VI
8ft HisT,oi»ig 1JR8 wi;tB*s.
ygkfBf^ des morts. Cependant, la plupart des $cènes d^. cettQ pièce sont délicieuses ; on y trouve je Qe sais quell^ aberration^ quelle folie majestueuse, telle que si parfois elle excite le mépris^ souvenit aussi elle ipspire un sentiment de vénération; en un mot^ c'est up temple de l'union bizarre et soutenue du ridicule et du merveilleuse ^ v
Drjrden se livre encore , dans Tépilogue de cette pîèo0.| à sa manie de dépréciation ; il ne craignait pias (te s'attaquer aux morts quand les vivans ne suftsaieat fdusà ^a rage. Ainsi il dit, dans la préface dtL Fmx mtrologue : i Les intrigues des pièces de Shakspeare se trouvent dans les Cent nouvelles de Gmtfa^o. Beaumont et FJetcher ont puisé les leurs dans des contes espagnols ; Johnson est le seul qui soit} vraiment l'inventeur des siennes, v Dryden étattbenreux de rabaisser ainsi le grand Shakspeare au pro^t d'un poète dont la renommée ne l'inquié- Hiit guère. Cette manie belligérante suscitait néces*a^irement des orages autour de chaque création de l'auteur. La Conquête de Grenade fut attaquée à outraase* Settle se vengea par une brochure, qui est iiftordante 9 sans reproduire tout racbarnemant de Afyd^ Qoi^tre son auteur ; mais un certain Martin GU0i^r4.9 auquel le docteur Sprat adressa sa Vie de Cêu^y^;^ éci^ksa le poète de l'éloquence la plus lo^fd^, iCe qqevpuç écrivez , liiî. disait-il entre
' Fies d09 poMes anglais.
autr^ £élicitatioQs , ressemble à la hoitfiqua d'un wai jack'<^'€dl^trudeê '. On y trouve de la variété, mais rien qui vaille. Si vous n'èles pas f^mimal" plante le plus lourd que la terre ait jamais produit , tous les gens avec qui j*ai parlé de Vous s abusent étrangement i^^r votre compte. »
Don Sébastien , joué en 4690 , est regarde comme je plus beau dt ame ép Dryden ; IT^ici pmr l'anour , feinf^rquable surtojut par k «tyle , ne vient q^'Msuitau Jkm SéboÊiàen est beaucoup tnc^ long pour la scéfu^e ; mi^is ii offre oqe grande i»riété de oanuc^res et d'intrigues. Plusieurs morceattxen soi^ d'aîttesos ib^srcélèbres oomme poésie ; c'était là una des qualités émiiient^ de Dryden , ses pièces^ 1^ plus io^dtoanemeat oonçues. se sauvaient par quelques, vers éUouissaos; mais cormcM Tintépét et ie bon sens draaiatiqxie san| une conditktft jtite fKd non de reiîsftence d'une pîèoe de tbiéâtre, toute cette <é(iB- Ridante poésie se iît encore parfois et ne se joqe plus. Vf^aire avait ^é frappé de eeite beauté poétique dûs pièces à^ Dryden : il a traduit ainsi un feagmept oétébre de la Jtragédie à'JaucmgrZekz
De desseins en regrets et d'errears en désirs , Les mortels insensés promènent leur folie.
Dans des malheurs présens , dans l'espoir des plaisirs, IfoiM ne irivons jamais*, nocm aV(end€fns la^vie ;
^. JudUofé'câMitëd^Sy «kpMstiiNi popiàiîne, Jktafaesjdû itfâus
Bi HISTOIRE DES tETtRÈS.
Demain , demain , dit-on , Ta combler tous nos Toenx. Demain Tient et nons laisse encor plus malheureux. Quelle est l'erreur, hélas 1 du soin qui nous dévore? Nul de nous ne voudrait recommencer son cours. .De nos premiers momens nous maudissons 1* aurore y' Et de la nuit qui vient nous attendons encore Ce qu'ont en vain promis les plus beaux de nos jours.
Voilà 9 certes , de haute philosophie morale I et le portrait est si ressemblant que chacun applaudissait à cette peinture de sa propre soufl'rance. Il y a dans ces \ers quelques imperfections qui n'appartiennent qu'au traducteur.
