‹ Histoire Des LettresChapitre 5 sur 10 · LITTÉRATURE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

LITTÉRATURE FRANÇAISE

Oommeiicenieiis du dîz-ieplSèiiM nèele. •— &e eavdîAal d« HIehe* lîea. •— L'Académie française. —-Poésie. — Homans. -^ Ii'hfttel Aambooillet. — Raean. — IToitare: -^ Balsàe. — Benserade. »— Obapelain. — 8aint-Aiiiaiid.*-]ée pèlre tiemeine. — Kéiiage,— « Scudéry. — M^i" de Scadéry. -— &a Calprenède. — Madame da Xiafayette* — Madame de Sévigné. >— Bossi-Habnliii. — SaîaW Bvremoiit.

Deux grands homcbes politiques , le bardinal dô Richelieu et Louis XIY^ ont exercé une puissante influence sur les lettres françaises au dix-septième siècle. Tous deux ont senti Timportance sociale de la littérature et des arts. Le cardinal eut à combattre la maison d'Autriche 9 les protestans^ l'aristocratie française 9 la reine mère, qui fui sa bienfaitrice, le frère dti i^oi , la reine régnante et le rdi lui-môme* Vainqueur de tdus ses e11i1emi35.il fonda eh Franet

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la monarchie absolue sur rabaissement de la haute noblesse , et prépara ainsi , sans le vouloir, l'avénement du peuple dans les afTaires publiques. Il domina par la terreur, paj Téchafaud , surtout par son génie; au milieu de ces révoltes intérieures sans cesse renaissantes, de ces guerres étrangères par lesquelles il agrandissait la puissance du royaume » il trouva le moyen de fonder TAcadémie française, rimprimerie royale et le Jardin-des-Plantes , appelé alors Jardin-du-Roi. Yoici en peu de mots les détails que donne Pélisson sur la fondation de l'Académie française. En 1629 M. Godeau , qui depuis a été évèque de Grasse , MM. de Gombauld , Chapelain , Conrart , Giry , Habert , commissaire de Tartîllerie, l'abbé de Cérisy, son frère, de Serizay et de Malleville , s'occupant tous d'études scientifiques ou littéraires , trouvèrent commode de se réunir à jours fixes chez l'un d'eux pour causer et lire, familièrement et sans ostentation aucune. Pendant plusieurs années ce commerce fut pour eux une source d'instruction et de jouissance ; mais ils étaient loin de présumer que leurs réunions dussent donner naissance à la plus célèbre société littéraire de l'Europe. M. de Bois-Robert , ayant été admis plusieurs fois à ces réunions^ fut frappé de la franchise et des lumières qui présidaient aux conversations, et aux jugemens que l'on portait sur les ouvrages de chacun ; il en parla au cardinal de Richelieu , dont il était le trèsspirituel Êunilier. Le ministre proposa dès lors de

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constituer une corporation littéraire , sous la protection du roi. Il y eut quelques hésitations; plusieurs membres craignirent la solennité et la dépendance d'une société reconnue par l'État et ayant une existence publique : mais toutes ces répugnances furent vaincues et l'assemblée constituée , en 1634, sous le ..titre d^ Académie française.

Dés lors Richelieu se fit le Mécène des gens de lettres; on verra au chapitre sur Corneille quelques détails relatifs à ce protectorat et aux pièces que le ministre faisait écrire par Bois-Robert , Golletet » TEstoile, Corneille et Rotrou. Il écrivit, lui-même, quelques ouvrages de controverse et de religion ; sa méthode de controverse sur tous les points de la foi est un des meilleurs livres de ce genre parus avant Bossuet, Nicole et Arnauld; mais il reste loin de ces maîtres. 11 faut porter le même jugement sur Yinsiruction du chrédeneth Perfection, petits traités qui ont précédé nos plus célèbres travaux dans ce genre. Son testament politique , dont Tauthenticité a été contestée par Voltaire , est resté presque inconnu , et cette circonstance semble confirmer l'opinion du philosophe de Ferney.

La poésie française, autre que, la poésie drama* tique , ne fit pas de grands progrès pendant ces premières années du dix-septième siècle, à l'abri du pouvoir de Richelieu ; nous ne rencontrerons pas de noms comparables à ceux de Ronsard , de Régniw et de Malherbe, car, quoique ce dernier fût

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contemporain^ du cardinal , sa gloire a été prinei* paiement acquise avant cette époque. Raean, qui fut son élè\e , à écrit des pastorales gracieuses ^ quoiqu'un peu diffuses; son vers a de l'harmonie^ et sa pensée une teinte mélancolique et rêveuse : ses stances sur la retraite jouissent encore d'une célébrité qu'elles méritaient alors. Tallemant des Réaux raconte de ce poète une suite d'aventures charmantes et de distractions incroyables. Maynard| secrétaire de la reine Marguerite^ et sollieiteur malheureux du cardinal , et plus tard 4e la reine Ai^e d'Autriche , a laissé quelques pièces de vers très-connues contenant des louanges et des épigrammes adressées à Richelieu ; la forme de sa poésie est plus pure et plus ferme que celle de Râcan I mais ce dernier a plus de charme et de douceur. Sarrasin ne fut qu'un mauvais imitateur de Malherbe. Gombaud et Halleville sont des poètes tellement médiocres que leur nom lui-même s'oublie.

Yoiturei selon l'expression de madame de Mottevillci l'amusement des grandes dames qui font profession de recevoir bonne compagnie, eut une célébrité énorme^ sans doute à cause de ces succès féminins I car les vers de ce poète sont lâches et pleins d'incorrections. Ses lettres, que tout le monde s*arrachait alors, offrent sans doute des traits fort spirituels , mais souvent c'est un recueil de petites prétentionsi de bons mots milsqués, de }ir'!*

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g<tt précieiu: digne de l'hôtel de Rambouilleti dont Voiture était le commensal bien-aimé.

Son ami| Jean-Louis Guez^ seigneur de Balzac, né à Ângoulème en 1S94| y allait plus rarement} mais cependant il y était très-connu. Protégé par le cardinal de Richelieu, qui l'avait nommé historiographe du roi I avec un traitement de deux mille livres, Balzac fit grand bruit par la publication de ses lettres, dont le premier recueil parut en 1624. Les ouvrages de Balzac sont depuis long-temps oubliés, comme tous les livres qui ne parlent ni aux passions ni à la pensée de Thomme; ses traités, Ariêtipfe, le Prince ^ le Socrate chrétien^ renferment sans doute un grand nombre de traits ingénieux et de phrases élégantes ; mais les idées n'ont aucune profondeur. Les lettres de Balzac sont de la môme nature ; de l'esprit, mais frivole. M. Nisard a très^ bien dit i < Balzac est le génie de ees formules finales qui terminent toutes les lettres, et oe qu'il dépensa d'esprit pour amener de mille manières différentes et toutes spirituelles l'inévitable votre très-humble et tfig'obeiisaniêerviteur ùAi incroyable. S'il eût employé cet esprit de combinaison à méditer un si^et, peut-être eût- il fait un livre durable* i

Gomment donc expliquer l'éclat de Balzac dans son temps? Rien n'est plus simple : il constitua , pour ainsi dire, la prose française, il fit pour elle ce que Malherbe avait fait pour la poésie. Il coupa ses phrases avec art, les débarrassa des longueurs

et des obscurités du seizième siècle. Il comprit que la prose avait une cadence à elle comme les vers, et il la lui imposa d'une main ferme et savante. De plus, il poursuivit à outrance les patois provinciaux» et, comme on Ta dit, centralisa la langue. Le moment était venu, tout le monde attendait instinctivement cette révolution dans le style ; aussi fut-^ elle saluée avec acclamations. La prose française ne devait pas tarder à recevoir sa véritable consécration par les premiers travaux de Pascal, ce grand génie dont nous parlerons bientôt.

Mais continuons auparavant à esquisser l'histoire littéraire de cette époque en nous occupant de noms moins imposans.

Benserade, l^ amuseur des ruelles % fut le rival fameux de Voiture dans cette grande guerre des deux sonnets qui partagea en deux camps la cour et la ville : les jobelins étaient les partisans de Benserade, qui avait fait un sonnet sur Job ; les uranistes adoptaient Voiture, dont le sonnet avait pour sujet Uranie. Le prince de Gondé marchait à la tôte du parti des jobelins, madame de Longueville dirigeait celui des uranistes. Aujourd'hui il se fait moins de bruit autour d*un poème , d'une tragédie ou d'un drame.

