique, est écrit avec une élégance qui séduit et charme Toreille.
f La poésie de Waller est plutôt harmonieuse
' Traducteur du Tasse , mort en 1632.
' Le nosce U Ipsum , par sir John Davies«
. l)li-*SIEPTiÈM £ SIÈCLE « 45
que forte. On trouve chez lui peu d'exemples de ces \ers .pleins et sonores qui , suivant Pope, sont la beauté caractéristique de Dryden. La critique a jugé que ^e prix de la force devait être donné à Denbam, mais que celui de la douceur appartenait à Waller.
Aucun ouvrage des poètes que nous venons de citer n'approche de VHadibras de Butler. Ce poème héroî comique vivra autant que la langue anglaise. Johnson croit que Butler s'est inspiré de l'œuvre immortelle de Cervantes. Son héros est un juge presbytérien , orgueilleux de son autorité , et plein du zèle aveugle qui caractérise l'ignorance. Accompa* gné d'un clerc indépendant , obstiné , querelleur , avec lequel il est toujours en dispute, Hudibras court le pays pour réprimer la superstition et corriger les abus.
Comme toutes les peintures qui retracent des ridicules de sectes ou de partis , et non les passions immuables de Phomme, le poème de Butler a pour nous bien moins de charme que pour ses contemporains, c Cela se conçoit d'autant mieux, dit Johnson, que la gravité aigre et désagréable, la supersti^ tien chagrine, l'humeur sombre, les scrupules inflexibles des anciens puritains ne nous sont plus connus que par les livres ou par la tradition. Nous n'avons jamais vu de nos propres yeux ces sectaires, et ce n'est que par l'étude des temps que nous pouvons encore comprendre les satires dont ils ont été l'objet. Nos aieux avaient à cet égard.un grand avan-
46 âlSYOttlË DES LBTTRIS.
tage 8UP nouss ils jugeaient le tableau d'après la tie» Nous ne jugeons de la vie que par le tableau ^ »
Ce qui était \fai pour Johnson Test bien plui encore pournous. Ainsi Hudibras est assez ennuyeu:! pour un Français du dix-neuvième siècle, tandis que don Quicliotte est ausi amusant qu^il pouvait Têtre pour les Espagnols de son époque. Cela n'empêche
pas que la plaisanterie incisive ou bouffonne de But*^ 1er ne lasse naître souvent, même aujourd'hui^ te rire que provoquent Sancbo ou Sganarelle, et cet esprit si original el si vif est soutenu par une érudition ii^mense. Butler connaissait la théologie , la philoso'» phie, toute la science de son temps, comme notre Ra<» bêlais connaissait son seizième siècle. Il n'avait pa^, dit un critique , soutfert )a vie sana ta voir et sans^ l'observer. Ce mot sovffei^t convient admirablement à l'existence de l'auteur d'Hudibras^ sa biographie laisse de l'incertitude sur le» commencem^ns de sa carrière; tout ce que l'on sait d'une manière certaine, c'est qu'il vécut et mourut pauvre. Et cepen^ dant son poème, par les caricatures qu'il fai<sait des presbytériens, servait puissamment le parti royal. Ses vers étaient colportés , on les savait par cœur, une ioule de dystiques brillans et fortemetit trempés passèrent dans te coutversation an'gtaise et s'y retrouvent encore aujourd'hui. Ce poème avait^ été
l'œuvre de toute la vie de Butler, le fruit des observations et des éludes Les plus, paùentes et les plus
p^faa4^^ f M-Wy^hçrfy» dit Packe, n'a Jamais manqi)^ M(tft &^ul^ oç^s^oQ do r^prés6Q|er au duc de ^^ckiIlgt)a,(^ q\^\ s^rviço M. i^utlpT avait rctndu à la famille i;py^)f^çq éc^^ivaat $on inimitable Hudibras. C'^^it, \^\ ^jépçiUit-il f ui^çi véritable honte pour la cQv^, d'Anglelerjpe dç souffrir qu'un homme de soq caraçtèrie çide son mérite languit 6b$cnrément dans un ét^t vQisii^ de F indigence. Le duo écoutait tou^ jours les représentations de Wycberly avec une bi,çnyçi(tlanciâ marquée. Evjjtu , au bout de quelque y^ffïf^ , i^ \\ki pirçoQ^U de recommander son pro%é aux bojji^tié^ de $a^ majestés M. Wjcherly, dans Tespoj^ 4^1ui tfà)ji(d tçnir parolie , oj^iat de sa grâce de %er le }o»fi qù l(e, poète modeste et malheureux }^fffi;9iji\ être p^éi^enté à son nouveau patron. Le duc décida, enûn qu^ le^ rende;&-vou3 aurait Heu à ^pbuck; Butilei; el, son ami arrivèrent les premiers. i^e duo. ne tarda pas à. lc$ rejoindre. Par un funeste ba^rd> la porte de la cbambre.où ils se tenaient était r^est^ ouxçi;te; ils avaient à peine échangé quelques premier^, mots d^ politesse , lorsque le duc, qui s'était a^^is pfès de cette porte , aperçut un cfe^valiep de sa cpnnaissanoc donnant le bras à deux dames. Cet iqdi^i^n , quoique noble, ne rougissait pas de faire le plus infâme des métiers , et avait déjà rendu plus d'un ignoble ^rvjceau voluptueux Buckingham. Celuirci ne l'eut pas plutôt entrevu qu'il se leva e( CQiirnt. le.rejQÎndre , oubliant à la, fois et son enga» gem^t ^ sa propre dignité ^ bien plus disposée sa«