Dryden tenait quelques-uns de ses défauts des poètes métaphysiciens dont nous avons parlé dans ce chapitre ; >7Valter Scott a dit que le trait distinctif du génie de l'auteur de Don Sébastien semblait avoir été la faculté de raisonner et d'exprimer ses raisonnemens/ De là vient sans doute que ses personnages sont plus souvent des dialecticiens que des êtres qui sentent et agissent. On voit presque toujours que c'est le poète philosophe qui parle par la bouche des acteurs. Aussi la réalité se trouve très-peu chez Dryden ; il est loin d'ailleurs d'embrasser , comme Shakspeare, toutes les manifestations de la vie humaine , de comprendre toutes les passions et toutes les douleurs, de se jouer^ comme lui^ avec une facilité prodigieuse, au milieu de cette foule d'hommes et de femmes de tous les caractères et de toutes les conditions. Dryden peint aveC|Vigueur les sen-
timens énergiques , la fierté , la colère , rambîtion; mais Tamour ne l'a inspiré que très-malheureosement. C'est que, pour peindre cette passion , le gé« nie de Tobservateur ne sufBt pas; c'est à ce propos qu'il est surtout juste de dire : Le cœur seul est poète. L'amour, pour Dryden , est une fièvre sensuelle oa une analyse maniérée et subtile, qui fait penser que le poète n'a jamais aimé. Il sentait cependant la nature en homme d imagination ; les influences du paysage sur l'âme sont exprimées par lui en vers magnifiques. « La poésie élégante de Dryden surpasse celle de tous les poètes qui l'avaient précédé , alî'il n'est inférieur à aucun de ceux qui ont écrit depuis en vers anglais. Il démontra le premier que la langue anglaise était susceptible d'unir la douceur à la force. Les vers durs de ses prédécésseary furent abandonnés même par les plus mauvais ver* sificateurs , et, grâce à ses préceptes et à son exemple , les plus médiocres chansonniers de l'année 1700 firent des vers plus doux que Donne et Cowley, les principaux poètes de la première moitié du dix-* septième siècle. Johnson a appliqué à la poésie an^ glaise , perfectionnée par Dryden , ce qu'on a dit de Rome embellie par Auguste , « qu'il l'avait trouvée bâtib en briques et qu'il la laissa bâtie en marbre'. » Voilà sans doute un magnifique éloge; et Wat ter Scott est une autorité trop imposante dans celte
^Vlàde John Dryden^ par Walier Scot^
qiMtftieli pbMT ()tie nouft ayoafi l'idée de la eom-* battre ; nous épirou\ODS cependant le besoin de dire que plusieurs scèDes de Shakspeare, et entre autres celle du balcon dans Mantét)'^ nous semblent écrites en \erft aussi suaves et aussi mélodieux que les plus soaTéé et les plus mélodieux de Drjden.
Ce poète n'eut pas le génie de la comédie ; ses pièdes comiques n'offrent ni naturel ni légèreté. Ses caractères n'indiquent pas une grande faculté d'observation ; il semble enfin ne s'être adonné i ce genre que pour obéir au goût de son époque. Des ^(Abes d'une obscénité révoltante déparent d'ailleurs ses bofmédies y et les pièces héroîquëi» de l'auteup sont souvent eitapreintes du même dé&ut; -. G*est dans Ib pbésie lyrique qu'il en^celle^ et , à virai. dirë^ les beautés de son tbéâtre sont toiited lyriques; i La Fête d'Alexandre , dit encore Walt^ Scott ) suffit peur prouver sa ^ supériorité. Dàbs eètte production ravissante , il brisa toutes les en-» (raves dans lesquelles ses contemporains avalehl embarrassé l'ode. Son style, aiissi noble et aussi éaergi4ue qbe ses idées > çst généralement simple et harmonieux.. Le sujet, dégagé d'allusions rei cherchées, d'épithètes ou de métaphore^, eM ra* eoiité aussi claireitient que s'il était en prose. LÀ h9i¥pe de Tîmothée règle seule , par ses change- Biens de tons < la mélodie et les paroles de chaque stance. L'auditeur, en se laissant entraîner par cette modulation variée » épfbttve presque les taènies
filXiSfiPTlÈllE 81ÈCLB. SI
sensations qae le monarque macédonien et ses etipi* taines. Ce beau poème ti'est dégradé par aucun mot ni aucun \ers qui en soit indigne.