* Que de son nom , chanté par la bouche des belles , Benserade en tous lieux amuse les ruelles,

BotiJUi7«

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Les infortunes épiques du dix-septième siècle sont célèbres. La Harpe dit que de son temps on ne con* naissait plus les titres de ces poèmes que par les satires de Boileau ; aujourd'hui que Boileau est moins lu qu'au dix-huitième siècle , on pourrait bien oublier jusqu'au titre de ces épopées déplorables. Ainsi , qui a lu dix vers de TAlaric de Scudéry, membre de l'Académie française , comme tant d'autres de même force ? Chapelain*^ qui fut comblé de faveurs , passa sa vie à écrire son poème de la Pucelle, et son apparition détruisit une réputation de quarante années. Ce monument de ridicule fut apprécié immédiatement par tous les gens de goût ; mais la renommée de l'auteur éblouissait tellement que six éditions furent publiées en dix-huit mois. Cette renommée n'était cependant basée que sur une ode adressée au cardinal de Richelieu, et sur le jugement du Cid rédigé par l'auteur au nom de l'Académie française. Mais que ne peuvent les coteries et les intrigues parisiennes ! Tallemant des Réaux a tracé de Chapelain le portrait suivant : « Il a toujours eu la poésie en tète, quoiqu'il n'y soit point né; il n'est guère plus né à la prose , et il y a de la dureté et de la prolixité à tout ce qu'il fait. Cependant, à force de retdter, il a fait deux ou trois pièces fort raisonnables : le Récit de la lionne, la plus grande partie de Zirphée ^ et , la principale , l'ode au cardinal de Richelieu , que je devais mettre la première, y Pourquoi perdre notre temps à citer des noms justement

f 10 HISTOfBB BBS LETTAM.

dubiiès9 Le Moise de Saint-Amand est peut-être (dus détestable encore que la Pucelle de Chapelain* Le nom de Brébouf^ le trûducteuF de la Pbarsale, ne rappelle que l'eaiphose la plus eitraya^aRte*

ie père LeiDoioe , auteur de SaiAtrLeiiia , ne doit peut-être pas être confondu avec ces ho|ifti»|?s ; iMis, en délinttive, il n'a produit qu'une très - mauvaise œuvre. « U aurait pu se faire un grand non 9 dit YoltaÎFe } il avait une imagioalion prodigieuse : pourquoi âonc ne^ ré«ssit41 poinit C'est qu'il R'avait ni goût , ni connaissance du génie de b« langue , ni des amis sévères. »

Les pr entières années du dd-septiéme siècle vi^^ni se former ces salons restés célèbres où l'on discntait avec passion d^art et de littérature. M. le marquis de Rambouillet , dont le père avait été vice roi ée Pologne en attendant que Henri ill s'y rendît , épousa mademoiselle de Pisani , fille du marquis de Pisani et d'une demoiselle romaine, nommée Saveliî. Mademoiselle de Pisani reçut une éducation des plus distinguées, étudia les poètes italiens et espagnols , et se passionna vivement pour la poésie ; son h^tel devint bientôt le rendez-^ous de tout ce que Paris et Versailles renfermaient de plus illustre dans les armes , les carrières publiques et la littérature ; on j vit tour à tour Richelieu lui-même , Condé , et Montausier qui épousa mademoiselle Julie - Lucie de Rambouillet. Tallemant des Réaux dit que , après Hélène , il n'y a guère eu de personnes dont h beauté

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ait été phis généralement eliantée. M. de Montausier l'aiisa fins de treize ans avdnl de ^épouser. Voiture, ^lii était son amant , plutôt , dit le même écrivain , un amant de galanterie et pour badiner qu'autrement , parle à chaque page dans ses lettres et dans «6$ vers ^e Tesprit merveilieiix de mademoiselle de Rambouillet. C'était une véritable académie que ^ttô réunion; malheureusement le goût maniéré ^ la plus mauvaise école italienne ne tarda pas à y dfMniaer ; l^s discours y étaient tellement prétra-^ tieux et musqués, les exigences grammaticales si ttagérées , que les profanes qui pénétraient par hasard dans ce salon tremblaient en y ouvrant la tNMiche. Les ridreules de Tbôtel de Rambouillet eu-» rent bientôt tant de retentissement , que le premier poète comique du siècle crut devoir les livrer au pubtic dans sa charmante comédie des Précieuses. Cependant Faoadémie musqnée ne s'en déconcertait pas et croyail réellement posséder le monopole du Viéritable esprit : les vers y naissaient par centaines, presque tous en Thonnâur des maîtresses de la maisoo et principalement de mademoiselle Julie-Lucie d'Aogennas, demoiselle de Rambouillet. Trois ou quatre ans av^t die Tépoii^er ^ Taustère Montausier faû envoyai la Guirlande de Julie , recueil de poésies de divers auieurs^. « G'^t , dit Tallemant , une des » phis tUtfstres galanteries qui aient été faites ; i toutes les fleurs en étaient illuminées sur du vé- I U^ et les vers écrits aussi sur (|u vélin ensuite d9

lia talSTOtRE DES LETTRES.

f chaque fleur , et le tout de cette belle écriture de » Jarry, dont j'ai parlé. Le frontispice du livre est f une guirlande, au milieu de laquelle est le titre : f La Guirlande de Julie ^ pour mademmelle de Ramf bouillet, JuHe-Lude d'Angennes.

f Et à la feuille suivante , il y a un zéphyr qui » épand des fleurs. Le livre est tout couvert des f chiffres de mademoiselle de Rambouillet. Il est f relié de maroquin du Levant des deux côtés, au f lieu qu'aux autres livres il y a du papier marbré 9 seulement. »

Les vers de la Guirlande de Julie le disputent à tout ce que le chevalier Marini a jamais produit de plus maniéré et de plus prétentieux; autrement rhéroîne, . sa mère, ses sœurs et tous les habitués les eussent flétris comme plats et vulgaires. Ces aberrations du goût doivent d'autant plus faire réfléchir^ que les personnes qui fréquentaient l'hôtel Rambouillet n'étaient pas sans valeur intellectuelle : quoique Chapelain écrivît la Pucelle, il avait de vastes connaissances littéraires pour son temps. Voiture était certes un homme de beaucoup d'esprit et même souvent de style, et nous avouons que nous parcourons avec plaisir le recueil de ses lettres , quoique^ parfois en souriant d'une façon qui plairait peu à l'auteur. Nous ne sommes donc pas lâchés que Ton ait réalisé la prédiction de Voiture qui a écrit quelque part : Vous verrez qu'il y aura quelque jour d'assez sottes gens pour aller chercher çà et lace que j'ai fait, et après

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le faire imprimer ; cela me fait venir quelque envie de le corriger.

Gomme les lettres de cet écrivain n'ont été feuilletées que par un très-petit nombre de nos lecteurs , nous allons en extraire quelques passages propres à faire juger de l'esprit et des étrangetés qu'elles contiennent :

Il écrivait à mademois elle de Rambouillet : < Per- > sonne n'est encore mort de votre absence , hormis 9 moy, et je ne crains point de vous le dire ainsi' 9 crûment , pour ce que je crois que vous ne vous y en soucierez guère ; néahtmoins si vous en voulez « parler franchement, à cette heure que cela ne tire 9 plus à conséquence y j'étais un assez joly garçon , y et hors que je disputois quelquefois .volontiers , y et que j'estois aussi opiniâtre que vous, je n'avois y pas de grands défauts. »

Il est facile sans doute de trouver ceci prétentieux; mais c'est cependant un jeu (l'esprit d'assez bon ton, selon nous. Nous avouons que pour rencontrer des choses réellement ridicules il faut feuilleter quelquefois long-temps. Voici un passage fort étrange , nous le trouvons dans^une lettre à mademoiselle de Rambouillet :

< Je vous avoue, mademoiselle, que je vous crains 9 au delà de ce que vous sauriez imaginer , et plus y que toutes les choses du monde. Mais (si le respect y que je vous dois me permet de parler ainsi) je vous » aime encore plus que je ne vous crains. Quoyque v^ .8

Ii6 qsTOiRE: des lettres.

CB fanfaron de Scudéry qui raillait Corneille et conifposait ses burlesques pièces de théâtre^ son poème d'Alaric, digne rival de la Pucelle de Chapelain, et une foule de sonnets, de stances , de rondeaux , qui rivalisent dé ridicule et de sottises. Magdeleine de Scudéry, née comme son frère au Havre, et bien autrement célèbre que lui , daignait aussi parfois honorer de sa présence l'hôtel de Rambouillet : ses romans eurent un succès auquel rien ne peut se comparer dans notre siècle. Nous revenons (pour le nombre de volumes, que Ton ne me prête pas une autre intention) au goût de Thôtel de Rambouillet. Clélie et Cyrus , par mademoiselle de Scudéry^ forment vingt tomes in-S"*. La carte du pays de Tendre qui se trouve dans le premier de ces romans excita Fenthousiasme des petits-maitres et des précieuses de l'époque. Cette carte représente trois rivières , siur lesquelles sont situées trois villes nommées Tendre'. Tendre sur inclination , Tendre sur estiûie , et Tendre sur reconnaissance. On ne conçoit guère comment une telle découverte a pu impressionner vivement un public, quelque étrange qu'on se le représente. Excité par une telle gloire, rsji)bé d'Âubignac publia sa relation du royaume de Coquetterie. Ce plagiat excita de vives querelles, mais mademoiselle de Scudéry les laissa s'éteindre en silence , et continua à inonder la France de ses romans ; ce furent Ibrahim ou l'illustre Bassa, en 4 volumes, Almahideou TEsclàve reine, en 8 ; d'autres encore dont

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les noms sont oubliés, et dix Yoïumes*de conversations et d'entretiens qui sont ce que cette femme à écrit de plus supportable. Ce qui rend ses romans d'une telle longueur, c'est l'abondance des dialogues sur l'amour et la galanterie. « On y voit, dit l'abbé Trublet, un modèle de ces conversations savantes et ingénieuses de Thôtel de Rambouillet. On me dira peut-être que ce n'est pas de quoi en donner une grande idée, et il faut avouer, en effet, que les conversations de ces romans paraissent en* nuyeuses à la plupart des gens du monde et qu'elles ont beaucoup contribué à dégoûter des romans mêmes. » Mademoiselle de Scudéry vécut dans une liaison très-inlime avec Pélisson, l'historien de l'Acsdémie française. Ils étafent trés-laids tous deux, mais mademoiselle de Scudéry avait Fâme noble et un caractère plein de douceur qui lui attira plusieurs amitiés illustres.