48 HteTOtRE DES LETTRÉS.
criûer sa fortune pour obtenir des plaisirs salariée qu'à l'employer noblement en venant au secours du mérite malheureux. Depuis ce jour, jamais Butler ne vit le moindre effet des promesses du duc. yi
Le poète royaliste , malgré Tindifference de ceux qu'il soutenait, n'en continua pas moins son œuvre , et publia en 1678 la troisième partie de l'Hudibras, qui est resté incomplet. L'auteur mourut en 1680, âgé de soixante-huit ans.
Si nous n'avons rien cité de l'Hudibras, c'est que nous avons trouvé qu'une traduction française ne réussissait pas à donner l'idée de cette poésie toute empreinte du langage local et des manières presbytériennes. Nous pensons que la lecture des Puritains d'Ecosse de notre illustre contemporain serait une excellente préparation à celle d'Hudibras.
Mais l'ordre des temps nous conduit devant un des plus profonds et des plus austères génies qui aient excité l'admiration des hommes. Au milieu de ces troubles civils qui ensanglantaient l'Angleterre , et auxquels se trouvèrent plus ou moins mêlés les écrivains dont nous venons de parler , John Milton, qui les domine tous de si haut, naquit le 9 décembre 1608, dans la cité de Londres, Bread- Street^ entre six et sept heures du matin.
Son père, qui était notaire à Londres, semble avoir pris grand soin de son éducation ; il eut plusieurs maîtres célèbres, entre autres Thomas Young, puis il alla étudier au collège du Christ à Cambridge. 11
DIXr SEPTIÈME SIÈCLE. 49
écrivit des vers de très-bonue heure ^ mais ces productions de sa première jeunesse étaient loin d'an* noncer le génie sublime qui devait créer un jour le Paradis perdu.
Après avoir pris les degrés de bachelier et de maître^ Milton quitta l'Université de Cambridge et emporta d'elle une ic^ée bien désavantageuse ; son esprit austère trouvait cette éducation trop frivole. Il renonça en même temps au projet d'entrer dans les ordres et se retira à la campagne, chez son père^ qui demeurait alors à Horton, dans le Buckingham* schire. 11 passa cinq années dans cette solitude, étudiant avec ardeur les auteurs grecs et latins. Ce fut pendant ce séjour à la campagne qu'il composa le Masque de Conius , pièce tirée de la Circé d'Homère. Après cet essai vint Lycidas , élégie sur la mort de M. King , fils de sir John King, secrétaire d'État pour les affaires d'Irlande, pendant les règnes d'Elisabeth , de Jacques et de Charles ^^ Cette élégie rappelle les poètes toscans, que Milton connaissait et ^aimait. Sa pastorale iniiiulée : V Arcades est à peu près du même temps.
Milton quitta l'Angleterre en 1638 et vint d^abord à Paris , où lord Sendamore le mit en rapport avec Grotius, résidant alors à la Cour de France, comme ambassadeur de' Christine , reine de Suède. Mais il avait la passion de l'Italie et il se hâta dé se rendre dans cette belle contrée : Florence le retint deux mois ; il visita ses académies et y lut ses premiâ*es