« A l'égard des autres ouvrages pindariques dâ Dryden, quelques-uns, tels que la célèbre ode à la mémoire de mistress Killigrew , ont un peu du levain de Gowley;, d'autres, comme le Threnoéià Augustatis , sont quelquefois plats et lourds. Tous contiennent d^s passages brillans et une versifica<i tion mélodieuse, malgré son irrégularité. On at** tend la terminaison d'une stance de Drydeii cotnme l'explication d'un passage difficile en musique ; et', quelque confus et irrégulier que paraisse le son j Toreille est charmée en proportion par la facilité inattendue avec laquelle l'harmonie sort de la dit** sonance et de ta confVision \ »
Comme poète satirique , Dryden a un talent de premier ordre. Sa fameuse satire politique , Abêtàèn et Architophel, dirigée contre la faction qui , à l'ill* étigatioû de lord Sbaftesbury, avait pris le duo dd Monmouth pour chef, eut un succès prodigieux. Addi^n â cherché à expliquer cette vogue par ded raisottë trop ingénieuses t elle est toute naturelle ^ puisque cette âalire , écrite en vers excellebs et pleiiis (l'esprit audacieux, irritait au plus haut degré les passions politiques de l'époque. M^Uér
' ^VUdelbryden.
Scott a dit : « La satire , a^ant Dryden , était aussi inférieure à Absalon et Architophel qu'une ode de Cowley à la Fête d'Alexandre. » Dryden publia dans la même année la Médaille, petite composition dont le sujet était une médaille frappée à Toccasion de lord Shaftesbury, qui eut le bonheur d'écbapper , par l'ignorance d'un jury composé d'babitans de Londres, à une poursuite dirigée contre lui.
Dryden fut attaqué , relativement à ces deux poèmes, par Elkanah Settle , qui obtint de son côté un si grand succès, qu'il partagea avec le poète chéri de l'Angleterre les suffrages du public. € Telles sont les révolutions de la gloire , dit Johnson , ou plutôt tel est l'empire de la mode , qu'un homme dont on ne s'est point encore occupé de rassembler les ouvrages, et qui mourut oublié dans un hôpital, balança la réputation d'un de nos plus grands auteurs, v
Quelque temps après l'avènement du roi Jacques à là couronne, Dryden embrassa le catholicisme , et ses ennemis lui en ont fait un crime , en disant qu'il savait plaire ainsi au nouveau prince. Mais il faut remarquer, à l'honneur du poète, que sa conversion fut probablement consciencieuse , car il y eut dans )e même temps un mouvement très - remarquable vers la religion romaine : des savans et des théologiens, sir Kenelm Digby, les deux Reynolds , Ghillin'gworth , abjurèrent le protestantisme.
Depuis cette époque, Dryden s'occupa de traduire des ouvrages de controverse et d'histoire religieuse ;
DIX-SEPTIËHE SIÈCLE. 89
on a de lui aussi un poème en faveur de TÉglise , sous le titre de La panthère et la biche. Ces divers travaux , dont le dernier prêtait assez au ridicule , furent critiqués très-vivement par le comte d'Halifax , Prior et Thomas Brown * , facétieux écrivain qui occupa ses contemporains et que la postérité a oublié depuis long-temps.
La révolution qui renversa définitivement les Stuarts ravit à Dryden la place de poète lauréat ; on la donna à Thomas Shadwell , poète dramatique, né en 4640 : il était aussi fécond que médiocre. Voltaire a dit de lui, dans sa dix-neuvième lettre philosophique : ff Cet auteur était assez méprisé de son temps , il n'était point le poète des honnêtes gens \ ses pièces , goûtées pendant quelques représenta^ tions , étaient dédaignées par les gens de bon goût , et ressemblaient à tant de pièces que j'ai vues en France attirer la foule et révolter les lecteurs, y
Dryden livra son indigne successeur au ridicule en célébrant V Incorporation de l'intrus. C'est à cette occasion qu'il écrivit Mac-FlecÂroe, poème satirique par excellence, dit Johnson, vrai modèle du genre, dont la Dunciade , ainsi que Pope le déclare lui* même , n'est qu'uiie imitation faite cependant sur un plan plus vaste et plus riche en incidëns.