L'élan donné, les romans débordèrent : Gauthier* de Cosses , seigneur de la Calprenède, bien vu des dames de la cour à cause de son talent de conteur et de l'enjouement de son esprit, produisit trots romans formant ensemble environ trente-six volumes in-octavo'. Ce n'était pas un homme sans imagination, mais le goût lui manquait absolument. On dit que le grand Condé s'amusait à lui fournir des épijsodés. LeromandeCléopâtre est l'œuvre de la Galprenède que l'on estimait le plus ; c'était une complication d'épisodes aussi multipliés que dans lefiih

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landfarieum (p^ais hélas I où est ici la poésie de VKn rioste?). Les conversntions des héros sont infiDies» les descriptions de lieux illisibles ; quelquefois les caractères sont héroïques , et le plus souvent fanfarons; c'est de la Galprenède queDespréau^ a dit: Tout a l'humeur gascçnne en un auteur gascon. L'a** mour dans tous ces livres est d'une réserve senti? mentale et d'un ton précieux dpnt rien n'a pv ré^ veiller l'idée depuis cette époque; les héroïnes sqnt 4pouvanlées de la déclaration la plus chast0 çt la plus respectueuse y les amans gardent dans le foM de leur cœur les sentimens dopt ils se nourrissent avec mystère. (iCs reines et les princesses inspirepi) l'amour à mille lieues de distance et sont cou prOR-^ cées de l'audace des princes qui osent le leiip ^îp^ savoir. C'est un excès de spiritualisme exprimé df^n» un langage inoui{ le roman nou^ a montré plus tard les excès du sensualisme qui sont hien plus dan^. reux pour la société*

' C'était h litiérftture espagqçloi tout imprégnée de la poésie arabe , qui avait donné à la France ^^ extraordinaire passion pour la galanterie rï^tQnéd et mielleuse. Lorsque Louis XIV parvint au trûne» M jeune monarque, si galant lui-même, secondé par rimagination tendre d'une foule de femmes qui aa pressaient à sa oour , donna encore plus d'élan à c^ mouvement chevaleresque, et les salons de VersaîllM devinrent une école digne d'avoir pour maUre« te chevalier Marini ; mademoiseite de Soudéff 0i l4

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Gâlprenède, mais aussi, parfois, le rêveur et mys« tique amant de Laure de Noves. C'est au milieu ()e, ce monde que naquit le roman sentimental et pur , élégant et intéressant » qui vint epûn détrôner ce genre d'écrits si ridiculement prétentieux. Mad&f. moiselle de la Yergne , comtesse de Lafajette , fut long-temps la protectrice des gens de lettres qui s^ réunissaient dans son salon : Huet, Ménagç^.y L% Fontaine étaient parmi eux sa plus^fklèleoompagiûô^ Madame de Sévigné écrivait à sa fille , en parlant d% madame de Lafayette : « C'est une femme aimabloi estimable y et que voij^s aimez dès que vous aT^s^ }f^ temps d'être avec elle et de faire usage de son espril et de sa raison ; plus on la connaît i plus on s'y attache« » Les romaps de cette femme ém inente , ZdUt^if la Pfi»e^$^ 4ç Qèves , la Princesie d§ Moi^tpensier^t respireii^ toute l'élégapce de la société brillante d^a^ elle étai^ Torpepoeiit ; ils spn( dictés par une mélai)^ colie douce et charmante , une tendresse arçl^Pt^i mais chaste ; pu} écrivain n'a allié plus heurepsement le intiment de l'amour et celui du devoir^ Les n^éoipiri^s de n)adame de Lafayette sur 1^ cour, de Frauf^o popt up^ peinture trè^ vraie et trèïSrÇotQ'^ rée. Cette feipme iUl^^l)^^ mourut en 1693f trèsr regrettée 4^^ g^& du mqpde et surtopt de$ g^e^s ^ lettres , à |'âg^ de trente-hi|it ao^* Au milieu de (ou^ ^e spirituaUs^mêi 4 un roman senspel^ bu^jle^g^j mais SQpvent spirituel et excitant le inême rire que

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Scarpon , obtenait un merveilleux succès. Son auteur, espèce de monstre infirme que Ton ne pouvait guère arracher de son fauteuil , attirait cependant chez lui la cour et la ville par les saillies mordantes de son esprit et la gracieuse amabilité de sa femme j mademoiselle d'Aubigné, depuis madame de Maintenon et presque reine de France. Le Roman comique offre des caractères piquans et très-finement observés ; le style est naturel et parfois plein de verve : c*est le seul ouvrage de Scarron qui soutienne encore \6l lecture. Ses comédies contiennent cependant quelques bonnes scènes , et l'Enéide trcmestie, parodie du beau poème romain , quelques fragmens heureux.

Ces salons de grands seigneurs et de gens de lettres retentirent , dans les commencemens du règne de Louis XIV, de la gloire d'un poète, menuisier de Revers , Adam Billaut , qui a écrit quelques vers bien faits. C'était un phénomène alors : il ne serait pas remarqué aujourd'hui.

Toute cette grande société de l'époque de Louis XIV se prit de fantaisie pour les contes de fées, lorsque Galland et Petit de la Croix eurent popularisé les récits orientaux par la publication des Mille el nn:é Nuits et des Mille et un Jours. Un grand seigneur, attaché à la fortune des Stuarts , Antoine , comte d'Hamilton , se distingua dans la foule des imitateurs que firent ces publications. Les contes de fées d'Hamilton sont spirituels et gracieux ; son livre , intitulé : Mémoires du comte de Grammcnt, offre une

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peinture licencieuse , mais très-fine, de la cour de» Charles H : c'est le laisser-aller de Voltaire et , de plus , le ton un peu fat de l'homme de cour.

Mais un esprit que rien n'a reproduit et que rien n'avait précédé est celui de madeipoisèlle de Rabutin-Ghantal , marquise de Sévigné , née en 1626; Son père , le baron de Chantai , mourut et laissa Marie de Rabutin à son oncle l'abbé de Coulanges , qui lui fit donner une instruction solide. Chapelain et Ménage lui apprirent le latin, l'italien et Tespagnol. Mariée à l'âge de dîxi>huit ans au marquis de Sévigné, qui la négligea dès les commencemensde leur union , elle resta veuve à vingt-cinq ans y «t consacra sa vie à son fils et â sa fille. Son amour pour cette dernière a inspiré un grand nombre de ces Jet* très délicieuses qui l'ont immortalisée. Madame de Sévigné traversa Tépoqueet la cour si galante de . Louis XIV sans amour, et, ce qui était plus rari^ encore , san^ amant; Cette force de caractère se manifeste aussi dans ses talens littéraire , car eUa fré-» quenrta beaucoup l'hôtel de Rambouill^ , et demeura étrangère à toute cette prétentieuse recherc|iesi à la mode aiors^ «i ridicule plus^ tard. La marquise de Sévigné, jolie blonde, rieuse et badine^ inspira bien des passions sans les partager. On cite, comme l'ayantaimée, Bussi^ Rabutin, son cousin, Blénage, le prince dû Conti et le surintendant Fouquet. En 1669 , M. de Grignan épousa mademoiselle de Sévi*gné, et, en 1671, il remmena en Profâice^oiu il

133 Hmodui ras LBfïBBS.

wmniaBdait comme lieutenant général ) c'est €«tt« séparation qui nous a Valu ce recueil de-lettres qui tient une » grande place dans le plus grand siècle littéraire de la France : ootté correspondaneo ne se termine qu'à la mort de Tauteur^ arrivée ep 169S»4 On a reproché à madame jde SéVigné d'avoir pris » tendresse ponr sa fille comme un suje( littéraire propre à la mettre à la mode ; on a aoup^nné soa cœur de ne pas sentir tout Tamour eiprimé pir sa plume^ Ce jugemetti ofous semble superficiel > la marquise de Sévigné aimait sa fille de toute son âme , seulement elle se plaisait à se parer de ce sentiment ^ elle en faisait étdage , o- éts^it sa gleîré à elle ; si c'est une faiblesse ^ elle l'avait ; pourquoi l'en défendre? Cette tei^dresse pour sa fille, elle la peint mille foie avec àm eipresaions toujours nou4 voiles }. jamais; le cqeiiur n-a. eu plus d'esptii^ e'êtt vrai ^ et chei d'autres c^ast un défaut ) ttaia nbes elle cela semble si naturel > si simple^ quoique par^ fois un peu cherché y ^ue là sensibtlîié n'ea est |ias altérée» Les lettres de madame de Sévigné oftrent^ comme peinture de le cour de Louis XIV et dd totit le monde d'aloi^^ u» intérêt que nous n'avons trouvé aussi vif peiitrôtre dan;^ aucuus mémoire^. QuMIto ff^ élégante , quelle éloquence élevée , qn^ de grâo^ et de charme! ki m tvfiit digne de MeJîère» Ik m^ ingénuité qui fiiîl songer é U Fontaine lilysi m4m0 ^ ât ià> des mm que fiossuet adopterait. Go^nna» tonfa^Jbsihftiitss îitfeUtgMuwftiCls «pn lempsi aia^M»?

or Ji()»ir(33 ûp Niçois , dis Pascal , (I9 saint Augustia 1 dç saia( Jçan Çhrysosidipe ; q\\^ par}e da Qpurda* low av^c autant d'enthgusiasmf qw de Corn^îlla 1 cet @9prit si pénétrant comprenait toutes les grandes cM«^^ Um^ sa religion n'ei(çlMaU pas le* étnd^ profane» f inâm# un pen atfdaqieuses t telles qm celle d§ Rabelais » psir exçEi\ple. Quant à Tacite et à Virgile, elle les lisait , comme elle dit , dm* tout§ in majesté flM /a«n. Qn voit que c'était là une éducation littéraire a^seii virile , et que ce style si inorveiUeia avait été nourri m^ l)onnes sources*