^ I^monrot en 1704. On a de lui des brochares, des dialogtoies, des lettres et quelques poésies. Tout cela est asses re* marquable par np accent de gaité franche et spirituelle.
90 HISTOIEE HfiS Ii«TT|IES.
La carrière du poète ooutinua ct'ètre laborieuse j il traduisit Ju vénal el Perse , en se faisant aider par ses fils, et dédia eette traduction à son prQteo* teur lord Dorset ; puis vint une grande œuvre , la traduction de Virgile, que les Anglais placent encore aujourd'hui auprès de la traduction d'Homère par Pope. Le dernier ouvrage de Dryden est un recueil de fables composées , dit-on , pour obéir à un contrat, par lequel il s'obligeait à livrer dix mille vers à son imprimeur pour la somme de trois cents livr^ sterling.
Perclus depuis plusieurs mois de tous ses membres, Dryden succomba le l^"" mai 1 701 ^ dans Gérard* Street. Il fut enterré à l'abbaye de Westminster, parmi les plus grands hommes de sa patrie.
Nous n'avons guère parlé de lui que comme poète : Walter Scott dit que sa prose est égale à la meilleuro de la langue anglaise. Ses ouvrages de critique révèlent des connaissances variées et profondes exprimées d'tine façon à la fois éloquente et ingénieuse. On lui a reproché des mots vieillis, qu'il devait à l'étude de Ghaucer , dont il lut souvent les yen danci les derniers temps de sa vie.
Dryden ferme le dix-septième siècle, qui fut fécond en écrivains de tous genres : nous avons encore plusieurs noms à ajouter à ceux déjà cités dans ce chapitre. La poésie était cultivée avec succès par plusieurs de ces hommes qui concourent à former une anthologie sans parvenir à te créer une exisle&M
Dl!lt-IIÊfTltM£ SIÈCLE. 91
Kttè)*«tlfe {)èHônnelle. Ainsi le eourtlsah débauché dé Charles II ; ce comte de Rochester dont Johnson a dit qu'il Yécut indigne de lui et des autres, bélèbre dans la société anglaise par sa conversation spirituelle et par ses extravagances, écrivit en se jouant «ne imitation d'Horace , des vers à lord Margrave , tine satire sur Thomme, des vers sur rien, et quelques autres pièces , que les contemporains savent par cœur et que la po.<^lérité oublié. Le comte de Rbsebtnmôn, Irlandais, flis d'une sœur de Stattbrd, âpres avoir voyagé en Italie, voulut fonder en Angleterre une académie que les circonstances politiques empêchèrent de naître , et traduisit TArt poétique d'Horace et une églogue de Virgile ; il composa aussi des vers politiques et quelques petits morceaux Iréguliëremefit rimes. Pope Ta désigiië comme le seul éorivaih moral tiul ait honoré le règtié dé Charles IL Pomfrfet écrivît , Sbus le tit^édfe ihe Ckoicé (le Choix), un poème c^ui n^est (|uMne peinture de la vie privée la pllis monotone , mais pleine d'dn doux repos : on ùe sait tirof) pourquoi cet tttiviragë est devenu tréspopuldire en Angleterre. Dorsel y protecteur pslyant de Dryd^ 3 atiquël le jloète eiit là fàibtesse d'écrire : k Je vous ciiQrai, vous ttiilord, J?6ûr la satire et Shaskspçare fk^ur là tragédie » 5 a laissé quelques m«uvaises compositions, dont I A plus importante est une çbapsbn eli onze l30uj[)Iets. John Philips, qui naquît le dQ décembre 1676 à fislmpton , dans rOx=^ fordshirc;» était doué éà talehs «U^érièiirs à eetit dis
ces hommes ; son poème^ intitulé Le précieux sche\n ling est une sorte de parodie du style de Milton , écrite avec un rare esprit ; les autres poèmes, intitulés : Blanheim et le Cidre , offrent aussi des traces d'un talent incontesté. Il avait conçu le plan d'un poème sur le Dernier jour ; mais la mort qui le surprit . à trente-trois ans ne lui permit pas de terminer cet ouvrage. Otway mourut au même âge ; celui-là est une plus grande perte pour les lettres , car son génie avait de la profondeur et une énergie très-rare. On sait très-peu de chose sur sa vie : né de Humphry Otway, recteur de Woolbeding , il voulut être comédien , ne réussit pas dans cette carrière, et se livra à ses goûts pour la littérature dramatique. Il écrivit une tragédie d'Àlcibiade^ traduisit la Bérénice de Racine et les Fourberies de Scapip de Molière , et fit jouer ensuite une comédie, l* Amitié à Idmode. Jusquelà la carrière d- Otway n'eut pas un grand éclat ; il était, dit'-on, de toutes les parties de débauche des seigneurs de son temps ^ et cette vie a sans doute arrêté l'élan de son génie. 11 fit représenter en 1675 une tragédie de Don Carlos, qui eut un grand succès , mais n'est pas restée au théâtre. V Orpheline,' ^m contraire , jouée en 1680 , a été vue avec plaisir pendant près d'un siècle. G' est une tragédie domotique assez dans le genre de certains drames modernes ; le style est médiocre, mais le sujet est pathétique, et plu- 3ieurs scènes sont écrites avec une énergie de sentiment qui arracHe des larnptes,
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La même année vit paraître l'histoire et la chute de Caius Marius , pièce médiocre qui a le malheur de rappeler Roméo et Juliette. En 4683 et 4684, Otway fit représenter la première et la seconde partie de laFortune d'un soldat, deux comédies qui n'ont pu se soutenir à la scène ; mais l'année suivante fut joué le chef-d'œuvre du poète, cette tragédie de Venise sauvée, que les acteurs anglais représentent encore aujourd'hui. On en a retranché, il est vrai, des scènes dégoûtantes, d'un comique bas et grossier, que le public actuel repousserait avec dédain. Otway, dit Blair, était doué du génie de la tragédie, et il Fa déployé d'une manière supérieure dans l'Orfheline et la Venise sauvée; peut-être même est-il trop tragique, car les infortunes dont il nous rend le témoin arrachent des larmes amères et déchirent l'âme. C'est sans doute un écrivain plein d'esprit et d'imagination, mais grossier et sans goût. Il n'est point de tragédies moins morales que les siennes.
Comme on le voit en lisant ce tableau de la littérature anglaise, Milton plane de très -haut sur toute la poésie du dix-septième siècle; après lui, mais loin de ce géant , le nom de Dryden se pré* sente à l'admiration des hommes. L'histoire et la politique occupent aussi une grande place dans cette époque. L'Histoire de la rébellion par Glarendon, tant de fois cité par les écrivains qui se sont occupés de l'Angleterre, est digne sous plusieurs rap-
pçtrto de «a r^utation» quoique le style en «oit souvent diiîm.
(le cheyaliçr C^uilla^me Teio^e» qiie If* c|e Chateaubriand coi^pare à d'û$$a^ ^ en faisant nfi» r& serves «ur la supériorité de ce dernier > «piés a^îr rempli d'éminentes fonctions oamaie diploniate, se retira dans |a solitude, et y écrivit des mémoires utiles j| ccMdSulter pour ks laits pditiques qui se sont passés de 161Si è 46Ut2, et quelques autres œuvres parmi lesquelles oa distingue son introduction à l'histoire d'Angleterre , qui est une ébauche d'histoire générale. Ce diplomate philosophe % de la profondeur et de l'énergie. La critique pnesque créée par Dryden fit la réputation de Gérard Laagbaine, né à Oxford en lt>56 et mort en 1692. Son histoire des poètes dramatiques anglais jouit d'une réputation légitime. L'histoire de la rééormation en AAgleterre est un livre inspiré par une passion ardente contre l'église catholique ; aussi aon auteur, Gilbert Burnet, né à Edimbourg en 1643, et Tun des plus célèbres évéques proteslans, fut-il publiquement complimenté par les deux chambres. L'Angleterre a essayé long-lemps de placer cet écrivain sur la ligne de Bossuet, qui le réfuta avec sa puissance ordinaire ; mais nous croyons cette pré*tention abandontiée depuis long-t^nps. « Burne^, dit M. de Chateaubriand , était un brouillon et un Êictieux 4 la n^anière des frondeurs : il n'a dans nés méoioires ni la candeur révolutionnaîfe dfi
Wk^Iopk, ni t'ei^altation républicaine ^a L«dlow. • Le8 mémoires histociques sont une des grandes ri* ebessesde TAngleterre dadix-s^tème siècle. C'est là surtout qu'il &ut étudier le mouvement politique et religi|eiix de cette ^oque tourmentée.