Quoiqne écrites pour l'intimité d^ la fa«tille# lai lettres 44 madame de Sévigné circulaient dans Paris ; on \^ copiait, on les recherebait aveo acidité* Son amie i madame de Coulanges , lui écrirait t < Je no veux pas oublier o§ qui m>st arrivé ^e matin ; on m'a dit : Madame ^ voilji un laquais de madame de Thiang^. J'ai ordonné qu'on le fit «ntrfnr^ Voilà m qu'il avAit à me diro ; Madamei , c'est de la part dA madame de TManges , qui vous prie de lui envoyer la letti>e du ^luml de madame de $évîgné ei celle M la prairie J'ai dît au laquais quo j4 les piorter»is à sa mattresse^ «t je m'^A suis défaite^r Vos lettres foui tpui; )q l)nuit qi^'e)^ méritant ^ comme vous voyei»^ il est certain qu'eUea iOftt délieieusoti et vous éteb comma Yos lettres* ^

Tout ioe monde qui avoisinait la cour était aloita tiAi4itlérair« » Isi Mut«. noblessie m .pi^wii antatti

i24 HtSTOIRE DES LETTRES.

d*esprit que de bravoure ; mais la première dé ces qualités déplaisait souvent au maître. Le comte de Bussi-Rabutin, cousin et adorateur malheureux de

madame de Sévigné fut plusieurs fois misa la Bastille pour âes écrits ; le premier ouvrage qui lui valut cette gracieuse distinction fut sa spirituelle et prétentieuse Histoire cmoureuse des Gaules j remplie de portraits trop reconnaissables pour ne pas exciter la colère du prince. Les autres ouvrages de Bussi«-Rabutin sont moins célèbres ; son Discours à ses enfans sur k bon usage de Vadversité est médiocre, ses lettres £(ont bien loin de celles de son illustre cousine, son Histoire abrégée de Louis 'ie-Grand n'est qu'un fade panégyrique.

Louis XIV voulut avoir les mêmes égards pour Charles de Sàint-Denys , seigneur de Saint-Evremont, qui s* était permis de critiquer le traité des Pyrénées et In'évita la Bastille que par Texil. Il séjourna en Ai^gleterre ou il vécut piirmi lesîgens de lettres et dans la société de la duchesse de lUTazarin réfugiée elle-même à- Londres après sa rupture avec son mari. Les opuscules de cet épicurien d'un ton si élégant eurent un grand succès, et le fatoeux libraire Barbin demandait à ses auteurs du^Sai*nt-Evre- Éaont. Ses fragmens sur les Romains et sur quelquelques travei^s delà société révèlent dé l'esprit et de la^râee, mais peu de profiondeur.

On trouve ainsi autour des grands liomit^â du isiède de Louis XIY quelques gens d'esprit^ qtii traversent la vieen riant ; tels sont GfoiapeUe et Bachau*

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mont, qui vivaient dans F intimité de Racine^ de Despréaux, de Molière et de La Fontaine. Ils ont écrit en se jouant quelques poésies faciles et leur voyage , opuscule aimable dicté par le plaisir et l'indolence , et qui a eu l'extrême bonne fortune de venir en son temps y car hélas qui s'en occuperait aujourd'hui ? Avant d'arriver à l'histoire du théâtre français sous Louis XIV, il nous reste à parler de quelques poètes dont la célébrité exige plus de développemens que ceux donnés dans ce chapitre aux écrivains que nous y avons cités.

Poéua fraogaife 9011s &ouîf ZJT. — Boîleaa* «• lia Fçntaine f

«F.-S, Boufieaa , ato.

ftmmt^fmmi^mm

fioiletn^DiespréattK , né à Crâne , près de Paris, en 4636^ 4'iim père greffier^ pasea sa prainière jeunesse f<^ irtsteraent. Atteint de la pierre dès wn enfaiiee , il fut opéré à huit ans et eouffrit toute sa vie des suites de cette maladie affi^rase* Son goût pour la iecture des poètes fut de èonne heure irès^ vif; il étudia le droii, puis la théologie, tout cela sans goûtet sans succès, et finît, par se li;vrer entièresLent %mx études poétiques. Boile^a, priyé de sa mère dès ^n bas âge , ne remplaça pas les di vinea tendresses auteritiBUes ipar d'autres atfeOLipAS délicates ; aussi oe corar Moibla^-U rester toojouvs feirnà^> ; ^et jaiulle Aveûedouoei wd élan j^sioBoé ne charmèfentiav

428 aiSTOlkE DES LETirRElS.

mais cette existence décolorée et froide. On conçoit dès lors Thumeur chagrine du poète relégué chez son frère Jérôme, devenu greffier après la mort de son père; Boileau vivait là au milieu des desséchantes occupations de la chicane et jetait sur le monde un œil sévère ; aussi ses premières œuvres furentelle sept satires mordantes publiées en 4666. Les sujets choisis n'offraient paâ un grand intérêt ; c'étaient la difficulté delà rime^ tes embarras de Paris, un mauvais repas^ c'étaient surtout des sarcasmes contre les poètes qui usurpaient la renommée. Mais si les sujets étaient souvent puérils , les vers offraient une correction et une pureté inconnues jusqu'alors (Andromaque ne parut que l'année suivante). Aussi le retentissement fut énorme , on sentit que la langue poétique de la France arrivait à la perfection ; le travail de Malherbe s'épurait encore , les dernières taches disparaissaient. Un an apirès cette publication nous trouvons déjà tons les regards fixés sur le jeune poète, il est lié avec Mloière et La Fontaine, avec Racine dont il devient le conseiller austère. I Les diners de la rue du vieux Colombier, dit M. Sainte-Beuve, s'arrangent pour chaque semaine , et Boileau y tient le dé de la critique. Il fréquente les meilleures compagnies , celles de M. La Rochefoucauld, de mesdames de Lafayette et de Sévigné , connaît les Yivone , les Pomponne , et partout ses décisions en matière de goût font loi. Présenté à. la cour en 1669, il est nommé historiographe en 4677;

mxtSEptièmb siècle. 129

à cette époque, par la publication de prescjue toutes ses satires et ses épttres , de son art poétique et des quatre premiers chants du Lutrin , il avait atteint le plus haut degré de sa réputation. ». (Critiques et portraits.)

En 1687, les libéralités de Louis XI Y lui permirent d'acheter une petite maison à Âuteuil ; il y passa dès lors ses jours au milieu des conversations de ses amis sur la jittérature et la vie parisienne, ne semblant recevoir de la solitude aucune impression poétique. Boileau fut sensible à Tamitié; la mort de La Fontaine et de Racine le frappa vivement: quand il eut perdu le second, il ne voulut pas reparaître à Versailles. Il mourut en 1711, à l'âge de soixante-quinze ans.

Aujourd'hui que les satires de Boileau ont deux siècles d'existence, on rend justice au solide mérite de leur versification;, mais leur lecture intéresse peu. Elles offrent cependant une foule de traits spirituels burinés en vers si précis qu'ils sont deyennsproverbes. Les tableaux de maître se présentent souvent; le ridicule jeté sur des individus par cette plume incisive devient une vérité que la nation accepte presque toujours sans examen. Les épîtres , plus sérieuses, plus élevées, revêtent d'une poésie austère et forte les leçons de la morale la plus pure. L'art poétique résume Âristote et Horace dans un style admirable , et si plusieurs lois de ce code sont abrogées , leur rédaction n'en est pas moins belle. Il renferme du VI. 9

IdO UtMlllB ÛÈê LBVlBÈS.

Mile de •ombreui préceptes basé» sur* la mmû immuable, sur y înébraolable vérité, et oonséquemment applicables à tous les temps et à tous les pays. Le Lutrin démontre que Boileau était susceptible d'invention; ce poème renferme non-seulement des pages très-fines et très-habilement écrites, mais pleines de terre et de force.

Ob a sauvent reproché à Boileau de manquer de sensibilité^ il faut en convenir, mais se rappeler que son bon sens l'a préservé du travers d'essayer des travaux auxquels la nature ne l'avait pas appelé. Despréaux n'a pas de sensibilité , mais il a souvent la chaleur propre à son genre d'écrits*

Quant à ses idées en littérature, il connaissait les Grecs et les Latins, appréciait certains cdtés de leur g^e avec une sagacité rare ; mais il en est d'autres qui hii écbappai^it complètement. Ses jugemens sur les poètes italiens sont souvent aveugles. Le Dante et Pétrarque ne semblent pas avoir été entrevu» par lui. U reockit au Tasse plus de justice qu'un vers célèbre ne paraîtrait l'annoncer. Quanta Sbakspeare, il n'avait jamais entendu parler de lui ; Boi^ leau , ou plutôt toute la France du dix-septième siècle, ignorait qu'il venait de s'éteindre si près d'elle un génie qui devait un jour exciter l'admiration du monde enitier.