La réfiMrme fit naître une foule d'oratesrs dans les divises sedes du clergé «nglnis ; jamais flux de paroles n'a coulé plus abondant des lèvres humaines. Celui de ces hommes qui a laissé le plus brillant souvenir naquit pauvre dans le comté d^York ea 1629. Jean Fillotson fut d'abord près* bytérieoii pu^s amené à embrasser la communion anglfcanef par la lecbire de Chiilingworth. Devenir ministre, il étudia profondément l'Ëcriture^ et son éloquence excita tant d'admiration, qu'elle te fit asseoir sur le siège de Gantorbéry. Fillotson est regsp:dé o^me le premier orateur chrétien de l'An-* gleterre f U épura le langage de la chaire. Ses sermons sont des modèles de noblesse simple ; ce sont des entretiens élégans sur la morale et la religion. Les Anglais le regardent comme supérieur à tout ce que la France a produit: c'est une opinion que BOUS n'avons pas la prétention de modifier chez eux ; mais nous croyons Fillotson fort inférieur à nos grands orateurs catboljqpies. Il n*a ni leur ^ùtrainement, ni leurs mouvemens passionnés, ni ces mots d'une éloquence si étonnante qui tombent de Tàme de Bossuet comme .de celle des prophètes. Cette admiraldon fanatique ne nous étonna pas <lu
reste de la part d*un peuple qui, malgré sa grandeur^ est atteint de la monœnanie nationale k un degré extraordinaire. Et d'ailleurs le protestantisme, avec sa malheureuse tendance à éteindre toute imagination dans Thomme, rend ses sectaires peu propres à sentir les orateurs inspirés et sublimes.
Nous parlerons dans un autre chapitre de l'éloquence parlementaire en Angleterre; pendant la première révolution aucun orateur n'a laissé un nom illustre , les véritables orateurs de la Grande- Bretagne appartiennent au dix • huitième siècle, c Est-ce Hampden ou Ludlow, que l'on pourrait comparer à Mirabeau? demande M. de Chateaubriand; supérieurs en morale, ils lui étaient fort inférieurs en génie, v
Au milieu de tout cet emportement social , une des plus puissantes intelligences scientifiques que Dieu ait accordées à l'admiration de ce monde travaillait dans le silence et le recueillement. Quoique cette partie des connaissances humaines ne soit guère du domaine de ce livre, l'influence de Newton sur le genre humain a été trop profonde pour que son nom glorieux ne soit pas inscrit dans l'histoire des lettres.
Né en 1642, à \Volstrop, dans la province de Lincoln, Tsaac Newton étudia dès l'enfance avec passiop les mathématiques et principalement la géométrie. On prétend qu'à vingt-quatre ans il avait fait ses grandes découvertes et posé les bases de ses
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deux prodigieux ouvrages : les Principes et VOpiique. Depuis long-temps déjà une grande rénovation scientifique s'annonçait dans toute l'Europe. Dans la patrie de l'immortel géomètre^ le génie encyclopédique de Bacon avait enseigné à l'homme la route qui devait le conduire par l'observation à la connaissance de la nature qu'il est appelé de plus en plus à soumettre. En 1543 un volume écrit en latin et intitulé : Des révolutions des orbes célestes y créa toute l'astronomie moderne. Copernic y révélait le système du monde; il avait trouvé dans la contemplation de l'infini, dans les rêves sublimes de sa propre pensée, ce que Galilée, Kepler et Newton devaient démontrer scientifiquement plus tard.
Les découvertes de Kepler suivirent celles de Copernic ; celui-là sortit encore de l'Allemagne, et fut protégé par le célèbre astronome Tycho-Brahé, qui l'appela auprès de lui en Bohème en 1600. Kepler découvrit le mouvement des planètes ; mais il ne l'expliqua pas , la science marcha ainsi graduellement, et chaque homme de génie donna son nom à un progrès. Kepler fut récompensé par la misère, et cependant qui jamais jouit d'un bonheur plus grand et plus pur? Voici comment il termine la préface du cinquième livre de ses harmonies du monde. < Déjà depuis huit mois j'ai vu le premier rayon d& lumière; depuis trois mois j'ai vu le jour; enfin, à cette heure, je vois le soleil de la plus admirable contemplation. Rien ne me re« n. 7
tipnt plus , je m'abandonne à mon entl^usîa^iaô , je veux braver les mortels par Taveu franc que j'ai dérobé les vases d'or des Egyptiens pour en former à mon Dieu un tabernacle loin de TÉgypta idolâlro. Si Von me pardonne, jem'ei^ réjouis; si Ton ^'ir'rite, je me résigne. Le sort en est jeté, j'écris mon livrç. Qu'il soit lu par la génération présente ou par la postérité} qu'importe I H pQut attendre son lecteur ; Dieu n'a-t-il p^s attendu ^i^^ mille an;^ peut ^ donner un spectateur ? 9
Vers le même temps l'Italie voyait haitve iin bomme dont les regards devaient pénétrer dans les profondeurs du cieU Galilée vit le jour à Florçncç en 1564, travailla les malbéniatiques avec enthou^siasme dès son enfance, séjourna à Venise, puis à gadoue comme professeur de philosophie, et finit
{^aif être rappelé h Florence, comblé de faveurs par e ^ai^-duc Cosme II. Des en£ans d'un lunetier ^ Bjlidi^elbourg, jouant avec des verres, s'aperçarçnt que, placés à uiie certaine distance, ils^ gros? sissaient les objets. Le bruit de ce pliénof^èae s$ répandit en Italie, et Galilée en fut vivement frappé, 11 tailla deux morceaux de verre, et,. les ayant {Mlacés dans un tuyau d'orgue, le télescope fut inventé! C'était l'infini qui allait apparaître aux y^ui; ^ rhpmiDe par ce taible moyen. Des milliers d'astres i^çoapus spintîllèrej^t à ses regards, et il e^tr^, #a* iffi 4a,ns rintelligenca de Timmens^e œuvre de Dieu. Il faut renvoyer les détails à l'histoire de l'astrQ-
IMXTSBPtltaE iiicui» SB
«MDiie ; le nofide entiet OMnalt Ica perséeHftons atroces subrâs par le savaql flcNteatm pour avoir déepuMH l'tfiimQliiMté en ai^^il et I» aoumment de la terre. La Éullbeiiretise uumt êm ymwdàm la
Bible, un cours de science astronomique, tandis que ces mots arrêter le soleil ne sont qu'une phrase de poète pour exprimer que le jour se prolongea, força Galilée à se jeter à genoux en présence des inquisiteurs, et à blasphémer en déclarant que sa découverte était fausse : E pur si muove, murmuraitil en pleurant. Mais la vérité est immortelle, et cette connaissance admirable était acquise au genre humain.
Yoilà où en était le travail scientiûque en Eu* rope, lorsque Newton appliqua à ces recherches son vaste et pénétrant génie. On sait qu'une pomme, en lui tombant sur la tète, le fit songer au phénomène de la pesanteur, et qu'ayant été conduit à se demander pourquoi la lune ne tombait pas comme cettç pomme, il découvrit la grande loi de la gravitatioti universelle.
En 1686, il publia son traité des Principes mathé^ matiques de la philosophie naturelle, dans lequel il démontrait d'une manière admirable la mécanique céleste. Newton vécut, comme les anges, d'une vie toute spirituelle, et la science lui fut révélée. Il expliqua le monde , on peut dire qu'en quelque sorte il expliqua Dieu.
100 aiSTOIHB DES LBtTMS.
Toote l'humanité progressa et fut comme enno*blie par l'œuvre de ce grand homme, car c'est monter dans la sphère des êtres que de pénétrer plus avaikt dans les mystères de la création.