Nous rd;rouverons presque partout à cette époqat la mèine manii^e de sentir. Ainsi Baeine a surtout iwté Euripide et m seori^le pas s'aper^cevoir de

Mt^MPf tins MtCUt. iâl

l*iin)^rèSàiôfl ])i«ft>ttK)iedéte poète 4 i*iakspect des splendidés paysages dé h Gt^èce. Boiieau étudie surtout Horace ^ tnàis les douces émotions du poète romain en fa(6e des <^scadés et des pâturages de Tibur n'effleurent pas son cœur. Cependant Boileau vivait à Auteuil, loin du bruit de Paris, au milieu d'une belle campagne ; mais il ne la sentait pas. C'est une des raisons pour lesquelles Horace charme bien plus que le poète français , qui a peut-être autant d'esprit que le romain^ mais moins de grâce, moins de sentitoettt, teoins d'enthousiasme, moins de tout ce qui tortstitue ordinairement un grand poète. < Boileau , selon nous, dit M. Sainte-Beuve dans l'ouvrage déjà cité, est un esprit sensé et fin, poli et mordant, peu fécond, d'tine agréable brusquerie, religieux observateur du vrai goût, bon écrivain en vers; d'une correction savante ^ d'un enjouement ingénieux; l'oracle de la cour et des lettres d'alors; tel qu'il fallait pour plaire à la fois à M. Patru et à M. de Qussy, à M. d'Aguesseau et à madame de Sévigné , à M. Arnaud et à madame de Maintenon , pour imposer aux jeunes courttsatis, pour agréer aul vieux, pour être estimé de tout honnête homme et d'un mérite so^ lide. »

C'était une nature bien différente de celle de son ami de La Fontaine^ grand poète sans le savoir, lais- !umt tombet* ^^ gracieuses inspirations avec une nonchalance et une rêverie délicieuse; La vie de cet éerivam tst ten harmonie avec ses oeuvi^) la dis*

432 , «l»TOt«Ë DfiS UTTHES.

traction, unebonhomie toute divine, une négligence singulière des intérêts du monde , un oubli de tout ce qui n'était pas son rêve , voilà ce qui caractérise le plus l'ingénieux auteur des fables et des contes. Né en 1621, à Château -Thie.rry en Champagne, d'un f>ére maître des eaux et forêts , il reçut une éducation très-insulQSsante , parce que la légèreté de son caractère s'opposait à toute étude sérieuse. Un chanoine lui prêta des livres de piété et leur lecture le conduisit au séminaire où il ne resta pas long-temps. Son père le maria , il laissa faire et devint maître des eaux et forêts ; mais il ne s'occupa guère plus de ^a charge que de sa femme. Un officier en quartier d'hiver à Château-Thierry lut un jour devant lui l'ode de Malherbe sur la mort d'Henri lY, Aussitôt il se mit à écrire des odes, mais il ne réussit pas en ce genre et , d'après le conseil de quelques amis, il étudia les anciens, et lut Rabelais, Marot , Régnier et d'autres poètes celM^res . du seizièpie siècle. La Fontaine publia en 1654 une traduction de ' l'Eunuque de Térence, et l' un des parens de sa femme, substitut de Fouquet, emmena le poète à Paris et le présenta au surintendant , qui se l'attacha et lui fit une pension de mille francs en lui imposant l'obligation d'en payer chaque quartier avec une pièce de .vers. Ces petites pièces , que La Fontaine fournit pendant quelque temps assez scrupuleusement, ne révèlent pas encore l'étonnante originalité de sa manière^ quoiqu'elle perce déjà un peu çà et là. Dès

DlX-SLPTJÈME SIÈCLE. 133

cette époque notre poète fut accueilli dans la société de Fouquety si remarquable par une galanterie délicate .et une élégante politesse , comme un homme supérieur et charmant dans l'intimité. On accuse Lu Fontaine d'avoir pratiqué à cette époque les mœurs qu'il a peintes dans ses contes, ce qui ne rempôchaît pas d'adresser des vers platoniques aux Iris et aux Ghloé de son temps. 11 s'endormit dans ce repos voluptueux jusqu'à la captivité du surintendant. Ce ^ fut vers celte époque que madame la duchesse de Bouillon, nièce de Mazarin , demanda au poète des contes en vers dont il publia le premier recueil en 1664. Il avait quarante-trois ans. Plus, tard il fera des fables sur une autre sollicitation pour monseigneur le dauphin. C'est ainsi que des occasions firent naître ces petits chefs-d'œuvre que la nonchalance de l'auteur ne lui aurait peut-être jamais permis de produire sans elles.

L'insoucieux poète mangea peu à peu son fonds après son revenu , et se trouva privé par là mort de Madame de sa charge de gentilhomme auprès d'elle ; on ne sait en véritéce qu'il serait devenu si madame de la Sablière ne l'avait recueilli chez elle et soigné pendant plus de vingt ans ; cette femme généreuse a conservé à la France un deses plu'sîgi'acieux génies, comme le surintendant Fouquet l'avait fait éclore en lui tendant la main au début. Notre charmant poète vécut ainsi dans la mollesse élégante d'une so* ciété de flammes de grandes et belles inaQière^ pour

IBà HISTOIRE DES LETTRtS.

lesquelles il parait qu'il n'eut jacpais que de respeç-* tueuses admiratiojas. Son amitié pour madame de lai Sablière, entre autres, fut toujours un sentiment très-» noble et très-pur. Cette dame , qui avajit sacrifié aux passions humaines , ayant été abandonnée du marquis de la Fare, consacra la dernière partie de sa vie aux pratiquessaintesdela religion, et cet exemple eut sur La Fontaine une influence heureuse ; mais l'eptrainement de ses passions (car onaait qu'il aima long* temps les amours faciles) retarda de dix ansl'accom^ plissement de desseins arrêtés dès lors.

Madame de la Sablière ne réunissait plus chez elle de sociétés frivoles et brillantes , et le poète allait chercher le plaisir chez le prince de Conti ou chez. M. de Venddme ; il étalait aux regards de tous daits cette société corrompue des débordemens hideux | surtout chez un iiieillard. Ses amis , Maucroix et Racine , s'affligeaient de ses désordres , Boileau ne. le voyait plus.

Madame de La Sablière mourut , et La Fojaitaine fut recuçilU encore une ibis par une femm^ riche^ et belle , madame d'Hervart , qui la combla de soins, affectueux. C'est chez elle c^u(dy touché de repentir, le poète se convertit et revêtit un cilice qWil Ui^ quitta plus psqu 'au moment de ^ mort, arriiv4e«

Qu^ dire d^& fables de La Fontaii)^ à. une nation qui lesi^aiit par cmfiVf et, li^s adiniire avec un enihaq,^ S}MH»j3.^pi0»lS%^ècl^nj^i[^li qii^^ ^iit^

D1X*SEPT1ÈVE SIÈGLB. 136

amusent notre enfance et charment toute la durée de notre vie. Quel mélange étonnant de 0nefise et de naïveté I quelle simplieité et quelle profondeur I que de tendresse et de malice I que de grâces nàtu* relies ! que de fantaisie délicieuse ! Avec quelle mer* veilleuse bonne foi le fabuliste nous raconte les faits et gestes des animaux auxquels il prodigue les titres de noblesse et toutes les vanités de Thomme, comme ses passions et ses ambitions , ses regrets , ses souf* frances, ses ridici|les, ses jouissances etses vertus. Un des caractères les plus remarquables de La Fontaine» au milieu des poètes de salons de Louis XIV » c'est le sentiment exquis du paysage. Il a obeervé avec Tœil d'un peintre les immenses plaines de blé de la Champagne , les belles rives de la Seine i si riches de grands arbres et de viUas magnifiques } il sent les plus petits détails de la campagne ooQuae un so** litaire qui aurait toujours vécu aux champi». C'est là un de ses plus doi»x cormes.

On dit que La Fontaine a imîAé Ésope ^ Phèdre rindien Piipay , que personne n'a lu , pas m&aM les critiques qai en parlent , et Àviéniis, plus ioh* connu encore. Sanedâute ootre poètea piUé partout des sujets «t même 4fes idées; aiats ce qu'il a iwr venté c'est sa manière i, et là est son génie. La .Fqetaine possède a« sn^DèHie degré l'ee|irjt mif, n^ est le i^remier é& i0m$ les lespitita ; la i^imié^ ^ W grâce Im j)réteiit pn^|iie tau^urs leur |Ni«esa»<je

«QtervûîllMiao» Cq^i ua po^ a fml mm^m!^^mt

en France, mais dans le monde. Nous n'avons pas parfé encore d'une qualité bien belle qui distingue éminemment notre fabuliste 9 c'est le bon sens. Il en a autant que Molière : ses fables sont pleines de leçons morales excellentes , d'une science pratique de la vie qui semble une divination dans un homme aussi insoucieux et aussi étranger aux intérêts po* sitifs.

Les Contes nous paraissent un produit du vieil esprit des Gaules. L'auteur a revêtu d'une forme élégante ces petits récits sensuels que le moyen âge voyait naître par milliers. La Fontaine s'est inspiré des trouvères , de la reine de Navarre y de Boccace y de Machiavel , de l'Arioste , de tout le monde un peu. Il y a encore ici bien de Fesprit et de la grâce, mais plus de négligence dans le style. D'ailleurs cette partie des œuvres de La Fontaine serait toujours très-inférieure aux fables par cela seul que la poésie y est détournée de ses voies véritables , qui sont l'enseignement moral. Pour excuser le délicieux poète , rappelons-nous cette énorme quantité de vers licencieux qui souillaient alors toutes les poésies de l'Europe ; il a été entraîné par l'exemple; il a écrit ses contes avec l'insouciance qui lui était naturelle, sans songer qu'ils pussent être dangereux pour quelqu'un. Il n'en est pas moins vrai que ce danger existe , et que toute poésie qui éloigne du spiritualisme et excite les passions sensuelles est une œuvre démoralisante ; il faut donc «^dresser à

La Fontaine le même reproche qu'à TÂrioste , qui seul de tous les poètes que notre auteur a imités peut lutter de talent avec lui.

?Ious n'avons pas assez parlé du style de La Fon* taine , qui a su plier notre langue à tous les ca* priées de sa pensée. Le vers français chez lui n'est jamais monotone ; il mêle les rimes , modifie les césures , se laisse aller à toutes sortes de mesures irrégulières et d'enjambemens audacieux , mais toujours avec un tact si sûr, que les plus délicats sont réduits à l'admirer.

L'immense popularité des fables de La Fontaine a effacé ses autres œuvres. Cependant sa petite co* médie le Florentin est pleine de gaité et de grâce ; 8on poème sur la mort d'Adonis offre des peintures charmantes que déparent des pages négligées et faibles ; on peut porter le même jugement sur le petit roman de Psyché. Il existe quelques autres opuscules de La Fontaine, mais ils ne méritent guère l'attention de la critique. Le délicieux poète fit naître une foule d'imitateurs parmi ses contemporains : La Monnoye j Ducerceau , Saint-Gilles » Perrault, Desmarets, Yergier, Seneçé, etc.; ces deux derniers , supérieurs aux autres , étjaient en** core estimés au dix-huitième siècle ; aujourd'hui ils reposent dans le même oubli.

La poésie pastorale , qui n'a eu parmi nous aux deux derniers siècles qu'un intérêt factice , parce; qu'elle n*éuiit pas puisée dans la réalité , eut enjQocQ

cependant vers cette éïw>qàé le privilège d'întéreSsef le ptiblic. Segraîs , né à Caen en 1624 , d'nne fiatmillé noble , plut au comte dé Piesqtie , qui se retira dans celte ville en laissant la cour. Placé à Paris dans la maison de niaden^oi^lte de Montptensier, il la quitta pour aller demeurer cïiei madame de Lafayette , et prit part , dit-on , à la composition dô Tingénieux roman de ZtRéhe. Enfin , las du toondë et de la conr, il retourna dans sa patl'îê, où il épousa une riche héritière , sa cousine. Il véctit jUS* qu'à soixante-seize ans , exerçant par isônfeSpril ttnô grande influence sur tons ceux qnî reniouraîeht. Les églogues de Segrais sont remâirqtîiables pair deS sentimèns pleins de douceur et nâtnrellement expri* mes; il avait puisé cette qualité dans un commel*ce assidu avec VirgUe; malheureusement il ne lui a pftS dérobé le secret de son style admirablcé Segiraîs a cependant des fragmens pleins de beautés ^ qiie Tôtt estime d'amant plus qu'ils ont été écrits avaiit lei travaux des grands poètes du dlx-*epWènië isièt^le^ ehtre Racan et La Fotttàinè. Madame Deshô\lliè»^ei j qui succéda à Ségt^is dans Tiègloglle, lui éhï fett înfôrîeùre 5 eHê înet jpiresqàe ttiiijOÛt^ l^espHt & ïâ place ûé h nsffvèté et de 1â t)ôêsîe. On à irelëhu ce-* pendant sa deiScrî^tîtth 'du ^Hntédl|[)fe , et !'^gldgti« des Moutons, sorte d'élégie plâitilîVé qfti à été lo«g^ temps pdpillàîrë en fiante, f^bhtetiélfe ïiètttté â ses bergers et $ sei bél^èrës tbût Véè^'à mMèté deà Ft»nf m» «t de« Li^tte» tl« ie»ttiéV|îë^ lia peéUiè lé^

PIl-SEPTiiMK SliCLB* f S9

gère fut ausai cultivée au dix^septièma siècle par une foule de poètes oubliés defNiis loiif^-^temps f la grâce aimable et le iroluptueux laisser-aller de Cbatt^ lieu lui ont inspiré quelques pièces n^ligées, mais cbannantes » dont la réputation s'est souteniie }qs>-< qu'à l'appsâritioii de \oltaire , qui éclipsa tout dans ce genre. La chanson ^ si populaire en France jw^ qu'en 4830 , eut une grande togne dès le dix-sep^ tiènie siècle » et poursuivit de ses sareosmes spm-» tuels les généraux et les grands seigneurs de Louis XIY. Elle a toujours ymé en France le rôle de la comédie d'Arislof)iiia&e à Athènes; maïs elle semble morte depuia b fin de la Restauration. La critique journalière exercée hautement par^ les gah zettes lui a-t-el)e enlevé peur jamais sa puissance ¥ La France ne possédait que quelques belles ode» de Malherbe^ k^rsque naquit à Paris, en 4669^ Jean^ Baptiste Rousseau , qui devait continuer la tâche du grand poète normand et populariser de plus en plus la haute poésie lyrique parmi nous. Son père était cordonnier ; on ne sait trop comment se paêsèren# les premières années» du poète ; on le Irottw mêlé aux discussions, et aux quevetles littéraires die Pâtii$, prot^; efficacement par les grands seigneurs^ en^rcH: ïatioft avec BoileaaàAuteuil^ aveo Saint**ÉvfeBiend à Londres. Exilé de Paris pour des coo|ilets infâiiM*y qui luri oat été attribués sans* cevlilode»^ iè se esiira en Suisse ^Mipr es du combsidu LuiP^ ambassadsiitf d» Fr»m>i.qiift luÀdawttuM^hospiAattté^géiiéfeutei* h^.

liO HISTOIRE DES LETTRES.

naissance obscure de Jean-Baptiste Rousseati semble avoir été pour lui une cause de souffrances qui le jetèrent dans des travers ridicules: C'est ainsi que ^ publiant à Soleure la première édition de ses œu* vres , il se pose dédaigneusement comme un homme du monde qui s'est amusé à faire des vers. Celle vanité fut trouvée intolérable chez le fils d-un cordonnier, qui n'avait dû son existence qu'aux libéralités des grands et au produit de quelques ouvrages dramatiques sans valeur. Peu de temps après , le prince Eugène^ séduit par la renommée du poète , l'emmena à Vienne ; il demeura trois ans dans les bonnes grâces du prince , puis se retira à Bruxelles : c'est là qu'il eut quelques relations avec Voltaire , encore très-jeune alors ^ et qu'ils se vouèrent tous deux une haine dont on n'a guère pénétré la cause. N'ayant pu rentrer à Paris malgré le bon vouloir du duc d'Orléans, régent du royaume, Rousseau se mit à voyager ; il passa en Angleterre , erra encore longtemps de ville en viUe , et gagna dix mille écus avec une édition de ses œuvres ; mais il plaça cette somme sur la compagnie d'Ostende, et la perdit : il traîna depuis ce temps une vie misérable , secouru çà et là par le duc d'Aremberg et le comte du Luc, et moU'rut à Bruxelles le 17 mars 1741, dans de grands sen< timens de religion.

Quoique Rousseau soit mort vers le milieu du dix-huitième siècle, il avait écrit sous Lotiis XIV la plupart des ouvrages qui ont fondé sa renQnonée :

i»ix-»mÉiis SIÈCLE. 441

sôs psaumes , ses plus belles odes et ses cantates ont été publiés avant 4710. Jean-Baptiste Rousseau est certainement un très-habile écrivain en vers ; mais un poète lyrique , nous ne le croyons guère. Rappelons-nous le rôle immense joué par les prophètes hébreux ^ les peuples flagellés par leur colère , les malheurs terribles annoncés aux nations frémissantes , les crimes châtiés par de brûlantes paroles , les lois de Dieu prèchées d'une voix puissante , les cœurs remués et changés , les passions apaisées , le Messie proclamé des siècles avant sa venue : tels étaient les poètes lyriques de la Syrie.

Dans un ordre inférieur , songeons à ces populations grecques, joyeuses sous leur beau ciel , battant des mains aux accens de Pindare qui célébrait leurs héros et leurs dieux. Rappelons - nous Horace» si riche de pensées , de sentimens et d'images , enthousiasmant les Romains dont il célébrait la gloire.

Rousseau semble rarement ému ; en religion , il imite les psaumes , et l'imitation est ce qu'il y a de moins lyrique. Toutefois , il est juste de reconnaître que les vers du poète sont bien faits , généralement purs et élégans ; mais l'onction s'y fait rarement sentir : les psaumes sont bien inférieurs aux chœurs d'Âthalieetd'Esther.

Dans les odes, mêmes qualités et mêmes défauts : la strophe est savamment construite , les vers ont du nombre cl de riiarmonie ; mais la passion , où estelle? quelle grande mission a reçue cet homme?

i4d UciMw M* Ut «us.

quelle idée nouvelle aiinobcë«>t-il aux peuples ? On sent que cette âme n'est pas tourmeotée pair sa pen^ sée ; aucune passion n'y ferinetite ^ aucune lumière sainte ne Téclaire. Tout le dix-huitième siècle a jeté des cris d'admiration devant la cantate de Gircé ; un critique contemporain a osé déclarer en face de tout ce bruit que ce morceau était très- médiocre. Nous avouons n'en être nullement enchanté et partager à peu près l'opinion émise par M. Sainte-Beuve.

Le poète lyrique doit être , avant tout , un homme d'amour et d'enthousiasme. Jean- Baptiste Rousseau était surtout un homme de haine et de sarcasme ; ses mordantes épigrammes le prouvent assez.

Ba théâtre français an dîz-féptîème nèole* — Pierre Oomeîlle,

— &aome', etc.

Nous arrivons enfin à Thistoire glorieuse du théâtre français sous Richelieu et Louis XIY. INous en sommes restés aux essais malheureux de Hardy ; la scène fut long-temps alors envahie par des farces qui excitèrent la gaité folle de nos pères , rieurs par excellence, comme on sait. Les plus célèbres de ces forces se donnèrent à L'hôtel de Bourgogne. Gros- Guillaume, Tun des premiers acteurs et auteurs dans eegenre^ était un boulanger du faubourg Saint-Laurent, nommé Guérin. Il s'associa deux camarades, entratnés comme lui par la passion du théâtre, qui prirent les noms de Gauthier-Garguille et de Tarlu-

444 OtSTÔlàE DÉS LETTRES.

pin. Ces trois acteurs établirent un petit théâtre auprès de l'Estrapade; ils y donnaient des représentations depuis une heure jusqu'à trois , à deux sous six deniers , et le spectacle recommençait le soir. Gomme la foule abandonnait l'hôtel de Bourgogne pour se porter à ce nouveau théâtre , les comédiens se plaignirent au cardinal de Richelieu , qui fit venir les farceurs au]PaIais-Royal. Son éminence, ayant pris goût à ces bouffons, les incorpora dans la troupe de l'hôtel de Bourgogne , et ils continuèrent longtemps à attirer tout Paris. Leur grand moyen de vogue étak la satire personnelle. Gros-Guillaume, ayant un jour imité trop parfaitement un magistrat en crédit, fut mis en prison et en mourut de peur à l'âge de quatre-vingts ans.^es deux collègues Turlupin et Gauthier-Garguille furent tellement frappés de cet événement qu'ils moururent tous deux dans la même semaine. On ne pouvait, dit M. Suard, terminer d'une manière plus tragique une carrière plus burlesque.

Pendant près de trente années la farce remplaça ainsi la comédie dont Larivey avait fait entrevoir le véritable genre ; un autre bouffon célèbre, Tabarin , aidé d'un charlatan très*populaire , nommé Mondor, eut un grand retentissement par ses représentations à la foire de Saint-Germain et sur le Pont-Neuf. Quatre-vingts ans après , du temps de Boileau, il y avait encore des Tabarins fameux qui gardaient le nom de Tuetcur du peuple.

k)lX-8EPTlÊHB SIÈCLE. 445

Toute celte grossièreté amena nécessairement une réaction, et le théâtre fut bientôt en proie à des écrivains d'une subtilité ridicule. Théophile introduisit un des premiers ce style précieux dans la tragédie ; Pyrameet Thisbé, pièce de cet auteur jouée en 1617, obtint un succès prodigieux. C'était cependant bien faible encore : les vers ridicules se trouvaient en abondance, mais, relativement, il y avait des choses spirituellement écrites. Boileau a ri avec son sens accoutumé de ces vers.

Le Toilàce poignard qui du sang de son maître S'est Booillé lâchement, il en rougit le traître.

Mais les quatre vers que nous allons citer comme un modèle de prétention absurde étaient fort applaudis du public d'alors.^ Pyrame dit au lion qu*il soupçonne d^avoir mangé sa maîtresse :

Toi, son -virant cercueil, reyiens me dévorer. Cruel lion, reTÎens, je te yeux adorer.

S'il ijRut que ma déesse en ton sang se confonde , Je te tiens pour Tautel le plus sacré du monde.

Malgré la faiblesse de cette essai, le succès se soutint et les gens instruits commencèrent à fréquenter le théâtre qui, depuis long-temps, attirait le peuple seul. Aucune tragédie dont on ait gardé quelque souvenir ne fut représentée entre Pyrame et la SophonUbe de Mayret, jouée en 1629, sept ans avant le Cid. Les représentations de Saphmisbe furent un

ti. 10

actes offrent des beauté^ , des scènes |)iiat|^éti|m^ et élevées ; maU la pièce egf écrjte. djijxi i^tyle \f^p\f^ souYÇQt détestable. Nou§ ng choisissons pas, ç(^ p^t oU^rk ceU6 tragédie au. basard ; qn trpuvera ^o^ vers (^onuneles suiyaix^ ^ cbaquQ page i

Au reste la doulear né Toiis a pas éteint Kl ta ciartiâ des yeux, ni la beaûtcaa teîfit: Vos pleurs tous ont lavée, et tous êtes de celles Qu^un air triste et dolent rend encore plus belles.

Croyez que Miassiiiisse est un yivaiit rôciiér , Si VQf perCçctions ne le peuyent touohei;;

Cei)enaaht peritièltet que je ptebne â m'oà àtse

tf^i honnête baiser pour gagé de ki foi

Que le dieu, conjugal veut de vptti etdo moi. .

Dans les trois premi^ns actes les seatini«B$' ^lint à la hauteur de ce langage. Une autire tragédie qui eut autant de succès que Sophotiisbe esih Makême de Tristan, jouée immédiatement avant le Gid, apptàutlie en nième xew^ que lui , et vantéç encore Raquante années plus tard« Et cepead9R)t,qup| s^jle 44e cjglùi delris^an I

sÀLôns.

Quel pTaisîr prenex-voùs de cnerir une rbône Dont les sources de pleuri coulent inoeisétom^àt; gt qâi pour voird traour n'a pOiÀt do 9eotii)ieDM^

K I9 diTÎn objfii dtnt je sais idolâtre f^^^ 9^^ V^ rocher, o'eslon roehev éVIbâIrei . Da j^aeil agréable, où Too Toit éclater Tout ce que la natare a fait pour me tenter.

Il n'est point de rubis yermeil comme sa bouche. Qui mêle un esprit d'ambre à tout ce qu'elle touche ; ; Et réclat de ses yeux Teut que mes sentilnens Le mettant pour le moins au rang des diamans*

Étraf)ge nval du gran^ Çofrneille! Yoiià quel était Je i}}é^lTe françaU avant le Cid. Rotrou , dont nous parlerons plus tard, écrivait aussi à cette époqqe des pièces tout aussi mauvaises. Son Venceslas , la seule tragédie de lui qui soit restée , parut après les chefs-d'œuvre de Corneille.

Si Ton recherche ce que nous avons oublié de mentionner parmi les représentations à la mode alors 9 on trouvera des pastorales qui furent, jusqu'à Racan , des romans insipides ou de fades allégories.

Pierrç Corneille , pé à Bouen ei) 1606 , vivait retiré (laQ$ cettç vijile et recueillait avec avidité tous les bruits qui lui vendent de Paris. )1 lisait 1^ poètes pouveaux çlont le nom retentissait le plus à ses oreilles. C'étaient probablement Ronsard , Régnier, Malherbe et surtout Hardy^ qui (lominait encore la scèue par sa triste fécondité. La père de Cor.neillet maître des eaux et forêts ep la vicomte de Rouen ^ Dlaça §on fil^ cUez les jésui^e^ de qe4te ville, stl^

^4S BtSTÔmB ÛES LETTRES.

grand poète conserva toute sa vie une reconnaissance profonde pour cette société fameuse. Corneille, comme tant d'autres écrivains célèbres , débuta par le barreau , mais sans goût et conséquemment sans succès. Un jeune homme de ses amis , amoureux d'une demoiselle de Rouen , le conduisit chez elle. « Le nouveau venu, dit Fontenellcj se rendit plus agréable que l'introducteur. » Corneille , que la poésie préoccupait vivement , eut l'idée d'écrire sur sa propre aventure une comédie, qui parut en 1625, sous le titre de Mélite. Le biographe que nous venons de citer dit qu'on y découvrit un caractère original; que l'on vit que la comédie allait se perfectionner, et qu'une nouvelle troupe de comédiens se forma au Marais d^ns le but de jouer les pièces de Corneille. Tous ces faits sont incontestables; mais il n'en est pas moins vrai que Mélite était fort loin d'annoncer le Gd^ lès Horaces et Cinna. L'intrigue est presque aussi mal conçue que celles de Hardy; toute la supériorité de Mélite consistait dans le style. Corneille avait alors vingt-trois ans ; il était venu à Paris pour faire jouer Mélite. « 11 y apprit, dit M. Suard dans sa spirituelle ISstoire du Théâtre-Français, qu'il existait une certaine règle qu'on appelait la règle des vingt-quatre heures^ et à laquelle on commençait à croire qu'il pouvait être bon de se conformer, w C/ttandre, la Galerie du Palais , la Veuve, la Suivante, la Place'Royale succédèrent à Mélite. De ces pièces , la Veuve est celle où Corneille révéla le plus de talent;

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son véritable style commence réellement à paraître. L'auteur s'était lié alors avec tous les hommes de lettres de son temps , avec Mayret et Scudéry , surtout avec Rotrou , auquel il voua .une amitié profonde ^ Corneille se retirait souvent à Rouen ^ dans sa famille , pour travailler loin du tumulte ; mais Paris l'attirait et surtout le cardinal de Richelieu , qui l'avait remarqué et enrôlé dans la petite plia* lange des cinq poètes qui tr'avai liaient sous sa direction : c'étaient, avec Corneille , Bois-Robert, Colletet , l'Estoile et Rotrou. Le ministre-roi donnait les sujets. Talleraant des Réaux prétend que chacun écrivait un acte ; le fait est que les cinq réussissaient médiocrement.

Richelieu , qui dominait alors TEurope , trouvait^ comme on le voit, le temps de s'occuper du ihéâtn^, et sa passion pour ce genre de littérature en répandit le goût dans la nation entière; on dit qu'il est auteur d'une grande partie de la tragédie de Miràme, qui parut sous le nom de Sainl-Sorlin. La gloire politique et militaire ne lui suffisait pas^ il voulait encore celle du poète tragique ; il pardonsM cependant à Corneille le succès assez médiocre do Médée , qui précéda le Gd de quelque temps.

Corneille s'inspirait ici d'un assez triste poète, de Sénèque. Sa pièce était mal conçue et presque

^Lire pour tous cet détails biographicpies rintéressant^QO* \^ 4e Ht. Çaiot^-BeuTe, daas m Qritî<{iiQ9 €( portf-aî^,

I6Ô Bl^OfRE DfiS LKTtRES. .

toujours md! éerite ; mais quelques fragmens d'une éloquence jus^u'ale^s inconnue almonçaient toute une révolution littéraire; te (M, qui |>arut en 1636, Tint raccomplir.

Les EspagnoIfiT avaient alors en Europe une influence puissante dans les lettres comme dans la politique, et leurs poètes étaient aussi célèbres que leurs armées. Un secrétaire de la reine Marie de Médicis , nommé Châlons , retiré à Rouen , engagea Corneille à apprendre l'espagnol , et lui ind^ qua le sujet du Gd , traité par Diamante et Guilain de Castro. C'est ce dernier auteur que le poète fraiiçais imita.

La représentation du Cid excita des transports enthousiastes ; on n'avait en effet jamais rien vu qui pût donner Tidée d'une telle œuvre. Ce langage français qui se montrait , pour la première fois au théâtre , l'égal des plus belles pages de Régnier et de Malherbe , ces déchiremens du cœur en proie à la lutte de la passion et du devoir, ces caractères héroïques , tout enflamma l'imagination des spectateurs.

On n'avait pas pleuré à la scène avant le Cid; les ressorts puissans de l'art dramatique étaient réellement inconnus en France; H n'y eut qu'un cri dans toutes nos provinces, et' ce pvoiethe , Beùu comme le Cid^ circula de bouche en bouche.

Le cardinal de» Richelieu fut ému de ce triomphe; il avaft i^it joiier Tannée ptécéd6irte , stir h thé&ttc

du Palàià-Carâinal , là coiiléclié.dës TUiteridj^ov^ il avait arrangé les scènes : Corneille ayant changé quelque chose dafo^ le trdisiéilie sicie dont il était chargé , l'amour- propre du minhtrë s-offeiiéa ^ et- lé Cid lé surprit eri deë dispositions malveillantes. Il lança donc contre Corneille la meute dès auteurs^ et le bienhkureàà Scudéry fut le premier à entrer en lieéi Le cafdihal prit parti pour le critique, et Tap^ plaudii lorsqu'il le vit prier l'Académie de prohon"* cer dâiiâ cette question. Pélisson a fort bien raconté cette graàdë querelle littéraire dans doli Hiitôire (k PAtadêinie frariçaise. On y voit que cette compagnie ne ëë édùciait guère de ëe rendre aux vteux de Scddéry et dd cardinal. M. de Bois-Robèrt ,' original étrangle que Tallemant des Réaux a peint de main d^ maître , fût chargé par son émiilence de i)rier Gorrieîllé de solliciter luî-mémè lé jugertient de l'Académie: hè grand homme répondit d'abbrd que te libelle de M. de Scudéry ne méritait gtrëirè bëthoriieûr ; tiiaîâ Boïâ-Robèrt loi ayâîit fait ôbSèHer que le càrdiUm le désirait , il rêpoiidit : î Iteâèieurs de r Académie nèuVeilt faire ce qu'il îettr f)l«rirà ; pûîsqdè vdiièf m'éctivèi <^ue ftftfiiàeigheui' slërait Ai«n àîèe à'e?i^ ^Bir lëai» Ingetoént, éi ^iié eéld âdltditytrûr Sim Êkimitè , jte tf aï Méh * dire. *^

U^kmHAé l'AH'dëhiré b'diàiV^dèM ërîct^i^; Mais fé eà^étHl ^rblioâ^ lés jiardleë k^-vailt^ / i[^ ieàr

que je le désire, et que je les aimerai comme ils m'ai* meroQt. t

Ceci doit tenir une place dans Thistoire des petitesses des grands caractères. ^

Alors , dit Pélisson , on crut qu'il n'y avait plus moyen de reculer , et TAcadémie s'étant assemblée le 16 janvier 1637, après qu'on eut lu la lettre de M. de Scudéry pour la compagnie , celles qu'il avait écrites sur le même sujet à M. Chapelain et celles que M. de Bois-Robert avait reçues de M. Corneille; après aussi que le même M. de Boi^-Robert eut assuré l'assemblée que M. le cardinal avait pour agréable ce dessein , il fut ordonné que trois commissaires seraient nommés pour examiner le Gid et les observations contre le Cid ^ que cette nomination se ferait à la pluralité des voix par billets qui ne seraient vus que du secrétaire : cela se Ct ainsi , et les trois commissaires furent M. de Bourzeys , M. Chapelain et M. Desmarets.

D'autres commissaires furent nommés pour examiner le style 9 puis il y eut plusieurs conférences générales, et enfin M. Chapelain présenta au cardinal un projet de jugement , auquel ce dernier ajouta des apostilles à la marge. L'Académie avait dit que la poésie serait aujourd'hui bien moins parfaite qu'elle n'est sans les contestations soulevées par les ouvrages des plus célèbres auteurs du dernier temps, la Jérusalem , le Pastor fido , etc« Le grand homme d'État ajouta en marge : « L'applaudissement et le

blâme du Gid n'est qu'entre les doctes et les ignoransj^ au lieu que les contestations sur les autres deux piècçs ont été entre les gens d*esprit. > Voilà comment les mauvaises passions aveuglent les juge* mens les plus élevés.

Après cinq mois de travail et de nouveaux pourparlers avec le cardinal, qui ne trouvait jamais cette compagnie assez sévère , les Sentimens de l'Académie mr le Gd parurent enfin ; ils furent bien accueillis du public; Chapelain , leur rédacteur, avait su prendre un ton de modération qui séduisit le lecteur. Aux reproches adressés à Corneille , l'Académie avait mêlé des éloges parfois dignes du sujet : cependant les principaux reproches de Tillustre compagnie sont peu sensés. Ainsi , elle prétendait que le sujet du Gid n'était pas bon, et plus de deux cents ans de succès non interrompu démontrent son erreur. Le sujet du Cid est, au contraire, un des plus heureux qui se soient présentés à Timagination d'un poète tragique.

Hais ce jugement n'était pas le seul qui dût blesser Corneille ; les pamphlets se répandirent dans toute la France ; il parut entre autres une lettre sous le nom d' Ariste. Voltaire en a cité le passage suivant :

« Pauvre esprit qui , voulant paraître admirable à chacun , se rend ridicule à tout le monde, et quf^ le plus ingrat des hommes , n'a jamais reconnu les Qbiigatiqps qu'il 9 à Sépèque et à Guil^ki de CastrQ ,

\iH HISTOIRE DES LETTRÉS.

d l'un desquels i) est rcfdè^flldë de sdn flM et fi \W tre de sa Médée. H reste tnùinteilâtit à {]îâr)ë^ 4e ^ autres pièces , qui peutént passiez poti^ des farcéâ , et dont les titres seuls faisaieht rire autrefbis les pldè sages et les plus sérieux. Il a fait Voir une Mélile, là Galerie du Palais et la Pldce-Itùyale ; te qui hous faisait espérer que Moiidôrjr annoncerait bientôt Ik Gmetièire SaUnt^Jean ; la Samaritaine et là Place aiix veaux. L'humeur vile de cet auteur et là bàsseise de son âme....; t

Nous nous arrêtons indigné. Pauvre gràiid bommè! âme sublime et généreuse ! voilà donc Phôiûtnage que te rendaient la jalousie ignoble et les vanités mesquines que tu froissais innocemment. Geâ coups de bas en haut, comme disait le terrible orateur delà Constituante , sont de tous les pays et dé totis les siècles. Mais qui n'accepterait pas Tinjùre éni songeant à Corneille?

Blessé profondément , il alla se réfugier à Rouen dans sa famille; car Tauteur de Cinna dbit être rangé parmi lei poèlerf de province. C'est â Rouen qu'il a écrit tous ses chefs-d'œuvre; il rife Vehait guère à Paris que potir les faire représenter, et montrait â^ làr coor uii Visage ôh'agritï que lés courtisans trouvaient insupportable. En i639 , trolà ans aprèè son départ tié t^âf'ïé', ii ^^ reyîhi, ap^/dHàtaf une admii^able vengeance', BoYacë èi Ùnhài' CorheHte, vei^sé dati's VmAë âe^UMôAm ik)-

d'ailleurs de ces caractères si pleins de \igtieur que l'enthousiasme d^ la patrie embrasait , trouva là cette grandeur dont il avait besoin pour vivre 9 et adopta la vieille Rome comme il avait adopté l'Espagne et son honneur chevaleresque.

La représentation d'Horace fut encore un triomphe : ce sujet est grand et simple, deux qualités qui se rencontrent presque toujours ensemble. 6e combat des Horaces et des Curiaces , qui doit décider du sort d'Albe et de Borne , apparaît depuis la tra^ gédie de Corneille aussi magnifique et aussi consacré que les plus célèbres tableaux de l'antique poésie. Toutes ces douleurs de femme, de sœur et d'amante, que le poète français a su peindre avec une naïveté si énergique , nous font penser aux scènes de deuil du palais de Prtam dans l'Iliade. Avec quel art Tintérêt est conduit pendant les trois premiers actes I comme ce continuel passage de l'espérance à la terreur tient Tàme du spectateur dans Tlinxiété ! et quelle hauteur de sentimens ! quelle conilaissance du cœur ! Corneille a créé une famille dé vieillards héroïques : le père du Cid et ié vieil Horace sont des caractères étonnans et tout-à-fait iacdnlniis jusqu'alors. La scène entre les deux frères qtli tout se combattre ût jeter des cris,de surprise et d'àdftiîrâtion : le théâtre des Grecs n'offrait rien de semblable. Lé contraste entre les sentiment d'Horace et de Guriace fournit au poète ùsA éétmh nmghiflctués. Toute la Fi^aûce répéta cesf têrS :

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